2006.07.02 | Pantin, l’Ourcq toujours


A chaque retour à Pantin, je trouve un prétexte pour marche rituelle au long du canal. Je fais strictement, et chaque fois, les mêmes photographies, frontales, abandon de la perspective (95 aujourd’hui, et le prétexte : montrer ça à Ulf Andersen).

Les ciels, la saison changent. Aujourd’hui, sol rincé, ciel d’orage, tend au noir.

Brusquement, s’aviser que l’usine abandonnée n’est plus gardiennée : le terrain vague nettoyé des carcasses de cars et camions, laissant vue sur les maisons. Alors, pour la première fois, se risquer par l’arrière au quai de déchargement et puis enfin entrer, explorer le dedans (Ulf attend dehors).

Des pas : je m’attends à ce que des vigiles surviennent et non, juste une dame asiatique, parlant mal français, qui me demande « comment on sort » : je n’ose pas lui demander si elle est là depuis 3 minutes, ou 3 heures, ou 3 jours. Je lui montre l’issue par laquelle moi je suis entré.

J’ai déjà proposé une fiction sur le bâtiment gris dans Tumulte, mais cette dame n’est pas une fiction. Plus tard, au retour, on la retrouvera assise près de l’eau, penchée sur un livre : j’ai essayé de voir quel livre. Cela semblait un écrit religieux. Puis elle a disparu.

Nous allons jusqu’au chaland désimmergé et le nom Poclain, en face des camions de ciment, endormis à la file pour le soir.

Bien sûr on fait toujours les mêmes photographies : mais si l’horloge change, qu’est-ce qui change de ce que nous photographions, quand bien même nous ne le savons pas, ne le voyons pas ?



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 2 juillet 2006
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