auteurs et agents (littéraires)

une étude sur édition, auteurs et agents par le Motif, qui déborde largement sa question initiale – sans polémique et amicalement croyez-le


note du 25 juin 2010
Juliette Joste, auteur de l’étude du Motif sur le rôle des agents littéraires, me fait part de quelques remarques et correctifs suite à lecture de ce billet. Avec son assentiment, je les inclus donc à la suite de ce billet, ici-même [1], et la remercie sincèrement de ce dialogue. Il confirme que cette étude recèle des enjeux essentiels pour nos métiers d’auteur... Autre confirmation : la lecture qu’en fait Alain Beuve-Méry dans Le Monde des livres.

présentation initiale, 24 juin 2010
Ah là là, que c’est compliqué le Motif... À peine ils existaient, qu’ils avaient proposé une cartographie des blogs où je devenais une sorte de méduse soigneusement mise à l’écart du paysage.

Avant-hier, recevant comme pas mal d’autres, j’imagine, une nouvelle étude 24h avant parution : agents littéraires, en avoir ou pas, et la feuilletant bien sûr illico, j’étais surpris de la richesse des idées et commençai à gamberger en vue d’un billet qui en répercute l’importance. Comme d’habitude, ma petite « radio texte » qu’est twitter faisait part de ces sensations à la volée, lecture, écriture – même si bien sûr il aurait été hors de question qu’un billet sur cette étude soit mis ici en ligne avant qu’elle soit publiquement disponible sur le site du Motif.

Las, me voilà soudain récipiendaire de messages au nom du "respect du travail de l’auteur" comme si cette petite lucarne sur table qu’était mon compte twitter devenait un tribunal, messages redoublés sur ma page Face Book privée. Moi, ras le bol – l’écriture est exercice de pensée indivisible, suffit de lire les lettres de Flaubert ou n’importe quel carnet d’auteur, le web c’est la chance de mettre cet atelier en partage, dans sa dimension personnelle autant que professionnelle, et tout aussi bien citoyenne. Et on ne me fera pas faire demi-tour : ici, ce n’est pas un organe de presse ou une institution sur deniers publics, c’est juste mon atelier – y vient qui veut et bienvenue, si ça ne vous plaît pas le web est assez grand merci.

Je m’étais donc bien promis de ne pas du tout relayer ni d’en parler plus, si c’est chaque fois pour se créer des ennuis. Et pris donc nouvelle dose de vaccination : le poids politique qui pèse sur ces instances explique sans doute qu’ils soient ainsi à cran, je le regrette pour eux.

Et désolé si on a à s’exprimer sur l’instance publique de la profession, ce n’est pas la première fois ni la dernière – encore récemment sur cette question des formations d’auteur proposées par le Motif, mais strictement réservées aux auteurs relevant de l’Agessa – pratiques divergentes, rien de grave, nous on propose autre chose ailleurs, il y a de la place pour tout le monde.

Alors, cette étude. Première curiosité, le constat que ces études rémunérées par leurs commanditaires prolifèrent au point qu’on a de la peine à suivre. Parfois elles sont ridicules : ainsi récemment l’ineffable Mme Albanel, parce qu’il fallait bien la payer après que virée de son ministère et en attente de ses pantoufles dorées à Orange (ça promet, si les voilà en juillet propriétaire du Monde...) – étude professionnellement insipide, et les seuls chiffres qu’elle citait, 4 mois pour 32 pages, étaient justement repiqués sur une très pertinente étude du Motif resituant le contexte du piratage des livres...

Dans ce contexte, évidemment on se réjouit quand une de ces études vous donne un vrai aliment de réflexion, non pas tant des solutions miracles, qu’une méthodologie de pensée et d’approche, de définition des paramètres. Hier matin c’était un régal que lire l’étude (commanditée par ministère de la Culture, avec présentation Philippe Chantepie) de Françoise Benhamou et Olivia Guillon. Lecture vraiment recommandée avec insistance pour la façon dont elle positionne les circuits numériques, éditeurs, agrégateurs, libraires, positionne la problématique des DRM avec le péage Adobe, sans compter des encarts sur le paysage américain, japonais ou allemand. Et Françoise Benhamou, elle, que ce soit dans son blog sur Livres Hebdo ou dans ses chroniques Rue 89, n’a jamais craint l’opposition d’un web de flux avec ses travaux de fond : il n’y a que ceux qui ne pratiquent pas le web qui vous envoient des briques à la figure si vous faites de leurs propres propositions un rebond d’idées... Lire donc, Françoise Benhamou & Olivia Guillon : modèles économiques d’un marché naissant (ou PDF direct) et heureusement cette question marronnier du marché assez mineure dans l’étude par rapport aux nécessités qui nous conduisent là.

