pro | et toi, tu fais quoi de ton site après mourir ?

de l’organisation préalable et anticipée de notre tombe numérique – digression


19 juin 2013, complément à la note initiale de février 2013
Non pas que le sujet me hante particulièrement, mais revenu plusieurs fois en tête ces jours-ci à cause des points suivants :

- Persistance des attaques de robots-spammeurs balayant nos sites, s’accrochant en boucle aux commentaires et créant des pics de bande passante. Eu plusieurs fois à réparer mon site, donc aller chercher la base de données archivée par ovh à J – 1, J – 2, ou S – 1 (heureuse sécurité de ce fournisseur d’accès où je suis depuis 2002), et donc des manips assez dissuasives si on n’y est pas expérimenté. Ai dû affronter aussi blocage complet, c’est arrivé récemment aussi à Arnaud, et dans ce cas il faut moralement être bien accroché pour dire qu’on répare au lieu de laisser couler ou recommencer ailleurs. Désormais mes DNS transitent par CloudFlare, qui centralise pas loin d’1/3 du trafic web et est lui aussi soumis à lourdes attaques. Mes accès sont bloqués pour la Chine, la Russie et l’Ukraine, mais la semaine dernière c’est la Pologne qui passait devant, donc c’est sans fin.

- Décès ces derniers mois de 2 proches, blogueurs et non des moindres, côté critique, côté création, et toujours malaise à voir ces 2 sites à la fois présents et en consultation résiduelle, donc se dépréciant dans contexte en évolution perpétuelle (Google qui fait passer en service payant son moteur de recherche intra-blog, des révisions de spip, des mises à jour en fonction de l’évolution Java ou des versions php, balises css à modifier pour la lecture tablette, en fait une sorte de travail constant d’entretien de site quand on veut être chez soi), tant que l’hébergement annuel sera payé à ovh. J’ai tenté de prendre contact avec ovh pour leur demander si pas possible de créer le service suivant : avec un complément sur notre hébergement annuel, une assurance qui permettrait le maintien en ligne sur 5, 10 ou 20 ans pourquoi pas du site en mode passif. Mais pas eu le bon contact, pas de réponse.

- D’autre part, en installant le compte Twitter du mag fictions nerval.fr, me suis aperçu que – comme moi d’ailleurs – aucun de mes amis n’avait retiré de ses abonnements les comptes des deux proches ci-dessus évoqués. Comme si le décès n’était qu’un avatar de la vie réelle qui ne changeait rien au fond par rapport à nos attentes et liens virtuels.

- Je ne change rien au billet initial ci-dessous, mais rappeler qu’en France le dépôt légal des sites web a été institué par décret, solution originale qui autorise la BNF à collecter des sites ciblés, et pratiquer annuellement une collecte globale du web. Beaucoup plus séduisant et discret que l’encombrement via dépôt légal des livres papier (on sait que le nombre des livres stockés de 1945 à aujourd’hui est largement supérieur au nombre de livres stockés de 1532 à 1945), avec consultation possible et incrémentielle (pourtant, un site comme le mien c’est de constants effacements que je considère comme ma prérogative), sans copie, sur les lieux mêmes du robot Heritrix (certains de mes blogs sous pseudonyme y ont été archivés, alors que je n’en ai même pas gardé d’archive off line, autre avatar borgesien, par lequel on pourrait modifier l’archive collective sans effet sur l’oeuvre personnelle). C’est initier une sauvegarde pérenne décalquée sur le modèle du papier, mais crée des problèmes annexes, notamment pour les blogs francophones hors France, et l’idée aussi que finalement nos sites ou blogs n’ont d’intérêt que par leur fluidité même, donc le fait qu’ils respirent avec nous, que nous y sommes actifs. J’ai de plus en plus l’impression que mon site est ma propre mémoire, la remplace pour un certain nombre de choses, et si je cesse d’y travailler je serais en droit d’en revendiquer l’effacement – une logique qui ressort beaucoup plus de ce que les bibliothèques gèrent en tant qu’éphémère que ce qu’elles appliquent au livre.

