droits numériques & diffusion iPad

aux amis auteurs et éditeurs, avec une certaine gravité


Ceci pourrait prendre forme d’une lettre ouverte...

Je suis régulièrement intervenu sur ces questions, mais je reçois toujours beaucoup de courrier à ce propos, donc reprenons.

 

auteurs

À moins que vous ayez signé un avenant le spécifiant, le droit français est basé sur un principe d’exclusivité. Par défaut, vous êtes légitimement propriétaires des droits d’exploitation numérique de vos ouvrages. Lire notamment Emmanuel Pierrat : Bon à céder, Livres Hebdo, le 26/04/2010.

D’autre part, publie.net vous propose une exploitation de ces droits numériques à partage égal de recettes : ne signez pas un avenant numérique à moins de 20%, et – selon le droit commercial en vigueur – si notre proposition est meilleure que celle de votre éditeur papier, vous avez toute légitimité à nous confier cette diffusion.

Il ne s’agit pas d’une diffusion concurrentielle de celle encore très bâtarde de vos éditeurs principaux (DRM qui ne gênent que le client, prix prohibitif, pur décalque papier), mais d’un outil complémentaire et stratégique – sur le web en général, et sur l’iBookStore en particulier.

 

éditeurs

Rappelons une donnée essentielle : d’un côté, 1,6% des titres qui représentent 50,4% du CA de l’édition, de l’autre côté un peu plus de 1300 éditeurs (lire les 10 ans d’entretiens avec petits éditeurs dans le Matricule des Anges) qui à eux tous représentent exactement 1,2 % du CA de l’édition, mais en sont le coeur vivant, le laboratoire, l’exigence.

Donnée complémentaire : les 3 plateformes numériques liées aux grands groupes d’édition (EDEN pour Gallimard/La Martinière-Seuil/Flammarion, Numilog pour groupe Hachette, E-plateforme pour groupe Editis) se sont associés dans une même interface de distribution (dite amicalement tous ensemble rien que nous trois – et voir en contre-exemple l’excellence du même outil mis au service sans exclusive des éditeurs québécois de l’ANEL et des libraires), rendant encore plus étanche l’accès des éditeurs non liés à ces 3 groupes.

Nous pouvons envisager toute forme technique adaptée à une éventuelle collaboration : simple insertion de vos epub et PDF sur notre plateforme, et nous vous reversons 50% des recettes, soit prise en charge création des ressources numériques, etc. L’important c’est la présence, et c’est d’agir ensemble. Et bien sûr, autre point stratégique : la page web avec ressources numériques renvoie au livre papier, et possibilité d’offrir à l’acheteur du livre en librairie un code privé pour la version numérique (simple tatouage à son e-mail) en sus.

Amis éditeurs : l’excellence de votre savoir typo, presses, colles et papiers, distribution à coups de kilomètres et de dimanches, nous c’est la même chose en terme de codage, Ruby on Rail, Onix 3, communautés et réseaux, nuits de geeks – travaillons ensemble, et ce sera le meilleur moyen pour vous de vous approprier les outils...

 

arrivée de l’iPad : enjeux

Quiconque en a touché une l’a compris en quelques secondes : la réactivité de l’écran, la rapidité d’exécution web, nos sites Internet deviennent lisibles avec la séduction et le confort d’un magazine quadrichromie. Bien sûr on lit un texte nu (eBook dit « homothétique ») en bénéficiant de ce même confort, mais c’est pour nous une mine d’invention possible. Créer des ressources avec graphismes, son et vidéo, mais bien sûr la couche essentielle du texte et ses liens, et son URL peut être diffusée sur l’iPad comme un livre, donc rémunérer directement l’auteur en fonction des lectures.

Contrairement aux liseuses eReader (qui du coup se repositionnent vers des matériels monochromes à moins de 100 euros, lents et sommaires mais bénéficiant du papier électronique, voir l’excellent Opus de Bookeen – nul doute que c’est celui à [re-]commander aujourd’hui), la tablette (iPad qui prend la pole position, mais celles qui arrivent) sert à tout dans la maison, elle reste sur la table du salon, on lit le journal au petit-dej, on vérifie ses mails au passage, on s’y incruste pour une lecture longue. Le bouleversement n’est pas dans l’appareil, mais dans le rôle et la présence du web dans la vie privée et ses usages culturels ou de loisirs : il n’y a plus besoin d’aller à l’ordinateur pour accéder au web, la petite planchette métal et verre vous le met sous la main directement.

A nous de nous en servir : inversement, accéder à l’iBookStore en français, proposer des textes qui s’affichent correctement, équipés de métadonnées suffisantes, c’est une étape technologique considérable. Les grands groupes d’édition l’ont bien compris. Pour notre part, avec l’immatériel-fr, nous avons franchi cette étape. Nous sommes prêts à diffuser sur l’iBookStore, y compris sous marque blanche, les éditeurs qui voudraient travailler avec nous pour un accès aux ressources iBookStore à égalité du clan des trois. Nous en appelons aussi aux Centres régionaux du livre – le CNL ayant déjà démissionné sur ces questions (« ça ne rentre dans aucun cadre » : si, le cadre des urgences au présent, au nom de la lecture – en attendant, amusez-vous bien avec à vous de lire, ça dit bien ce que ça veut dire : à vous de vous débrouiller, c’est pas grave, on le fait)– pour aider les éditeurs qu’ils défendent (un vrai poumon, ces revues et sites de régions, ces présences salon etc) et innover en travaillant de façon tri-partite sur ces accès tellement décisifs.

Nulle vassalisation à Apple : prendre comme acquis l’existence d’une plateforme grand public, mais surtout que l’accès à leur plateforme de distribution fermée est reproductible sur les autres systèmes, et d’ailleurs qu’eux-mêmes (application Kindle notamment, transfert sur smartphones et applis mobiles via Androïd) visent l’interopérabilité.