L’étude du Motif est signée en première page par Juliette Joste, longtemps éditrice chez Flammarion, et c’est vraiment un travail en pleine connaissance des champs de force et pièces de puzzle.

Les digressions qui suivent auraient été différentes sans cette injonction de lire sans écrire, mais j’insiste : j’y reviens parce que – bravo à l’auteur – elle déborde largement les seules questions d’agent littéraire.

Photo : nos métiers du livre, Dany Laferrière signe, Salon du livre de Québec, avril 2010.

 

lit étude @lemotif "l’agent littéraire en France" (en ligne demain chez eux) ô vieux monde papier qui tombe, pris à ses miroirs

3:08 PM Jun 21st via web
Curieux au départ, parce que le monde des agents littéraires me concerne peu. Rappelons qu’en France 1200 éditeurs représentent 1% du CA de l’édition (et pourtant, le labo principal, et vital pour combien d’entre nous), et que de l’autre côté 1,6% des titres représentent 50% de ce CA : pas difficile de savoir de quel côté est la problématique des agents. D’autre part, dans cette phase d’industrialisation culturelle qui désormais a réorganisé tout le petit monde du livre, la notion même d’auteur est affectée, et ce qui se passe sur le web, côté création littéraire, fait que ça nous semble un monde bien lointain...

 

étude @lemotif agent littéraire : "111 entretiens face à face" ça change études Sénat Albanel etc

Mon Jun 21 2010 09:09:16 (EDT) via web
Méthodologie explicite et travail bien fait : assez, de la prolifération d’études baratin (ou journées d’étude etc... Tiens, on m’avait proposé pour la semaine prochaine d’aller en Chine, en haute compagnie dont je me réjouissais, dont Françoise Benhamou justement, pour une intervention de 20’, oui, Pékin pour 20 minutes, sur blogs et création littéraire : j’étais incapable de supporter qu’on brûle en argent public, pour billet d’avion, alors que sur ces questions je m’exprime ici à satiété, plus que j’aurai à dépenser pour manger et me loger le même mois, bien plus... c’est Claro qui s’y colle, tant mieux), alors qu’il n’y a aucune politique de financement public digne de nos chantiers virtuels, notamment quand ils se renvoient la balle pour la lecture publique en bibliothèque. Ça pourrait changer, qu’on nous dit, tant mieux. Mais là aussi, si on les attendait...

À noter aussi que pour cette étude (voir page 3), un questionnaire complémentaire a été envoyé à 100 auteurs ayant publié en 2009 et que 29 seulement ont répondu – ce qui semble bien illustrer l’intérêt limité pour la corporation (cf synthèse p 96-100). Mais le répertoire des entretiens face à face impressionne : cf p 108-110, par rapport aux études genre Albanel ou Sénat, bravo pour cela aussi (on n’aurait pas fait la fine bouche sur retranscription en annexe !).

Réserve : A un moment où les mutations économiques et technologiques secouent
sérieusement les équilibres installés, ces questions sont plus que jamais d’actualité
 : j’aurais dit qu’au contraire elles les rendent un peu désuètes, et ce que le contexte numérique change sur le fond à la question d’agent et à la relation auteur-éditeur n’a pas été abordé, même si je comprends bien que ce n’était pas leur domaine de pertinence.

 

"certains de ses clients n’ont jamais été édités" ou l’arnaque des "coach littéraire" y a comme du 2nd degré dans @lemotif "agents"

Mon Jun 21 2010 09:13:28 (EDT) via web
Première partie à lire vraiment de près, définitions très pertinentes et claires des différentes définitions en cours. Par exemple, sur le rôle des avocats : un Emmanuel Pierrat (quand il aura le temps d’écrire un livre, la semaine prochaine) en aurait à dire, tiens, sur Alain Robbe-Grillet par exemple – mais eux (même si Emmanuel a participé aux entretiens) se doivent de rester discrets...

