d’un roman-lieux | ce qui reste de Dylan à Hibbing, Minnesota

rechercher la couleur des Chroniques de Dylan plutôt que ce qui serait son musée




Bon, si vous trouvez nos histoires Internet compliquées, laissez tomber, de toute façon ce que chacun fait sur son site il le fait pour soi. L’important, dans nos histoires, c’est qu’elles nous plaisent à nous. Voici celle-ci :

- Albin Michel me boycott totalement, jamais ni mail ni téléphone ni geste professionnel d’aucune sorte, mais après le Nobel du Bob, le Livre de Poche (non pas Albin, mais Hachette, et comme vous le savez, sur les poches on n’est jamais payé une fois la première parution) a procédé à une remise en diffusion, et Olivier Hodasava, apercevant mon livre dans une maison de la presse, l’a acheté.

- dedans, il découvre (normal, moi j’ai fait mon boulot), l’adresse de la maison d’enfance de Zimmy Zimmerman à Hibbing. Aussitôt, sur son fabuleux Dreamlands Virtual Tour, voici une image Google Street View de cette maison. Et moi ça me frappe : la rue et la maison toutes pimpantes, ce n’est pas cette musique et cette couleur des villes du nord qu’on retrouve dans les chansons, l’histoire et aussi les Chroniques de Bob Dylan.

- alors, un peu vexé de n’avoir pas eu l’idée avant qu’Olivier Hodasava me la donne, je pars moi-même en exploration de Hibbing. Non pas sur les traces de Dylan, mais pour trouver où et comment, dans les interstices de la ville, je peux retrouver le goût de ces chansons, les couleurs d’une enfance fin des années 40, et les histoires racontées dans les Chroniques.

Voici ce voyage. Première difficulté : cette petite ville minière est aujourd’hui encore à l’écart de tout. Alors l’exploration Google Car date de 2008, c’est des photos quasi préhistoriques, d’une qualité déplorable par rapport à celles que Google propose maintenant. En plus, un chauffeur peu curieux. On apprend à les connaître. Certains tiennent à pousser jusqu’au bout des chemins, des portails d’usine, poser la voiture dans les points de vue. Là le type a fait son boulot et basta. Il y a eu un autre passage en 2015, mais juste sur les grands axes.

Alors quoi faire de ces mauvaises images, renoncer ? J’ai tenté de les traiter comme telles, avec des à-plat de couleur sur les zones pixellisées, et les masses compensant les flous. Une ville d’espaces vides. Une ville d’espaces usées, et de perspectives un peu angoissante sur l’immensité autour.

À Hibbing il y a toujours les mines de cuivre. La Google Car n’en approche pas. Parfois on les devine de loin. Ci-dessus les voici en vue satellite : avec le premier emplacement de la ville d’Hibbing, démontée et déplacée quand on a étendu la zone d’exploitation du minerai.

Je n’ai pas retrouvé l’école, ni de magasin de musique. Par contre, j’ai trouvé l’électricien : Hart n’est plus en centre-ville, mais son petit entrepôt en lisière de bourgade, à côté de elui du plombier, c’est bien l’héritier de celui des deux frères Zimmerman, le père de Bob qui avait la polio et l’autre.

Surtout, j’ai retrouvé le cinéma. Ce n’est plus le Lybba Theatre, ni le Gopher puis le Homer qui le précédaient, mais le grand bâtiment marron du cinéma de Hibbing est quand même l’héritier de celui du grand-père Sylberstein, qui a tellement compté dans l’imaginaire et la formation de Zimmy. Et puis une curiosité : le multiplex fait face au cimetière, il n’y a même pas de clôture ni barrière, le grand-père Sylberstein contemple donc pour l’éternité le cinéma de Hibbing et sa programmation.

Il y a tant de belles histoires dans les Chroniques de Bob Dylan : à quoi on joue dans les terrains vagues des zones industrielles, leurs étranges machines et objets. Les garages qui s’occupent de vos motos d’occase toujours en panne, et de la première Ford rose quand il a seize ans – il y est toujours, lui, le garage.

Et puis la voie ferrée, et les longs trains de minerai qui s’ébranlaient lentement...

Demain, on ira à Duluth, l’autre côté de la famille.

 

 




François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 17 mars 2017
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