du non manque


Bizarre vie mangée par des tas de choses administratives ou concrètes, on les ferait en 1 heure dans un contexte normal, mais leur accumulation fait qu’on met 5 heures pour en aboutir une minuscule, et la pile des retards ne maigrit pas. Ainsi la voiture achetée d’occasion, son immatriculation et assurance, l’habitude qu’il faut en prendre, et – vu son kilométrage – la vidange avant l’autoroute après-demain. Donc avoir une heure à passer sur la zone (à Norauto, le jeune qui s’occupe de l’accueil avait participé à ateliers d’écriture il y a 4 ans, sourire qui compense même si on est discret tous deux, ça ne doit pas intervenir dans le nouveau contexte). Je traîne dans la galerie commerciale, l’iPhone permet de regarder quelques mails, mais surtout je termine lecture Claro. Là d’où je suis assis avec mon café, le supermarché devient une image. À Québec, la consommation est fruste. Peu de choix. C’est bien logique dans l’histoire de ce pays, la violence de la nature, la peine qu’on sait accompagner toute récolte. On est parfois ébaudi par leur consommation technologique (roulant le dimanche dans leur Beauce, les portails de garage ouverts sur la motoneige, le Quad, la Harley, le bateau à moteur, la tondeuse auto-tractée, le pick-up truck, évidemment ce n’est pas une généralité ni le mode urbain, mais quand même). Ici, on ne doit certainement pas payer plus cher pour se nourrir, mais on connaît les poissonniers par leur prénom, et c’est la saison des fruits. Pas de sociologie de bazar, c’est pas mon métier. Juste que ce soir, quand le supermarché se refabriquait comme image, tenter de capter à l’intérieur ce qu’on perdait, à s’éloigner de cette âpreté ou cette nécessité encore perceptible là-bas, dans les rayons, malgré la bière, les sodas et toutes ces saloperies dont ils se gavent à proportion qu’ils sont pauvres : qu’est-ce qu’on doit en garder pour tenir, résister aux fausses lumières du monde ?



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 21 juillet 2010
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Messages

  • Bizarre aussi : ma vie du jour de depuis le retour du festival de cinéma pourrait être précisément évoquée comme ça : "Bizarre vie mangée par des tas de choses administratives ou concrètes, on les ferait en 1 heure dans un contexte normal, mais leur accumulation fait qu’on met 5 heures pour en aboutir une minuscule, et la pile des retards ne maigrit pas."

    De mon côté ce sont des rangements, pour l’essentiel. Une dizaine d’années de strates accumulées au gré des coups durs puis de l’écriture qui prenait son temps et pour le reste n’en laissait plus.

    Se rendre compte, lors des tris aux documents datés, très concrètement et avec peine, des années écoulées dans un vide amoureux et très physique aussi, jusqu’à une forme d’amnésie et se demander si "l’accident" d’il y a 4 ans m’a vraiment laissé la vie sauve et si je ne suis pas depuis un simple esprit errant ressemblant, mais en triste, à celui d’avant.

    (photo : hier soir vers 21h30, au dessus de Paris la si étrange lumière, pendant la pluie)

    Voir en ligne : traces et trajets

  • ils vident tout l’intérieur avant de s’attaquer à la façade, à moins qu’ils ne la conservent - la charpente en acier est toujours là

  • C’est le chapeau, le noeud papillon doré, les chaussures et les chaussettes, sans compter le complet, le verre de cognac ou quelque chose... Il est là, il fume, la photo prise en reflet dans les glaces de la bijouterie, on ne le reconnaît pas, mais il est tellement reconnaissable

  • hier soir, la lumière... et puis demain, je m’en vais (toi ce sera samedi), quinze jours , le Portugal, la chaleur sûrement, le poisson grillé (la galère de papier d’identité plus valable de ma fille, je croise les doigts touche du bois etc etc.. pour que monsieur le superviseur veuille bien la laisser passer), les lumières, les photos, j’emporte mon appareil, le lecteur de cartes, le portable, nous verrons (back in Paris début août : bonnes vacances à toutes et tous) (surtout à toi et à vous)