Remarquable et humoristique ellipse lorsque l’étude aborde la nouvelle prolifération de ces intermédiaires de la réécriture à la gagne-petit, via citations d’un coach littéraire (cherchez sur Google, si vous ne croyez pas que ça prolifère. Rhétorique admirable : je n’effectue pas de sélection préalable et je précise que je ne cherche pas à faire publier les manuscrits, ça cadre effectivement l’efficacité, Comment décréter que les vrais écrivains sont ceux qui sont publiés, pas les autres ? élargit le champ marketing, L’édition entretient le mythe romantique de l’artiste inspiré. Plus le travail des intermédiaires est discret, mieux c’est pour tout le monde explique la difficulté des affaires. Mais bon, peut-être que certains avatars sportifs vont faire rapidement passer de mode le terme coach...

L’étude ensuite (p 12) répertorie les auteurs représentés par des agents et lesquels – point intéressant la distribution des auteurs relevant des sociétés professionnelles, et ceux ayant droit à l’Agessa, dont 2038 écrivains et 877 traducteurs (question souvent levée par Markowicz ou Claro, cette séparation).

Plus surpris, du coup par le tableau proposé p 91-93. Cette année au Québec, j’aurai beaucoup appris de leurs systèmes coopératifs, vital pour penser notre publie.net, mais la séparation américaine des domaines privés et publics c’est aussi une leçon nécessaire. On découvre donc, en vis-à-vis des agents, le nom des principaux auteurs qu’ils représentent – aucune révélation, longtemps que François Samuelson ou Pierre Astier ont pignon sur rue, crédibilité et intervention publique, et des auteurs comme Pierre Assouline (Avec un agent, l’amitié n’influe pas sur les
négociations...
, p 25), Philippe Djian, Fred Vargas et d’autres n’ont jamais évité la question – mais ça me paraît quand même quelque peu vieillot : l’auteur à nouveau considéré dans sa symbolique alors qu’il s’agit précisément de ce que décrit l’étude, la nécessaire professionnalisation d’un métier. Imaginez que dans votre municipalité on affiche la liste des dentistes avec lesquels de vos voisins sont leurs clients ? Mais bon, gageons que ce seront les pages les plus lues...

 

"si on me demandait une commission pour avoir apporté un manuscrit, je dirais non" @editionsPOL in @lemotif

Mon Jun 21 2010 09:11:21 (EDT) via web
De mon point de vue, des pages vraiment importantes. On sort de la problématique agent, on rentre dans le lien direct auteur/éditeur, l’itinéraire de construction, l’intuition aux manuscrits. Logique évidemment d’y retrouver Paul Otchakovsky-Laurens. Discussion évidemment vitale pour le numérique aussi, quand Amazon, ainsi qu’Apple et Google, et c’est déjà acté pour les US, promulguent un modèle d’accès à l’auto-édition où le niveau professionnel de l’objet est assuré par la plate-forme, la médiation confiée à l’auteur, et la répartition symbolique bouleversée : si 10 000 auteurs vendent 3 livres, c’est identique pour Amazon à 3 auteurs vendant 10 000 livres. Mais la validation symbolique conférée par l’éditeur a disparu, alors qu’elle assurait évidemment (désolé du passé...) une fonction principale de régulation et prescription. Citation exacte de POL, p 9 : « Quant à
apporter un manuscrit à un éditeur, on le fait pour la beauté du geste. Si on me demandait une commission pour avoir apporté un manuscrit, je dirais non. » Juliette Joste introduit notion de maillage entre éditeur et auteur qui me semble vraiment importante, et c’est le rôle qu’ont relayé progressivement la validité et la pérennité de sites comme remue.net, poezibao, et ce que je cherche depuis 3 ans en construisant publie.net sur modèle d’une coopérative d’auteurs, et non plateforme d’auto-édition à la demande. Corollaire : c’est la fonction qu’exerçait autrefois, médiation aval, la critique littéraire, qui tirait sa validation symbolique de l’accès au lieu précis de sa publication, de la Quinzaine littéraire au Monde des Livres, ou au Matricule des Anges. Mais la prescription web change les règles, passant par la mise à disposition directe de contenu sur le site auteur, ou de ressources non textuelles chez l’éditeur. Ainsi, pour rester avec POL, la montée en puissance de leur blog atelier confié directement aux auteurs, en parallèle de l’étonnante accumulation vidéo de leur directeur commercial, Jean-Paul Hirsch (mais visiblement son lien avec Charles Juliet, Bernard Noël et tous les autres n’a rien de commercial, qui connaît Jean-Paul sera d’accord). C’est sur ce chantier-là, de ce que modifie le numérique à l’écosystème de l’auteur, qu’il faudrait bien une fois que les Centres régionaux « du livre » ne restent pas au bord de la piscine (hors prolifération de tables-rondes et de journées d’études sur le numérique et l’avenir du livre dont je reçois une par semaine – et, à l’honneur de la région Île-de-France pilote en cela, que des auteurs à forte implication web soient accueillis en résidence dans des projets où la réflexion et l’intervention numériques deviennent centrales)...

