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coulées d’or à la Défense

« Il fait partie de mon bonheur de n’être pas propriétaire », disait Nietzsche. Ça console. Est-ce que j’en ai profité comme j’aurais pu ? La découverte d’un pays est une appropriation lente, qui racle au fond. Il faut apprendre l’espace, entendre la distorsion de la langue, apprendre à cerner la rudesse des visages. Écouter le bouleversement intérieur s’établir. Peut-être là, maintenant, après 3 mois de rues, de bus, de voix et visages, j’entrerais autrement dans ce vaste espace souterrain, coiffé par l’église murée, voisinant dans l’autre partie du sous-sol (on les aperçoit par une ouverture grillagée) les occupants tout aussi silencieux d’une des bibliothèques municipales, vouée à la distribution des Musso et autres Angelil aux personnes très âgées qui seules persistent à occuper ce quartier comme hors ville. C’est ce silence qui me manquera. Lieu sans même cette permanente vibration du sol qui définit la ville (je le sais, j’y avais déployé, pour des expériences d’enregistrement très lent des bruits de la nuit et de la voix des morts, un micro statique Rode), sans distraction sous la terre, et cette grande table à dessus de cuir pour l’attente, et les mots qui finissent par scintiller dans la tête, s’y agripper vite pour la copie. Lumière jour et nuit égale, celle des lampes. Bon souvenir la semaine passée : séance Tarkos à dix, dans les recoins, par terre, avec un verre et nos écritures. C’est la loi et elle est saine, place au suivant (la suivante, une Roumaine de Montréal : Felicia Mihali). Après tout, c’est notre force d’écrivain : dans les bistrots, le car ou les rues, ou à cette table ici, lestée d’écrans, je pourrai toujours me reconstruire le silence dans la tête, et me l’offrir comme fiction – avoir disposé, trois mois durant (mais où il y avait trop à regarder, entendre et faire, c’est passé trop vite), d’une chambre d’écriture où s’en aller à la rencontre de soi-même, sans site, sans bruit du dehors, sans même plus de ville que cette pluie de pierre dont les Jésuites de France avaient voulu ici assommer les Indiens, et qu’eux désormais ils gardent comme si c’était histoire légitime. On devrait mettre un auteur sous chaque église, et vider, comme ici, ce qui dépasse. Promis, je rends la clé, je pars : mes barres panique sont réactivées, je vous l’assure ! Un grand merci à l’Institut canadien de Québec, même si la route continue bien sûr...



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 30 novembre 2009
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Messages

  • C’est un peu prétentieux quand même, vouloir lister ses albums des des dix années passées. A peine commencé que je regrette de m’être embarqué là dedans. Personne ne m’a poussé pourtant. Vanitas vanitatum comme on dit.

    Voir en ligne : KMS

  • aujourd’hui, elle a eu 19 piges... (ah putain le temps qui passe...!)
    On passait le pont d’austerlitz, après le resto (génial) et voilà les flics qui nous arrêtent (trois verres de rouge même magnifique, c’était un petit peu trop) (je donne les papiers, "j’allais trop vite ?" "non, mais ça glisse, il faut adapter votre vitesse") "allez, circulez, ça va" on s’en va, on allume le poste, "magnolias" claude françois, et elle dansant assise sur le siège avant "je fais bien la claudette, non ?" et son rire... Ah ma fille...! (le soir, en vacances alors, au Neptune : j’aime ce lieu) (ça y est mon écharpe m’est revenue mais elle n’est pas assez restée avec toi...)

  • Une amie changeait géographiquement de bureau aujourd’hui.
    En revenant du Louvre, un étage entièrement vide au siège social du bout de la rue. Où vont-ils donc ceux dont on ne veut plus ?

    J’y pense régulièrement, mon quartier étant en train de se bureaucratiser, que l’endroit qui fait soupirer ceux qui y parviennent le matin des jours ouvrés est pour moi celui souvent d’un repos bien mérité ou d’un labeur enfin choisi.

    Et puis je rêve encore et toujours de Bruxelles. Bon sang qu’est-ce qui m’a pris.

    Voir en ligne : traces et trajets

  • c’est la troisième Saint-Eloi que j’écris dans le petit journal : je ne laisse jamais passer la Saint-Eloi sans y penser ; m’en souvenir

    Voir en ligne : ms

  • Des trucs d’aujourd’hui que j’aime : aller rencontrer N. dans un café, le patron A. qui donne des tapas, du morgon, et qu’on parle de l’Algérie, de Cervantés et de ses cinq années de geôle avant le Quichotte ; prendre le métro et croiser un de mes contemporains aussi raccord ; préparer relire comprendre admettre ; parler au téléphone avec des inconnus ; rencontrer JFM et parler de l’Internet comme des fablab ; écouter les mots bleus ou les moulins de mon coeur ou encore la fièvre dans le sang ; comprendre entrevoir vivre moderne comme nous sommes sans fantasme ; emmener E. à la voltige, et glander dans la cour dans la nuit, avec pour viatique le livre de Lotte Eisner sur Fritz Lang pris chez François (et tes textos, évidemment, et tes mails, évidemment, et tes rendez-vous évidemment)

    • j’ai appris à apprécier ce que je suis
      j ai fait de la poésie
      un miroir
      et j’ai aimé le reflet de mon visage

    • LETTRE À SANCHO

      Tu as tourné le dos

      à notre chemin

      Tu ne veux pas traverser

      les déserts

      Lointaines sont les richesses

      Tu croyais connaître

      des royaumes

      Étancher la soif

      de ton âme

      Dans mon regard perdu au loin

      tu voyais des idées

      Dans mon esprit troublé

      tu trouvais une raison

      et tu dansais sur

      cette musique

      Les sorciers ne t’effrayaient guère

      Tu osais partir

      Tu tournais ton regard

      vers un pays tragique

      Tu luttais contre les démons

      Ils sont là pour de vrai

      t’ont métamorphosé

      en enfant indécis

      J’ai commencé à te prier

      de revoir la lumière

      tu me l’as refusé

      tu es devenu obscur

      Ne te fâche pas l’ami

      je t’aime je ne peux imaginer

      des aventures sans le galop

      de l’âne sur celui de Rossinante

      je ne peux affronter

      des moulins quand je vois en eux

      des dragons si toi tu ne t’efforces

      de me garder en vie

      Le poeme a ete Traduit par M. Volkovitch