- L’enjeu de plus en plus décisif de cette réflexion, si on considérait beaucoup trop, il y a encore 2 ans, le site ou le blog comme un univers parallèle à l’oeuvre, ou lié à la médiation de l’oeuvre, tandis que le livre numérique était une prolongation d’une sorte de noyau symbolique de l’oeuvre, incarné par le livre papier. Renverse qui désormais est en mode accéléré : le livre numérique comme transfert marchand du livre papier qui s’érode, et s’érodera avec lui (ce qui lui laisse quand même une belle marge de progression relative pour les années à venir, le temps que les asymptotes se rejoignent), et le site, qu’on lit sur tablette avec la densité d’un livre – pour peu du moins qu’on prenne au sérieux l’ergonomie et le travail sur navigation interne plus fichiers css –, devient lui-même le premier niveau du corps d’oeuvre, le livre papier ou ce qui se dessine désormais de façon très passive pour le livre numérique, n’en étant qu’une sorte de fruit détaché, ou modalité seconde...

- Et complément à point ci-dessus que la BNF nous accorde désormais un ISSN, j’ai reçu le mien il y a quelques semaines et l’ai dûment intégré avec balise identifier dans la partie head de mon site, avantage d’être chez soi, mais là aussi une manip supposant un peu d’habitude, et renforçant pour la notion d’oeuvre web l’identification avec une URL maître, renforçant aussi, lorsque cette balise est intégrée, que le repérage du site en tant qu’oeuvre débordera les frontières nationales et rejoindra les autres grands silos d’archive. Rien qui révolutionne, mais qui conforte l’idée du site comme bulle en partie indépendante de son auteur, pas forcément du point de vue d’une reconnaissance symbolique du site en tant qu’oeuvre, mais bien en tant qu’unité organique reproduite dans pluralité de systèmes d’archivages, et l’écart qui s’accroît entre les sites qu’on jardine en permanence sous sa propre URL et les ressources qu’on héberge dans la masse des plateformes gratuites... Corollaire : le constat qu’en 3 ans les formations et informations aux auteurs n’ont guère été prises en compte par la collectivité, et que la formation à la culture numérique dans les facs n’y entre qu’au compte-goutte...

Tout ça en vrac, mais pas plus d’importance que ça, de toute façon.

 

et toi, tu fais quoi de ton site après mourir ?


Pour la plupart d’entre nous, ce n’est pas une réflexion neuve, nombreuses traces diffuses en ligne.

Et d’ailleurs ça n’a pas d’importance. Ou alors une importance qui se la joue un peu gonflette. On a tellement été émerveillé par le travail génétique sur Flaubert et sur Proust, parce que l’oeuvre était matière accumulant en arrière chacune de ses traces, qu’on a voulu instituer la génétique en discipline, mais pas de quoi s’effrayer que nos méthodes de travail aient bousculé un peu ça : si le site est lui-même la trace, le travail de blog, l’accumulation des billets, en est le corpus génétique. Et si merveilleux que ce soit de trouver trace manuscrite d’Apollinaire, on se passe de celles de Rabelais sans que ça porte atteinte à l’oeuvre, et détruire les brouillons une fois le travail fini est une posture parfaitement légitime, la masse des auteurs, Chateaubriand et Michaux les premiers, qui procédaient systématiquement à ce ménage prouvant bien, là aussi, que ça ne porte pas atteinte à l’oeuvre. Il n’y a pas obligation collective à l’archivage et au culte de la génétique des oeuvres, même pour nous autres qui les oeuvrons.

Et la question devient aussi très mineure quand on sait que le web est de toute façon archivé (on va croiser bientôt Karl de la Grange, sa décision d’une instruction empêchant l’archivage robot est parfaitement légitimée, comme la broyeuse à papier d’Henri Michaux vissée sur sa table). En dehors même du vieux archive.web, j’ai pu vérifier dans le local du robot Heritrix de la BNF – guidé par celle du labyrinthe – présence de certains de mes blogs provisoires, ou de matériaux effacés volontairement ou pas de mon site ou de leurs avatars provisoires. Avec même le paradoxe que les sauvegardes incrémentielles de la BNF archivent les billets que j’efface régulièrement de mon blog, mais supposeraient pour rétro-action un processus lourd et trop égotiste.