 

étude "agents" @lemotif p 75 : POL & Olivier Cohen contre réduction contrat édition à 10 ans : confirme que c’est bien point essentiel

Mon Jun 21 2010 09:19:07 (EDT) via web

étude "agents" @lemotif confirme qu’agents imposent limitation contrat à 10 ans – 1 auteur qui l’exige, l’éditeur cède, pour nous vital

Mon Jun 21 2010 09:20:30 (EDT) via web
Je suis souvent intervenu sur ce point pour moi essentiel d’une limitation à 10 ans du contrat éditeur (voir résumé). Encore récemment dans un échange de mails avec Livres Hebdo au sujet des avenants numériques proposés par les éditeurs sur le modèle des pourcentages papier, et que de plus en plus d’auteurs refusent de signer : peu importe qu’on passe de 11% (Fr) à 22/23% (norme US), ce qui compte avant tout c’est qu’on rétablisse qu’un contrat commercial d’édition obéisse à la loi générale : limité à 10 ans, même si renouvelable évidemment. C’est par exception au droit commercial et français et international que les contrats d’édition valent pour totalité de la période de propriété artistique, soit 70 ans post-mortem.

Et c’est un changement total de paradigme : à nous de continuer en permanence de faire marcher les presses à imprimer si on veut manger. Mais vous croyez qu’un boulot comme mes Rolling Stones, une biographie je ne serais pas hyper heureux, 10 ans après parution, d’un livre qui m’a demandé autant d’années en amont, d’en reproposer, au même éditeur pourquoi pas, Fayard et le livre de poche ont été admirables, comme Albin-Michel pour les suivants –, une version augmentée ou affinée ? Nous n’aurions pas La Comédie humaine si Balzac ne l’avait pas constituée en récrivant ses livres à chaque nouveau contrat de réédition, le titre de Comédie humaine surgissant rétrospectivement (la géniale analyse de Proust au début de la Prisonnière).

Alors évidemment je comprends la réaction très violente (et pourtant, au civil, je vous atteste de leur gentillesse !) et de POL et d’Olivier Cohen, qui ne sont des demi-éditeurs ni l’un ni l’autre (Olivier Cohen, p 37 : Les agents occupent l’espace laissé vacant par les éditeurs en donnant aux auteurs un point fixe quand leur éditeur n’en est plus un. Le meilleur moyen de les freiner, c’est de montrer qu’on est aussi bons et parfois meilleurs qu’eux. Il serait bon que les éditeurs acceptent de rentrer dans le détail des comptes, de parler de la gestion des droits, qu’ils montrent aux auteurs qu’on peut être actif en trouvant des débouchés pour leurs livres.). Mais à la fois avec un faux argument et un constat par la négative. Faux argument : ...Paul Otchakovsky-Laurens : « La réduction de la durée d’exploitation pousse à la “best-sellarisation”. Dans le système actuel, même un livre qui vend 50 exemplaires par an contribue à la vie de la maison. Pour moi, le fonds représente peut être 15 % de l’activité. » Olivier Cohen est encore plus ferme : « Le jour ou on basculera vers une exploitation limitée dans le temps, je changerai peut-être de métier. Si on ne peut pas construire sur la durée, le modèle sera cassé et ce métier d’aventurier ne sera plus possible. » Alors quoi, en Italie et en Allemagne, où le contrat d’édition est limité à 10 ans, ils ne sont pas tout aussi actifs et mordants sur les 2 points évoqués ? Et constat par la négative : dès qu’il y a agent, le contrat est de fait limité dans le temps (l’étude y revient plusieurs fois d’ailleurs). Cela veut dire, de fait, que la part commerciale la plus décisive de l’édition est déjà sous le régime de contrats limités à 10 ans. Pour cela que c’est à nous, auteurs, dans chaque contrat, d’en signifier la clause – et vous verrez que les éditeurs obtempèrent, parce qu’ils pratiquent déjà cette limitation avec leurs auteurs principaux. Quand on sait, d’autre part, que la durée moyenne d’un livre en librairie est 5 semaines...

