écrire web : sur Jacques Roubaud, variantes en copier/bricoler

proposition d’écriture avec appel à contribution


TROIS EXEMPLES D’ECRITURE COLLECTIVE SUR LE WEB :
- L’autofictif d’Eric Chevillard et le site des 807 (saison 3)
- le général Instin et la forêt qu’il abrite
- le convoi des glossolales

Ci-dessous, le double rêve de Jacques Roubaud. Donc : une scène quotidienne brève, racontée avec la plus grande précision qu’il peut tenir dans nos huit lignes. On ne cherche pas à en faire du fantastique, on ne cherche pas à dérégler nous-mêmes le réel. Par contre, nous aussi allons produire deux versions du même texte.

Ce qui signifie une chose : le lecteur qui va venir à cette brève scène quotidienne n’aura plus appui sur le réel. C’est donc lui, quand il va à son tour dupliquer l’histoire dans les commentaires du blog, d’autant plus qu’il n’a pas rapport aux sources réelles, lieu, mémoire, fait, visages, qui va la transformer en histoire fantastique.

Et ce sera notre deuxième tâche, dès que fini d’écrire la mini-scène : aller produire des variations chez les autres. Alors on aura gagné ceci : c’est le dispositif même de l’écriture web qui aura engendré la fiction.

CE QUI S’EST PASSÉ :

Première demi-heure, j’expose tout ceci.

Deuxième demi-heure : chacun sur son blog propose sa double scène, très simple, précise. On aura : la séance de cinéma, juste avant le film. La terrasse de café au soleil. L’attente à l’arrêt de bus et le problème de ticket. La dernière cigarette poussée dans la nuit en discutant avec un copain.

Troisième demi-heure : à mesure que les textes sont mis en ligne, on en prend connaissance via blog, et chacun construit sa propre variation depuis les scènes proposées.

ET LA SURPRISE :

On se prend au jeu. Lisant-écrivant, on dérive dans une autre réalité, les textes deviennent plus audacieux, plus simples. Propulsée via twitter, l’expérience s’ouvre aux visiteurs du web. Chacune des six propositions devenant un monde collectif, mais souplement flottant, dérivant.

Plus de soixante contributions en une heure... Allez les lire – il s’est passé quelque chose. Et vous pouvez bien sûr continuer l’expérience en complétant de vos propres scènes...

- singer les mots (cinéma) par Julien [1]
- plouf ! (terrasse de café) par Annabelle
- brabski (arrêt de bus) par Baptiste
- des grillons plein la tête (la discussion cigarette), par Thomas
- vers le milieu de la soirée (la salle d’examen) par Florentin
- impasse de l’abreuvoir (celle qui passe et salue ses amis) par Armêl

 

Jacques Roubaud | Rêve du 11 février 19...


Je suis dans un café ; un café parisien, semblable à celui, proche du métro Liège où, tous les matins, je viens lire un journal et prendre un petit déjeuner. C’est le matin (une jeune femme blonde passe une serpillière humide entre les tables, sous les pieds des clients, sous les miens) mais il fait encore nuit. J’étale le journal devant moi ; le patron s’approche et pose devant moi un « crème » et deux tartines beurrées ; il prend les deux pièces de dix francs que je sors de ma poche et me rend un franc quatre-vingts. Quelqu’un entre. -

 

Jacques Roubaud | Rêve du 17 août 19...


Je suis dans un café ; un café parisien, semblable à celui, proche du métro Liège où, tous les matins, je viens lire un journal et prendre un petit déjeuner. C’est le matin (une jeune femme blonde passe une serpillière humide entre les tables, sous les pieds des clients, sous les miens) mais il ne fait pas nuit. J’étale le journal devant moi ; le patron s’approche et pose devant moi un « crème » et deux tartines beurrées ; il prend les deux pièces de dix francs que je sors de ma poche et me rend un franc vingt. Quelqu’un entre.

 

© Jacques Roubaud, La forme d’une ville change plus vite, hélas, que le coeur des humains, Gallimard, 1999.

[1Mais il nous faut éclaircir l’histoire du commentaire disparu de Karl, qui nous a fait l’honneur de sa visite !


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 20 mai 2011
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Messages

  • Je suis dans un café ; un café parisien, semblable à celui, proche du métro Liège où, tous les matins, je viens lire un journal et prendre un petit déjeuner. C’est le matin (une jeune femme blonde passe une serpillière humide entre les tables, sous les pieds des clients, sous les miens) mais il ne fait pas nuit. J’étale le journal devant moi ; le patron s’approche et pose devant moi un « crème » et deux tartines beurrées ; il prend les deux pièces de deux euros que je sors de ma poche et me rend vingt cents. Quelqu’un entre.

    Voir en ligne : Les 807

    • je suis dans un café ; un café de banlieue , semblable à celui, proche du métro Liège où, tous les matins, je viens lire un journal et prendre un petit déjeuner. C’est midi (une jeune femme blonde passe une serpillière humide entre les tables, sous les pieds des clients, sous les miens) et il fait presque nuit. J’étale le journal devant moi ; le patron s’approche et pose devant moi un "noir" et deux tartines sans beurre ; il prend les deux pièces de deux euros que je sors de ma poche et me rend vingt cents. Quelqu’un l’interpelle..

    • Je suis dans un café ; un café de banlieue, semblable à celui, proche du métro Liège où, tous les matins, je viens lire un journal et prendre un petit déjeuner. C’est midi (une jeune femme blonde passe et repasse une serpillière humide entre les tables, sous les pieds des clients, sous les miens) mais il fait très sombre. J’étale le journal devant moi ; le patron s’approche et pose devant moi un "noir" et deux tartines sans beurre ; il prend les deux pièces de deux euros que je sors de ma poche et me rend vingt cents. Quelqu’un l’interpelle.