Mais voilà la question qui revient. Elle est chez Cécile Arènes ici : ce n’est pas d’une tombe que j’ai besoin, mais de quelqu’un qui fasse le ménage. Et elle rappelle ce billet plus ancien.Les deux articulés autour d’une même citation, « J’ai marché sans compagnons sur le sable et le vent a effacé mes traces. » Plus l’idée de la mobilité, ce qu’on emporte avec soit : « N’avoir rien laissé de soi à chaque déménagement, pourquoi accepter des sédiments sur le web ? [...] Au retour de l’île, avoir vécu six mois avec une seule valise de vingt kilos. »

Karl Dubost, autoportrait

Et la même réflexion revient chez Karl, ici se croisant avec mon propre blog, mais auto-cite ce billet qui nous a tous mis en mouvement, avec pour titre simplement testament. Pour Karl, le fait d’accepter qu’un autre webeux, je ne sais même pas s’ils sont proches, lui confie à titre testamentaire sa trace numérique post-mortem. Karl insistant sur la nature même du legs : qu’il n’est pas patrimonial, et ne concerne même pas seulement les traces qui nous appartiennent en propre (ce site), mais l’ensemble de nos traces numériques, ce qu’il dit scories – « La pensée est loin d’être morbide. Elle est même génératrice d’une réflexion sur la gestion de son identité numérique aujourd’hui, ainsi qu’après la mort. »

De chez Karl et de chez Cécile, on remontera vers lien qu’ils citent tous deux, d’ailleurs probablement sans concertation ni lecture réciproque (je les connais tous deux, je ne sais pas s’ils se connaissent) : le testament numérique de David Larlet, internaute que je ne connaissais pas, quoique eux deux le connaissent.

Dans ce billet mis publiquement sur son blog, David Larlet aiguille vers une amie/compagne des ressources considérées comme patrimoniales (photographies) et demande à Karl un travail d’informatique : prolonger son nom de domaine et payer l’hébergeur. Et bien sûr, puisque nous restons dans le domaine de la toile, David Larlet installe un codicille (la chambre des notaires protesterait de n’avoir pas été consultée, et donc de n’avoir rien touché pour en valider l’acte) : en cas d’impossibilité de Karl, perdu en latence dans un recoin de l’aéroport de Chicago ou parti 4 mois en Asie avec sac à dos sans réseau, l’exécuteur testamentaire désigné par Karl dans son site deviendrait aussi celui de Larlet... Chaîne qui forcément se fragilise à chaque échelon.

Il ne m’appartient pas de juger. Plane sur tout cela, ces derniers jours, l’ombre d’un jeune informaticien américain qui a préféré le suicide, Aaron Swartz (voir chez Calimaq et ici sur la biographie) . Que reste-t-il d’Aaron Swartz, sinon, non pas même un contenu informatique en tant que patrimonial, mais une suite de gestes ayant déplacé les frontières du personnel (qu’on lègue) et du public (justement cette notion de creative commons que nous revendiquons au quotidien parce que le premier paradigme, même pour l’écriture solitaire, c’est que la création est collective). Complément : testament d’Aaron Swartz, merci Lionel Maurel.

Dans notre toile de blogs rêveurs, nous ne donnons pas réponse aux uns et aux autres, on accueille les questions, on les prolonge pour soi.

Au regard de la vie professionnelle, l’État subventionne une abbaye (il faut bien faire quelque chose de notre si riche patrimoine monumental) pour permettre le dépôt d’archives d’auteurs et d’éditeurs, l’IMEC. Je pourrais matériellement leur confier (pas envie, mais je n’ai jamais été capable de porter ça à la déchetterie où il y a pourtant un box pour le matériel informatique) : un PowerBook 145 de 1993 encore vaguement en état de marche avec un disque dur de 45 Mo, quelques disquettes Atari d’entre 1988 et 1992, et à partir de là, grossièrement c’est le même ensemble de fichiers que j’ai promené d’ordi à ordi, actuellement sur mes 2 ordinateurs principaux, 2 disques durs de sauvegarde (mais les 4 éléments sont la plupart du temps rassemblés dans ma pièce de travail, donc sans garantie contre incendie ou vol de la cabane), et j’ai moi-même pratiqué à mesure dans ces ressources un élagage, supprimant des textes que je considérais inintéressants, me refusant à la tenue d’une bibliographie autre que cet empilement de fichiers, ayant cependant procédé de temps à temps à leur réenregistrement pour lecture sur traitements de texte actuels. J’aimerais mieux le revendre aux enchères et me payer un voyage avec, mais si je suis mort je voyagerai gratuit – je sais pas où.

On pourrait aussi imaginer, qui coûterait peu cher et pousserait les auteurs à se préoccuper un peu du web, un IMEC numérique, c’est ce que propose Dan via l’université d’Angers : un home de l’écrivain. Encore faudrait-il avoir confiance en l’université – elles ne s’illustrent pas par leur confiance ni au numérique, ni aux saltimbanques leurs contemporains.