 

étude "agents" @lemotif : en Allemagne lecture auteur rémun 1000/1500 euros, avec mes 650 HT suis loin du compte et encore je me bats

:23 PM Jun 21st via web
Encore un point qui m’avait fait réagir. Sur cela aussi, suis souvent intervenu, à part pour quelques auteurs (et cela recoupe en bonne partie les auteurs très gros vendeurs, tous avec agents), aucun de nous pour vivre principalement de ses droits d’auteurs – ou du moins, des droits d’auteurs des livres principaux. Là encore, un écosystème qui se déplace, où le CNL avec ses bourses de création et années sabbatiques (pour moi, dernière fois que j’ai eu cette chance, 1997), les commandes radio ou les collaborations télé seules rendaient possibles de s’y consacrer à plein temps. On découvre donc comment l’Allemagne garde un tour d’avance, en rémunérant entre 1000 et 1500 euros une lecture publique. Et ce n’est pas de l’épicerie : quand c’est pris en charge sérieusement, on peut aussi être assuré qu’on aura une sono correcte et un vidéo-projo, et non pas simplement une carafe d’eau, un Shure 58 usagé et une plante verte plus le néon au-dessus. De notre côté, le temps de vraiment préparer et construire. Pour ma part, je demande 650 net pour une lecture publique, eh bien on est plutôt en-dessous des standards.

Corollaire d’ailleurs sur la nécessité désormais d’obtenir son SIRET de micro-entrepreneur, la plupart des auteurs y ont procédé, mais il y a 2 ans je me souviens de la grimace horrifiée de Jean-Claude Bologne lors d’un échange à la SGDL, comme n’importe quel plombier avait-il dit, mais désormais on n’a plus le choix, et on est complètement livrés à nous-mêmes sur ces questions... Merci à Juliette Joste, là aussi, d’avoir débordé de la seule question agents littéraires pour privilégier cette approche écosystémique.

 

étude "agents" @lemotif, sous-titre : "l’agent, chef de produit d’une littérature jetable ?" en ligne demain chez eux

3:24 PM Jun 21st via web
Je ne commente pas. Mais vraiment, côté Motif, il y avait de quoi pousser les hauts cris parce que je soulignais l’intérêt de cette étude, mise en ligne annoncée dans les 12 heures à suivre, et l’audace très claire de sa structure ? – oui, la littérature jetable question de plus en plus vitale, dans la domination de ce mot marché qui nous écrase, et l’industrie du livre qui amorce une dégringolade progressive qui semble bien irréversible, comme si eux-mêmes creusaient de plus en plus leur tombe avec ces bouquins qui nous encombrent, littérature jetable, catégorie loisir.

 

étude "agents" @lemotif, conclusion : "le système [d’édition] actuel laisse l’auteur à ses problèmes économiques et sociaux"

3:25 PM Jun 21st via web
Dur constat, donc, qui pour moi est la principale conclusion de cette étude : confirmation qu’en dehors de ce qu’imposent les agents pour leurs auteurs gros vendeurs, le système éditorial actuel, en proie à sa concentration renforcée, à sa reconversion en industrie de loisir, n’est plus apte à assurer le contrat moral, l’appui socio-économique suffisant pour ses auteurs.

