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journal | photographier hier

Ne pas faire de photographie me manquerait plus que de ne pas écrire. Je n’ai pas écrit de la journée, au sens où je serais là, devant ma machine, et qu’il s’agirait d’assembler une phrase qui tienne, et dessine assez de dynamique pour emboîter la suivante et qu’elle voltige. Par contre, enfoncé dans ces lettres de Lovecraft à New York (ce livre perdu et puis recommandé), suivi jour après jour les questions de chapeau, de films vus, de fric pas payé etc. Ça ne s’appelle donc pas écrire, mais le plus profond on tombe dans cette sorte d’aporie immobile, mieux on crée la chance pour qu’éventuellement la reprise de pied dans la phrase à faire s’accomplisse, même si elle ne s’accomplit pas sur commande, en tout cas pas aujourd’hui. Pour les photos c’est autre chose, je repasse d’anciens moments, et j’aimerais tant pouvoir retourner faire avec ce que j’ai appris de mon Reflex les mêmes images faites avec petits appareils bas de gamme d’il y a 10 ans et évidemment le monde ne se refera pas comme on le voudrait juste sous ce prétexte-là. En admettant que ce soit possible, d’ailleurs, ce serait bien mieux d’aller sur les pistes de Lovecraft lui-même, quand il explore les nouveaux buildings de New York et écrit I did some kodak shooting, alors même là et sans avoir bougé de la journée je me rembarque dans ce que j’ai pu faire de photos de New York d’endroits qu’il mentionne avec précision. Il parle par exemple de ce bistrot dit TNT (tea and tea) dans McDougal, et dont je me souviens bien qu’il est juste à côté de The Wha. Je retrouve cette photo aussi, un dimanche matin dans Bowery : c’est tellement facile à New York de faire des photos bizarres – finalement, il y a beaucoup de récits de Lovecraft qui utilisent la radio et la photographie, et il a même assisté, en 1931, à une démonstration de télévision. C’est peut-être pour ça qu’à la fois ça m’embête de ne m’être pas servi de mon appareil photo, mais que c’est bien de passer la journée dans un livre : on arrive à tout ce qu’on veut beaucoup mieux que dans le vrai.


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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 5 septembre 2014
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