Dans la partie non-site de mon corps numérique, il y a ce qui me tient lieu de correspondance : mails et agenda archivés en gros depuis 2003, constituant une base de données Outlook d’environ 3 Go. Une correspondance pourrait mériter archivage : cette base de données n’a d’intérêt que dans la partie commerciale d’archivage de ce qui concerne publie.net : l’archivage des mails, conservant leurs pièces jointes, remplaçant la constitution de dossiers avec ces pièces. Ça m’est bien utile pour me souvenir de moi-même. T’y étais quand, à Cherbourg ?

De ma vie d’avant l’informatique, il m’arrive toujours de regretter ces cahiers tenus en continu de 1977 à 1980, et brûlés en 1983. Mais chaque fois que j’ai ce regret, c’est que je suis sur la piste encore inaccessible d’un texte en gestation, donc c’est plutôt bon signe. Ce qui me reste d’avant l’Atari est dans une valise de carton noire au fond d’une armoire inaccessible depuis 2 ans à cause de mobilier accumulé par dessus – mes propres archives me sont donc à moi-même inutiles. Je me souviens, dans un des déménagements, faisant le tri, d’avoir mis de côté, d’un fatras de lettres, celles que je voulais conserver, Gracq, Claude Simon, Blanchot, Bernard Noël – pas beaucoup. Et puis ça avait dû prendre un mauvais aiguillage, jamais retrouvé. J’ai un gros dossier de lettres de Pierre Bergounioux, et je les garde parce que j’ai l’impression d’un dépôt, qui devra à terme rejoindre ses propres archives (surtout parce qu’on peut comparer les dates des lettres et ce qu’il raconte à même date dans ses Carnets, ce qui en complexifie relativement la lecture !).

Dans mon disque dur, quelques rares fichiers sont protégés par mot de passe. Mais à force d’être ainsi protégés j’oublie moi-même le mot de passe, et quand je n’y ai plus accès je les efface, de toute façon c’est très peu. Quelques rêves. Il y a des écritures développées sous d’autres noms que le mien, et qui ne pourraient se révéler miennes qu’ainsi – à détruire ou pas ? Peut-être que notre liberté dans l’ordinateur c’est justement de savoir qu’il n’est archive que parce que nous les appelons, et s’effaceraient sitôt partie notre buée sur l’écran du matin.

Il y a quelques années, j’avais moi aussi pensé que je devais laisser à quelqu’un les clés de tout ça. Forcément quelqu’un du monde de l’informatique, ces gars réglo qui ne sont même pas forcément des proches, mais qui sauraient gérer ça comme il faut. Je n’arrive plus à me rappeler si je n’avais pas donné mes mots de passe à Philippe De Jonckheere en lui confiant ce rôle. Mais on n’en pas reparlé depuis longtemps. De toute façon, Philippe m’engueulerait d’utiliser le même mot de passe pour tout, et il ne lui faudrait pas 10 minutes pour venir à bout de tout ça, même sans ouvre-boîte. J’ai un mot-clé un peu plus renforcé, pour certaines tâches, et les choses concernant publie.net, ou mon logiciel mail. Je sais que Julien Boulnois a ce mot de passe, et si c’est dans l’ordi de Julien il finirait par le retrouver.

La notion de legs évolue. Ce que créent de valeur dans leurs propres activités mes rejetons participent d’un monde aussi différent du mien, que mon père et mon grand-père avaient du mal à considérer mes propres activités comme liées à leur commerce et artisanat. La propriété intellectuelle poussée à 70 ans post-mortem est une absurdité qui grève lourdement la possibilité même de hisser cet héritage, par nos usages pédagogiques notamment, je pense à Gracq et Michaux, à Artaud même si ça commence à se fissurer.

Notre habitus voit son accumulation patrimoniale se réduire : mes ordis durent deux ans, compte donc plutôt ce que je mets dedans. Les livres auxquels on tient vraiment – par exemple pour moi, liste très restreinte avec mes Balzac, mes Proust, mon Montaigne, mes Kafka, on s’en passe progressivement. Au moins 15 ans que je n’ai pas utilisé d’édition papier de Rabelais (le Pléiade est un contresens grave, qui met le Gargantua avant le Pantagruel, on peut le benner c’est à refaire). Avec mes premiers droits d’auteur de Sortie d’usine je m’étais acheté le Flaubert en 16 tomes relié cuir de l’Honnête Homme, et un frigo. J’ai toujours les Flaubert, pas le frigo, mais il y a bien longtemps que je lis Rabelais sur le web ou sur tablette/liseuse. Donc nos accumulations s’éloignent, on chemine lentement en soi vers où on s’en dispense. Je crois que c’est pour ça que j’ai écrit Autobiographie des objets.