Ce chantier pour nous sera ouvert dès le lancement de l’iBookStore en français, le mois prochain – 100 titres publie.net disponibles dès le premier jour : mais l’appel aux Centres régionaux du livre pour aider l’ensemble des petits éditeurs exclus du « clan des trois » dans l’accès à cette plateforme, c’est pour tous les mois à venir. Aux auteurs et éditeurs en régions de faire amicale mais insistante pression sur leurs organismes (ou, amis auteurs, sur vos éditeurs papier – si aujourd’hui la diffusion numérique fait partie du service essentiel qu’ils vous doivent – s’ils ne le font pas, on le fera à leur place), si ça ne se bouge pas plus, parfois tout simplement pour ne pas savoir par quel bout tirer la ficelle : nous on vous propose tout simplement d’essayer, on se charge mise en place epub, métadonnées, accès et distribution, on prend notre ristourne (comme Apple prend la sienne, et l’État aussi via les 19,6% de TVA plus les 9,6% Agessa, quitte à nous dire ensuite « On ne peut pas vous considérer comme éditeur... » – ah bon ?) – et quand vous êtes prêts à voler de vos propres ailes, nous on déclique notre ISBN.

 

pourquoi les bibliothèques sont-elles si timides ?

Qu’on m’entende bien : lorsque nous proposons une lecture en ligne, il ne s’agit pas du même type de consultation que pour un site web comme tiers livre ou remue.net. Il s’agit d’un travail édité, donc corrigé et révisé, et surtout bénéficiant de notre recherche et thésaurisation sur l’ergonomie de la navigation écran, la possibilité de remodeler chaque texte en fonction des évolutions technos, un service lourd (serveurs, polices, accès catalogues) et des métadonnées (de recherche, de sérendipité) performantes. Dans ces accès lecture en ligne, le texte ne quitte pas nos serveurs, ne peut être téléchargé, il est donc protégé. Ce que nous proposons aux auteurs, c’est un service (à titre indicatif : en 2 ans, 14 titres d’abord diffusés sur publie.net sont désormais repris par des éditeurs papier).

À nos 30 bibliothèques abonnées (et immense merci et reconnaissance aux BU, dont Montpellier, Strasbourg, Angers, Poitiers, Arras, aux établissements pilote comme BPI, Carré d’Art, Rennes Champs Libres, CherMedia et tous les autres), aux Instituts français de Londres, Mexico, Varsovie), nous proposons l’insertion automatique de toutes nos notices dans leur catalogue (merci BPI et BUA pour l’aide pionnière), et la consultation à distance : tous les usagers en possession d’une carte de lecteur, à Rennes, La Roche-sur-Yon ou à l’Institut français de Londres, ont accès depuis chez eux à l’intégralité des ressources de publie.net.

Mais pourquoi, sur l’ensemble de nos bibliothèques abonnées, si peu à tester cet accès à distance (via serveur CAS ou proxy, c’est pas la mer à boire), et pourquoi, sur l’ensemble des bibliothèques universitaires ou territoriales, ainsi qu’écoles d’art, centres de documentation, instituts français à l’étranger – compte-tenu de la modicité délibérée de nos tarifs, si peu à en avoir la curiosité : ce n’est pas plainte ni épicerie – juste qu’on a absolu besoin d’être ensemble pour inventer, tester, manipuler.

Nous proposons pour cela un accès gratuit d’un mois : c’est déjà tout ce temps pour familiariser vos équipes, tenter des médiations usagers, recenser les éventuels points techniques... Et là aussi, confirmation de totale non implication du CNL : et donc appel aux Centres régionaux et services du livre, à nous de monter journées de formation (désolé, pas de « tables rondes » ni sempiternelles « journées d’études » dont nous recevons 2 propositions par semaine, ça fait partie de l’idée générale de gâchis, et là on les retrouve, les beaux parleurs ministériels, commissions de machins, sociétés de truc, qui ne lèvent pas le petit doigt sur le concret).

Enfin : l’arrivée des tablettes, pas seulement celle d’Apple, renvoie au musée les tentatives de prêts de liseuses eReader en bibliothèques. La mise à disposition d’iPad au public des bibliothèques peut changer la donne considérablement, à une condition : la médiation. Depuis 3 ans, les ressources publie.net, nous les avons constituées en dialogue permanent avec noyau de bibliothécaires hybrides dans la visée de cette médiation : c’est d’elle dont nous avons besoin, et qui crée une nouvelle relation des auteurs aux lecteurs, où la notion de communauté, se saisissant aussi de l’écriture, déplace les champs.

 

et conclusion en forme d’appel

Ce sont deux chantiers – l’accès petits éditeurs au coeur de la distribution numérique, la lecture en ligne de ressources de création dans les bibliothèques – absolument décisifs.

Est-il si paradoxal, à côté des grands enjeux de commerce et d’industrie, mais au coeur de la lecture publique, ou bien d’une responsabilité dans la médiation de la littérature au nom de nos missions de service public, qu’il est vital d’entamer – mais cela ne se fera qu’à condition d’agir ensemble.

J’en appelle ici aux Centres régionaux du livre en particulier : rencontrons-nous, échangeons, des initiatives d’apparence modeste peuvent tout changer à long terme.

Auteurs avec iPad : Jean-Philippe Toussaint (voir son site, notamment les PDF des manuscrits à lecture en ligne directe et les vidéos), ici avec Alain-Philippe Durand, de l’Université de Rhode Island, voir blog d’échange avec ses étudiants.

Sur ces questions professionnelles, discussion par échange mail direct, merci.


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1ère mise en ligne et dernière modification le 19 mai 2010
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