Qu’on voie bien le contexte : qu’est-ce que twitter ? Une minuscule fenêtre (Echofon) en bas à droite de la fenêtre Firefox – c’est un mini-memo, ce qu’on lit, ce qu’on consulte, ce qu’on échange, on le fait comme on pense à voix haute, prend qui veut, ou qui est en ligne à ce moment-là. Oui, c’est un outil qui change les repères sociaux – mais pour nous autres, la veille est un outil essentiel, tout va si vite, tout est si glissant, si chargé. Je n’ai pas changé mon temps global de lecture et d’écriture. Seulement, dans mon temps de lecture et d’information, la veille numérique est un vecteur essentiel, et twitter en est le relevé, la time line toute personnelle. Ainsi, dans les heures suivant ces 45 minutes consacrées à première lecture de cette étude de 110 pages, ce premier repérage, je signalais via twitter interview de William Gibson dans Internet’Actu avec cette phrase : "Internet, version annotée de notre cerveau", puis l’article d’Olivier Ertzscheid dans Le Monde, Extinction des espèces à l’éducation nationale, une intervention de Françoise Benhamou dans Rue89 sur la mise à mal des budgets culturels dans les départements, un nouveau site sur culture africaine et création contemporaine, et l’intervention importante d’Alain Beuve-Méry sur la fin d’un Monde.

Alors désolé, amis du Motif – et respect à Juliette Joste pour cette étude dont la lecture me semble vraiment importante, bien au-delà de la seule question des agents littéraires – mais je ne suis pas d’une corporation obéissante et ça passe même avant le reste. Quant aux outils que nous utilisons, le fait que twitter soit un petit calepin perso, dont moi-même je me sers, à 2 ou 3 jours d’écart, pour retrouver tel article lu, telle discussion en cours, mais que ce calepin soit à ciel ouvert, il faudra bien vous y faire. Ou vous déprendre vous-même, un petit peu, enfin, de la comm’ à champ de vue loin comme le bout du nez. Merci à vous pour le travail réalisé, et à vous d’accepter, parce qu’il s’agit de la res publica que notre assimilation critique, en son meilleur, soit précisément l’expression de comment en nous ça rebondit et induit – en gros : le flux.

[1Cher François Bon,

Merci de votre lecture qui me réjouit évidemment au plus haut point [...] et parce que vous soulignez au plus juste que l’intérêt
du sujet est en bonne partie dans ce qu’il permet d’aborder "à la
marge".

Quelques remarques en vrac :

- Critères de sélection des auteurs : nous avons veillé à une
représentativité aussi large que possible par "taille" de maison,
notoriété, succès commercial ou non, genres littéraires, du plus
classique ou "grand public" au plus "avant gardiste", et même
génération. J’ai notamment épluché les programmes de rentrée (janvier/
septembre) disponibles en ligne pour faire la sélection — qui
n’exclut pas cela dit une part de subjectivité et d’arbitraire.

- Ce que le numérique change sur le fond : en effet, dans l’étude on
"ouvre" simplement là dessus . Il aurait fallu au moins 3 mois
d’enquête à temps plein sur le sujet. Et peu d’acteurs du livre ont
véritablement réfléchi sur le fond, me semble-t-il. En outre, la
vérité n’est-elle pas qu’en bousculant les équilibres d’une façon
encore difficile à apprécier et non mesurable, le numérique est de
toute façon une secousse de nature, si les acteurs s’en emparent, à
remettre en question les relations établies ?

- Tableau p 91-93 : vous avez raison, en même temps il fallait bien
"compter" les agents ? Et faute de statut, d’inscription légale,
comment valider leur "activité" autrement que par la réalité
d’auteurs représentés — même si mentionner deux ou trois noms n’est
en réalité pas suffisant ?

- "Maillage" et "écosystème de l’auteur" : termes tout à fait adéquats
pour décrire une évolution qui m’a... captivée. Et chantier
passionnant, en effet.

- Limitation à 10 ans : oui, évidemment, cela dit quelle que soit la
durée du contrat celui-ci n’est valable qu’en fonction d’un minimum
d’exploitation. Facile à assurer pour un éditeur, direz-vous ? Certes,
n’empêche que face à un éditeur honnête un auteur concerné,
professionnel et attentif peut d’ores et déjà argumenter et reprendre
ses droits lorsque c’est pertinent. Je veux dire : la non revendication
par les auteurs de leurs droits est aussi une part du problème — et
la base de possibles évolutions, non ?

- Rémunérations : et que pensez-vous du fait qu’aux US la
professionnalisation des auteurs se fassent via les ateliers
d’écriture, en quelque sorte un système de bourses qui permettent aux
écrivains même non publiés de vivre de leur activité ?

Bien à vous,

Juliette Joste


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 24 juin 2010
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