Ce matin par exemple je lis ce billet de Clément Laberge, un gars qui connaît parfaitement son Paris, qui sait ce que c’est qu’une librairie, qui est surpris de découvrir boulevard Saint-Germain, où il a l’habitude de passer, une boutique qu’il ne connaissait pas. Un machin luxe Vuitton à vous vendre 2 400 euros un étui d’iPad. Et Clément dit : je n’avais pas remarqué à cet endroit que, sans faire la jonction avec l’absence de La Hune. La librairie en déménageant ne laisse pas plus d’empreinte qu’on n’en cherche désormais place de la Sorbonne là où pendant tant d’années on a farfouillé aux PUF qui faisaient le coin. Mais moi-même, pour répondre à Clément, j’étais persuadé à cet instant d’avoir sorti mon iPhone pour photographier ce trou-du-cul Vuitton, parce qu’il installait trois livres dans sa galerie vide, là où tant d’années on entrait à cause du trop-plein de livres et que j’en avais fait un billet. J’avais en fait twitté la photo (ci-dessous, les livres dans le temple vide), mais jamais fait d’article , sauf celui-ci. La photo de Clément alors se renverse : tombeau avec écriture, pour librairie tuée par l’industrie du fric.

livres à vendre, dans la boutique de luxe Vuitton qui a remplacé la librairie historique La Hune boulevard Saint-Germain

Un site pourrait ou devrait donc aussi s’effacer à mesure – voir cette explication d’Isabelle Pariente-Butterlin, qui efface chaque mois ses twitts du mois précédent (au point que moi, qui ai l’habitude pour retrouver un lien d’ouvrir le twitter de celle ou celui qui l’avait émis, c’est l’impasse – et voir ici sa réaction encore plus radicale à lecture de ce billet), ou voir Laurent Margantin qui ne répond plus aux mails, mais crée des blogs assignés à durée de vie limitée, objet alors de quelle nature ?

Comment on pourrait arriver à une conclusion sur un tel thème ? J’héberge ce site depuis bientôt 12 ans sur ovh.com – est-ce que si je cessais de les payer pour cause majeure j’échapperais à l’effacement immédiat ? Même pas. Tous les dimanches à 3 heures du matin ils établissent une sauvegarde de la base de donnée, est-ce que je l’ai récemment rapatriée sur mon ordi ? Non. Est-ce que j’ai une pratique d’archivage cohérente de mes photos, e-mails et divers, sinon par duplication Time Machine ? Non. Est-ce que ça me préoccupe tant que ça ? Non. Pourtant ce site est plus qu’un exercice de plaisir, il est le labo, le journal, la mine. J’y installe des ressources différenciées, voire réservées, et je demande à Google de me fournir le moteur de recherche qui me permet de m’y retrouver, mes compétences mentales n’y suffisant pas. Qu’est-ce qui signifierait cette base de données si elle n’était plus objet en constant renouvellement, expansion et contraction, dérives et ruptures ? Elle ratatinerait comme une vieille pomme.

J’ai pris une bonne leçon ces jours-ci, d’un ami très proche, Emmanuel Delabranche (on s’est vu 2 fois, une longue une brève) : une série de photos qui s’articulaient sur de simples associations de mots, prises chez moi. Ces réductions à quasi rien, qu’il définissait comme Limite remplaçant alors le livre même et devenant notre propre rémanence ou relais ?

A quoi servirait d’aller vérifier que Julien et Philippe aient bien mon mot de passe, parce qu’eux ils savent voir le dedans d’un ordinateur et sauraient faire le ménage ? Et le Crouzet débarquerait soudain dans le bureau disant : attends j’ai un convertisseur, je te fais un epub de 10 000 pages... Je n’aurai pas de testament, même numérique, pas plus que pour ma viande à corps. Que cela n’empêche pas d’écrire sur les morts et les rêves.

Reste ce présent de la toile. De n’avoir pas rejoint encore les limites de ce site, quand j’imagine les avoir peut-être déjà laissées arrière pour ce qui est du livre.


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1ère mise en ligne 6 février 2013 et dernière modification le 19 juin 2013
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