journal | exacte limite de la ville


C’est le hasard qui m’a fait marcher à pied le long de cette route jeudi matin, jusqu’au grand rond-point repéré par un Mc’Do où je pouvais, m’avait-on dit, attraper le bus 45 pour retour à Cergy Préfecture en suivant « l’axe majeur ». Tout d’un coup, avec à gauche la vieille distillerie photographiée la veille au soir tombé, cette impression de léger surplomb, avec les bandes horizontales de la route puis verticales du champ labouré, et, jusque tout à l’horizon l’étagement de l’Île-de-France jusqu’à Paris, et le flux de l’étalement urbain qui arrive presque jusque-là, puis s’arrête et s’endort, tourne le dos. Il y a donc pour de vrai un point où s’arrête la ville ? La seule difficulté pour prendre la photo c’était d’attendre un trou entre les voitures : donc voici un monde sans voiture, alors qu’à 8h du matin dans les pourtours de la ville ça grogne et gronde. Comme je photographie avec mon grand-angle, le réverbère penche à gauche et la distillerie à droite. Mais la chambre de Van Gogh à Arles elle aussi se recourbe vers son centre. Et ça veut dire que moi aussi je vois le monde dans une courbure permanente, c’est juste le mental qui remet ça à la perpendiculaire. Je suppose que les vrais photographes évitent ce genre de distorsion, moi pas. J’aime bien les photos avec du vide et qui laissent passer la menace du monde. Après, on peut s’arrêter de photographier le temps qu’on veut. L’ai ajoutée en version 8 Mo à cette petite collection en espace téléchargement, pour le jour où je passerais à des tirages. Mais est-ce que le site n’est pas précisément ça : être collé à la face même du monde pour être le propre tirage de nous-mêmes ?



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 12 avril 2014
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Messages

  • (en réalité, le plus difficile c’est de choisir la photo) (par exemple je ne vais pas mettre une photo de MJ même s’il s’agit du journal) (elle ne répond pas la garce) (au lieu d’aller défiler dans la rue, je suis resté là à faire ma saisie c’est une vraie catastrophe : mais le militantisme moi...) (le type dans le métro avait tatoué sur son crâne ntm en gothique,une horreur-les tatouages déjà rien que ça pour haïr mes contemporains- je fais la photo, je la double : voilà ce que ça donne)

  • (y’a ni le point ni le cadre, c’est du joli, c’est la loi du paparazzo, tant pis) (hier soir au louxor, "My sweet pepperland" (Hiner Saleem) drôle bien joué bien cadré, que demander de plus ? la finesse de l’argument ? elle y est) (on ne voit pas le rapport avec ce drannoc de chauve tatoué, c’est vrai mais c’est comme ça, la vie, on prend le dur, on descend li ou là et le temps est déjà passé) (on voit à peine son tatouage, je suis trop loin, je ne vais pas non plus me mettre à deux centimètres) (tant pis, parfois les photos sont manquées c’est comme ça)

  • la saisie (c’est pas dommage) (demain reprend le terrain) (dlamerde) au ciné (déjà dit mais là photo) joli film d’aventures en Kurdistan où la fille (Golshifteh Farahani qui interprète métaphoriquement la jeune république kurde, tandis que le shérif incarne la loi hein bon ça va) en fait des tonnes mais on ne lui en veut pas (elle joue d’un instrument percussion nommé apparemment "hang" qui m’a fait penser à Moondog et à ses diverses inventions)

  • l’autre soir à la cinémathèque (en l’honneur d’Henry Langlois, dans la salle du même nom) "Sérénade à trois" (Ernst Lubitsch, 1933, avec Fredric March et Garry Cooper,à l’image, Miriam Hopkins, qui n’est pas sur la photo comme tu vois) (titre original "Design for living", scénario Ben Hecht quand même) (d’après la pièce de théâtre de Noël Corward) (la scène d’ouverture, dans le train Marseilles Paris en troisième classe, certes (dessin, rêves, réveils etc.) montre parfaitement toute l’étendue du film, les diverses possibilités, les aboutissants (à un moment, tout le monde dort, ensemble, têtes bèches) (comédie magnifique, quatre vingts ans for-mi-da-ble)

  • fin de contrat fin de cdd - devoir terminer des bilans devoir chercher un nouveau travail - et retrouver du temps pour écrire regarder la lumière sur les arbres lire