usine à papier

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Désiré Glésiré Gonzague

Toujours immergé dans ces Petits traités de Pascal Quignard (Codex, Liber : 2 chapitres indispensables du Folio 1 des Traités) reprenant à sa façon, mais dans un détail qui nous le rend tout neuf, le passage du volumen au codex, et l’irruption du papier. Fréquentant en même temps Lucien Febvre, L’apparition du livre, je reconnais parfois ses sources. Comme c’est bizarre de retrouver, au temps d’apparition de l’encre numérique et les tenants de l’odeur du papier fidèles sniffeurs des 6% de chaux vive qui le rendent hydrofuge pour les micro-gouttelettes de l’imprimerie moderne, les réflexions d’époque quand le papier, déchirable et terne, a remplacé le parchemin (des 130 bibles de Gütenberg, 30 sur Vélin, 200 veaux à peu près), ou même quand Martial dénonce ces espèces de bouquins en peau repliée qui prétendent remplacer ces rouleaux qu’on tend avec le bout du menton pour les replier, livres même pas salis du menton. Et cette complexité dans ces phases de transition où l’industrie de la copie est tellement plus avancée que celle de l’imprimerie, et les caractères imprimés qui miment l’écriture manuscrite tellement on répète que les livres copiés valent mieux que les livres imprimés. Et, dans Quignard, cette réflexion sur fond d’abîme quant à toutes les langues sans livres, répondant à la longue enquête de Febvre sur la lente progression du papier, les étapes progressives de sa fabrication industrielle, le remassage de la chiffe (Quignard rebondissant ici, le livre venant du tissu qui a habillé le corps). Bizarre de travailler là-dessus quasi en permanence depuis un mois, avec comme point de repère géographique, où qu’on soit dans la ville, la tour babélienne de l’usine à papier et son panache gris.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 15 septembre 2009
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