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journal | coeur simple et joyeux du chasseur des Alpes

Vous êtes montés la veille au soir, si possible en Quad. Vous avez dormi dans la cabane, avec assez de packs de bière pour que la soirée soit déjà partie de la fête, votre fête à vous, votre sens de la fête. Le matin tôt vous êtes allés tous les six ou tous les huit, deux par deux, vous installer derrière les quatre affûts de branchage juste au rebord de la cime. Puis vos copains sont partis d’en bas, en remontant, avec les chiens et tout le tapage possible. Tout ce qu’il restait de gibier, ou s’était réinstallé depuis la foire de l’an passé, s’est enfui dans la seule direction possible, la crête. Quand elles passaient le bord, là-haut, vous n’aviez qu’à tuer, à deux mètres. Tuer et puis tuer. C’était marrant. Vous avez laissé les cartouches derrière les affûts. Des dizaines de cartouches. Il n’y a plus de gibier dans les montagnes. Un copain du 04 avait appelé son groupe de rock, autrefois, Les Crétins des Alpes. Mais c’était pour rire, et d’ailleurs tous ceux du groupe ont fait leur chemin. Sur les affûts alignés, en haut de la crête, avec les tas de cartouches derrière chaque, comme le tas de canettes près de la cabane, et la vieille piste de berger massacrée pour laisser passer les Quads, on se dit que la catégorie Crétin des Alpes n’est pas en voie d’extinction. C’était pareil au Québec, sans doute pareil dans les Landes et dans la Somme – mais ça ne console pas. C’est ce qu’il y a dans la tête de celui qui tue, qu’on ne comprend pas. On a regardé longtemps les affûts, on aurait bien pété quelque chose, mis un piège. Finalement, juste fait la photo avec le téléphone. C’est aussi bien comme ça. On n’aimerait pas vous connaître.

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 27 août 2013
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