cellule 3108 porte F

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la photographie disperse le feu

Il pleut sur Paris. La Maison de la radio est toujours ronde, même si son principe architectural, portes qui s’ouvrent à 360° vers la ville et le monde, est depuis longtemps révisé via trois points d’accès sécurisés. La tour centrale est vide, cloisons évacuées, en réfection intérieure : presque transparente. On la surplombe, c’est là qu’autrefois on travaillait.

La cellule 3108 nous est réservée pour 5 semaines, je retrouve Jean-François Néollier et Julien Doumenc, présents déjà pour le Rolling Stones et le Led Zeppelin, et bien sûr Claude Guerre. On est 4, voire souvent 5, l’espace est mesuré, l’air aussi. Cette fois, ce sera Bob Dylan.

On s’immerge dans les raretés récoltées à l’INA, ces deux semaines préparatoires, par Ella Marder, plus un plein caddy de vieux vinyles classifiés de la discothèque Radio France : notre matière de base. Complétée de DVD (Dont’t look back, Eat the document, No direction home) à transcrire, et de quelques découvertes mp3 que j’ai pu récupérer à force de mule (Dylan déchiffrant Yesterday avec George Harrison nous a bien détendus). On se laissera plusieurs fois avoir, au-dessus de la platine, à laisser défiler un vieux chant de grève de Woody Guthrie, ou une spirale de Bessie Smith. On doit sélectionner ce qu’on entre dans les disques durs, lorsqu’on a 4 ou 6 versions de la même chanson, quoi faire...

Pour les essais de voix, Jean-François Néollier a trouvé dans les réserves de la maison, un micro letton, marque Violet Amethyst, mais de bien 20 ans d’âge. Une des difficultés, c’est que la voix parlée, la trame narrative, doivent rester audibles même en superposition des nasales de Dylan. Avec ce micro au son très chaud, grande capacité de proximité, résultats surprenants. Demain on essayera un classique Neuman. Jef est une des rares personnes à comprendre que je me sois équipé, pour mes lectures, de mes propres micros, en l’occurrence le Sennheiser 441 qu’il appelle « le rasoir ».

On fait une pause au self du dixième étage. Croisé Arnaud Laporte qui a un bandage à la main droite : — Mordu par un auteur enragé, dit-il. C’est bien de savoir que les auteurs enragent encore.

On travaille à améliorer les bandes amateurs de 1962 dites Minnesota Tapes. Demain on leur donnera un coup de compresseur et filtre.

Claude Guerre par François Bon ©

Evidemment plantage du système Sadie piloté par Windows (tant pis pour eux, qui n’ont pas voulu rester sur ProTools) : un bug qui apparaît lorsqu’on code la référence de la chanson, album + titre + version, à plus de 60 caractères, encore fallait-il le savoir. On fait une part du boulot sur nos propres PowerBook, là ça ne plante pas.

Défilé des lumières et des heures sur immuable géométrie de béton. Claude a scotché aux murs quinze feuilles A3, et on écrit au feutre,une pour chaque épisode et on y inscrit aux feutres de couleur les sons d’archives (marche civique du 28 août 1963, la voix de Kennedy dans l’affaire des missiles, une émission de radio assez surréelle le 24 mai 1966, commentant en français les réponses de Dylan avant son concert à l’Olympia, un des derniers avant la coupure : — Pourquoi chantez-vous des chansons ? — Juste because I feel it. — Parce qu’il aime chanter, reprend la traductrice. Avez-vous un message ? — No.), la chanson qui servira de repère principal, et celles qu’on y agrège. Déjà des remuements d’architecture : comment caser Blonde on Blonde en 10 minutes ?

La fenêtre géométrie fixe a pris sous la pluie des contrastes noirs. Paysage invariable : celui qui change, c’est le paysage auditif.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 20 novembre 2006
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