de l’envie des livres


Chez Chapters, à Montréal, je n’ai pas acheté le Quichotte en anglais. D’ailleurs, en français on a bien autant de traductions différentes (la Viardot est même dispo sur le Net, mais vraiment obsolète, la vieille trad fin 16ème de l’ancien Pléiade est un régal, ai acheté le très bon Pochothèque au printemps, et je continue d’insister, insister : lire et offrir la version d’Aline Schulman en Points Seuil...). Mais on a perdu l’habitue d’imaginer, même dans la meilleure de nos librairies, cinq traductions côte à côte. Pensée pour Borges, qui avait d’abord lu le Quichotte en anglais, et plus tard, le lisant dans sa langue maternelle, croyait avoir à faire à une traduction. Chez Chapters, ai acheté Mezzanine de Nicholson Baker, que je cherchais, et, juste par le fait que ça voisinait par ordre alphabétique, Incident report de Martha Baillie, dont je n’aurais jamais entendu parler sinon, et dont je découvre maintenant le site. Ai passé mon après-midi à lire ce livre-là. Pour ça finalement que toutes ces questions brassées sur l’opposition du livre et du numérique m’intéressent de moins en moins : assez d’amour pour les deux. L’envie physique du Don Quichotte, parce que les cinq traductions côte à côte vous font imaginer un livre que vous ne connaissez pas. Et, de l’autre côté, et la navigation physique aussi dans la librairie me fait trouver, par sérendipité, ce livre qui aligne 145 portraits brefs des visiteurs de la bibliothèque publique de Toronto, vus depuis les heures de service au guichet de renseignement et c’est hallucinant comme portrait du monde. Maintenant, ce qu’on aime dans le numérique, c’est probablement ça, les blogs, les textes qu’on lit, l’invention. Comment leur donner cette même attractivité que la vieille librairie rue Sainte-Catherine, les couleurs des livres et le bois des étagères, et – surtout – cette supériorité du monde anglophone pour le livre comme objet, couvertures, graphismes... Et ce matin, réception d’un e-mail de Michel Fauchié, qui vient de lire ça dans Jacques Roubaud, Parc sauvage : Les circonstances de la lecture font partie de la lecture : aussi bien le livre concret que son apparence, son format, son poids, sa typographie, que le volume d’espace réel au sein duquel nous l’avons lu : un train, un lit, une herbe. Le livre, l’œuvre, est cela pour nous. Il est tout autant que la lettre exacte de son texte, vérifiable en le rouvrant ( et pas toujours compatible avec notre souvenir !), ce que nous en avons retenu (les « circonstances » en font partie). Tout autant que l’immobilité stable de ses mots, dans ses pages, l’allure de nos yeux sur ses lignes, l’intensité variable de notre regard. Mais les livres que nous avons lus « colorent » en retour, d’une manière au moins aussi forte, les lieux et les circonstances dans lesquels nous les avons ouverts... Trouver ça pour le numérique, et même cet usage singulier pour une herbe, ce qu’il se permet, le grand Jacques.... À part ça, qu’est-ce que ça fait du bien, pour quitter Internet, de lire en anglais, question concentration, et réviser même cette notion si simple qu’on l’oublie : lire un livre.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 17 octobre 2009
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Messages

  • soins par l’amour, sans doute, la prendre dans mes bras, et oublier un moment, peut-être pas si longtemps, illusion sans doute, alors tourne "Dream a little dream of me" ( Ella comme je t’adore, tant) et

    "Say “night-ie night” and kiss me/
    Just hold me tight/
    And tell me you’ll miss me/
    While I’m alone and blue as can be/
    Dream a little dream of me/"

    alors oui, ami, pourquoi pas, après tout (ce qu’il est tard)
    (sur la porte du 12 rue du 8 mai 1945 - c’est à la gare de l’Est - : #97)

  • Il en est des livres d’écran ou de papier comme de l’amour, le même rencontré en lieux ou circonstances ou période différents déclenchera ou non les plus forts sentiments.

