adagio d’Albinoni (l’indifférence au violoniste)

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ombres blanches non virtuelles

Le mois d’août n’est pas fini, probablement la semaine prochaine les habits de rentrée seront mis. Quand même de gros flux sous Montparnasse, ligne 4 direction Clignancourt via Châtelet gares de l’Est et du Nord, combien de fois je fais ça (mais là je vais au Seuil, suis en face, direction porte d’Orléans qui s’appelle maintenant Montrouge). Dans ce dernier coude avant le quai il y a toujours un musicien, parfois surprenant (souvenirs d’un steel-drum, d’une cithare kurde, d’une kora). Les malins vous captent le regard, accentuent une note rien que pour vous. Là, le violoniste semble en retrait. Il joue l’adagio d’Albiboni, qui est une vieille scie pour radios sous-classiques : si les gens reconnaissent, ça devrait leur plaire ? Ou parce qu’il s’agit d’une beauté élémentaire et qu’on se dirait : il sait reproduire la beauté ? Deux minutes exactement entre chaque rame, je fais 15 photos, le flux des gens qui passent et attendent, l’ignorent. Jouera-t-il ensuite une musique folle, surprenante, dansante, et je serais venu 5 minutes après l’adagio d’Albinoni j’aurais photographié des réactions très différentes ? Je ne suis pas resté pour savoir. J’ai pris mon métro qui arrivait, je pensais évidemment à mon diable violoniste personnel (j’aimerais vraiment tenter le coup, avec Pifarély, de venir comme ça en impro dans le métro, à la sauvage – après tout de plus en plus c’est la seule possibilité qui nous est laissée de jouer en public, et je parle très sérieusement). Le violon m’a toujours fasciné comme un absolu. Je pensais que toutes ces questions valaient aussi pour la littérature contemporaine. Je n’ai pas envie de jouer en littérature l’adagio d’Albinoni.

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 août 2013
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