    Ce soir, écartelée entre une lecture à laquelle j’éprouve grand besoin d’assister et un somptueux dîner. Toujours ce contraste entre le vide ressenti affectivement et le trop-plein de l’agenda. Les femmes hyper-actives ne seraient-elles que des épouses délaissées ou des amoureuses éconduites (pour les hommes je ne saurais dire) ?

    Voir en ligne : traces et trajets

  • Coup de main spontané. De quoi éclaircir la journée. Pas même besoin de beaucoup de mots en buvant le café.

    Voir en ligne : à chat perché

  • à droite, l’école, son gros chêne, à l’automne, ramasser les feuilles, les réunir en monticule, se cacher à l’intérieur et jouer au volcan.

    • Je vois cet image si paisible plein de memoires et d’ odeurs de la terre C est notre enfance mais soudain le paysage change tout est brule et la terre abandonee. A Paris les agriculteurs desesperes demandent le droit de continuer labourer la terre. Le doit a la vie.
      L Europe souffre . La crise etait le resultat d une politique qui etait etrangere a l esprit Europeen qui l a pocede au nom d une logique inexistante
      Nous n avons pas encore tout vu.C est le debut....
      Je garde l’ image c est si precieuse.

    • ... si contente de vous lire à nouveau, Orsalia. En juillet dernier à Lisbonne dans la ville écrasée de chaleur, à l’heure de la sieste, comme une promesse secrète qui me liait à vous, allée jusqu’à la maison de Pessoa.

    • Je vous remercie cher Elise pour le lien je le prend comme un beau cadeau. C est tres touchant de savoir que une amie a realise ce que j aimerais faire. Pessoa m a influencee vraiment sa poesie et sa parole politique aussi

  • Durant la projection ("La destruction" première partie de 3, programmée sur France 3, lundi 26 octobre, 20h30, puis mercredi 28, vers 22h30 je crois, réalisation et image - sublimes - Jean-Robert Viallet, je conseille), durant cette projection la pluie dehors, et comme des larmes qui restent, pour les corps massacrés par le travail, par les cadences, par les petits chefs qui n’en peuvent mais, par les profits, les bénéfices de l’actionnariat, le capitalisme, le système... Que des gros mots pour montrer la défaillance de notre monde occidental et des femmes et des hommes qui le servent... Insupportable, les pleurs viennent, mais il faut voir et prendre conscience de cette horreur

    • (ce qu’il est tard) une image, de dos le cadre viré parce que syndiqué, de face le juge, et derrière que la lumière soit ("just hold me tight and tell me you miss me/ while I’m alone and blue as can be / Dream a little dream of me" : ça n’a rien à voir, c’est juste une chanson d’amour)

    • On vit dans cet horreur On l appercois comme le vague fort d une explosion
      Le reflet de l horreur on le voit dans les yeux de notre voisin de nos amis meme si nous on est pas encore tres touche pas tous ca.
      Ce dernier temps je vois partout la soffrance
      Un grand nombre des divorces c est a cause la crise economique
      Des comercants sans travail les chomeurs partout
      La servitude-travail sous le nom de stage pour nos jeunes
      Dans tous ca nos villes invivables

    • ici en France, Orsalia, en un an et demi, 24 personnes se sont tuées chez l’opérateur téléphonique France Télécom ; je crois une dizaine chez le constructeur de voitures Renault, en région parisienne (Guyancourt) ; on ne fait pas de compte pour les chômeurs (une étude révèle qu’il y a en France, entre 300 et 400 suicides par an, liés à la souffrance au travail...), mais c’est à ne pas douter : quelque chose se passe, devant lequel l’horreur nous étreint, mais ne nous laissera pas impuissants, je crois, quelque chose se joue ces temps-ci, ici, ailleurs, et espérons que ça finisse par la prise de conscience et l’union et l’action de ceux qui refusent d’être broyés (content de vous revoir)

    • Je suis au courant pour les suicides J observe tres attentivement ce qui se passe. Le probleme vient de USA qui a commence le jeu de domino Les premiers pieces avaient tombes la bas. L Europe a ait une erreur a suit le rythme de la chute sans aucune objection sans mettre des obstacles comme si nos gouvernants voulaient admirer de jeu Des Nerons contemporains Aucun tribunal ne pourat jamais les condamnes La partie est piegee
      Je me sens vraiment comme un Don Quichotte quand je decide d aider des gens qui viennent demander mon aide.

    • Je vais vous dire, Orsalia : j’adore (mais vraiment) le hasard, les choses qui se passent et que nous voyons se dérouler, et qui nous font agir, j’aime ça parce que c’est profondément notre condition, d’abord, humaine. Mais ici (franchement merci François, et bravo de le construire tous les jours) personne ne vient "par hasard" et pour ce que vous faites quand vous aidez les gens qui viennent vous voir, je vous admire, vous félicite et vous encourage : ce qui nous manque, c’est sans doute le lien, alors construisez, allez et vous aurez, ici (et au moins par moi, mais je pense à tous les autres) un vrai soutien (virtuel...).

    • Je vous remercie cher ami pour le soutien et pour la volonte d etre toujours coscient de la situation mondial On a besoin des cotoyens comme vous c est le debut de la solution Le reveillement. Oui Francois a ouvert ce grand fenetre on est un cartier on peut l utiliser pour le bien . Permetez moi de ne pas croir au hasard Ce qui nous torture n est pas le fruit du hasard

    • peu importe... avec vous (et moi aussi, je continue...) ensemble...

    • chère Orsalia, j’ai toujours plaisir à te lire, à voir l’évocation que tu fais de la situation ; tu parles du désastre en Grèce mais nous sommes en France(on nous maintient) dans l’erreur totale, il ne reste plus que des lambeaux de ce beau service public pour lequel mes parents, par exemple, s’étaient dévoués corps et âme ; en accusation autant que les américains, Thatcher, j’en suis convaincue a tout détruit en Europe ; on ne s’en remettra pas et les jeunes ne se défendent plus ;tant que la spéculation boursière ne sera pas taxée, les jeux idem, et qu’on fera croire qu’on gagne sa vie sans travailler, rien de sain à l’horizon ;
      sortons le plus souvent possible la tête de l’eau en passant de bons moments aves le petit nombre qui partage nos convictions ; et j’adhère à cette idée que grâce à François , ici, on habite le même quartier,même virtuel, on se parle régulièrement, on demeure informés des choses essentielles et de vraies affinités se créent.
      Il fait très froid aujourd’hui et je m’offre en rêve une petite escapade dans ce beau pays qui est le tien ; j’espère que tes filles vont bien.
      un beau paradoxe sorti de votre discussion avec PdB, je ne crois pas du tout au hasard (persuadée que tout se travaille et s’anticipe) et cependant, je l’aime ce hasard, qui m’a fait connaitre tant de gens extraordinaires !
      amitiés AME

    • C est toujours avec un tres grande joie que je lis vos textes et je sens la chaleur qui s en degage que je l ’ appercois comme le soleil de mon pays.
      Vous pouvez venir quand vous voulez je ferai votre quide.
      Je suis d accord avec vous sur tout qui prouvent la destruction de l Europe. Il faut reagir Il faut arreter d’ etre manipuler par d autres nations Il faut devenir des vrais citoyens Il faut exiger le gouvernement qui nous convient Il faut regarder nos pays qui n existent plus au nom d’ une mondialisation sans racines logiques basee sur le profit infernal du grand capital. Ils ont conqueris nos pays sans faire de la guerre Les droits de l homme sont en danger regarder le prix de la Paix.
      la discuution sur le Hasard, tres longue et tres philosopihique peut etre dans un cafe a Paris ou aux plages de mon pays.

    • je retiens cette proposition charmante mais la vie est pour le moment bien remplie et dans un premier temps,fais nous connaitre ton prochain passage à Paris ; cette fois, j’essaierai d’y être.
      Amitiés AME