vers le robot Heritrix

visite privilège de la BNF souterraine (avec guide)



MAIS QUELLE EST CETTE RUBRIQUE ? (SE REPÉRER)
une autre page images, au hasard (depuis 2005) :
sculpter le sculpteur

Depuis que j’ai un appareil photo numérique, je photographie des bureaux, le plus souvent que je peux, il doit y en avoir des dizaines parmi les 1500 photos désormais en ligne sur cette partie du site (heureusement, personne pour se vanter les avoir vues dans leur totalité !).

Peut-être parce que l’auteur travaille chez lui, et qu’occuper un espace professionnel c’est à la fois marquer une spécificité, affirmer une fuite hors monde strictement professionnel, et pourtant garder distance respectueuse, parce qu’avec celles et ceux qui travaillent avec vous il y a cette ligne invisible, celle qui protège.

Je suis au bureau des achats de la tour T4 de la Bibliothèque nationale de France, la Tour des lettres. Qui regroupe d’ailleurs, plutôt que les lettres, les services ressources humaines, organisation, sécurité.

Quatre personnes se partagent l’espace, chacune son quart, délimitations strictes. Et chacune chacun sa spécialité : le classique, le contemporain par exemple se font face, et ni la présence murale ni les arrangements de papier sur les étagères ou sur la table ne sont les mêmes. Au milieu de la salle, une imprimante : parce qu’elle sert à tout le monde ?

Quatre personnes, quatre façons d’occuper l’espace, via objets, via images. Je ne me sens pas autorisé à l’investigation d’ensemble. Mais le bureau près de la fenêtre, avec les affiches de cinéma, il y a Balzac et les Beatles, je me dis que c’est quelqu’un avec qui j’arriverais à m’entendre. Et puis le quart en entrant à droite, parce que cet univers, à beaucoup d’entre nous, est quand même un questionnement : jamais là où on le croit.

Ceux qui savent reconnaîtront, et pour les autres c’est pas si grave. Peut-être, les noms de Proust et Michaux sur les murs, le visage de Samuel Beckett, vous rappelleront certaines affinités de blog. L’absence radicale de livres : c’est que la fonction qui consiste à doter les salles de lectures et recherche de la BNF d’un large échantillon significatif de la production littéraire depuis 1980, ça ne vous semblerait pas une baguette magique ? On doit forcément s’éduquer, s’agrandir, les outils centrifuges de la curiosité.

Suis très admiratif : pour les productions contemporaines, on s’imaginerait le bureau à gauche en entrant noyé sous les services de presse revendiquant l’honneur de présence dans les salles et bibliographies, mais non. Livres Hebdo, un écran pour se balader dans les sites d’éditeurs et les blogs (et une fine connaissance vérifiable des librairies parisiennes :
mais sur budget d’achat personnel...). Etonnez-vous qu’ici on s’y connaisse, qu’on s’y repère en conscience, dans ces labyrinthes...

Je trouve aussi un brin d’insolence à ces murs.

Récemment, je photographiais ce qu’on aperçoit depuis le 18ème étage : là, on descend.

On descend dans la rue souterraine, endroit où on ne pénètre pas sans guide. Le long des murs glissent ces étranges chariots bleus qui portent automatiquement les livres des réserves aux salles de lecture. C’est très mystérieux, mais ça fonctionne. On respecte le silence des livres muets, sans doute se préparant intérieurement à la consultation qui va suivre, aux lumières.

Et puis voilà la salle de consultation des archives du web. On a le droit de tout voir, mais pas d’enregistrer sur disque ou sur clé. Les archives de 1998 à 2004 viennent du fabuleux archive.org, ça je connais. On arrive à pister l’éphèmère site de Tanguy Viel en 1999/2000 avant qu’il n’en organise le suicide (avec dans sa page lien cette citation de Michaux Ne laisse pas toi te gagner, son anthologie sur le Quichotte – malheureusement, le ménage a été fait dans ses inédits en ligne, reste cet hommage au désordre via Melville... ou un inédit de Laurent Mauvignier). Par contre, si on peut suivre les modifications du Désordre depuis 2003, leur propriétaire nous fait l’ingratitude d’avoir demandé suppression du site vintage : à tort ? Tel que je le connais, c’est archivé chez lui, alors que de mon côté n’ai jamais pris ces précautions.

A partir de 2004, la BNF prend le relais : le robot fouineur et rapatrieur s’appelle Heritrix. L’interface ressemble un peu à celle d’archive.org, qui m’a répertorié dès 1998, et ça pose plein de question : qu’est-ce qui a été archivé, qu’est-ce qui y a échappé, images, bandeaux, commentaires... On fait quelques sondages. Une fois, en faisant une fausse manip sur ma base de données, j’ai effacé 400 photos mises en ligne, dont je n’ai plus aucune trace : soudain, voilà tout ce site et ses images... Peut-être qu’un jour j’obtiendrai de venir ici les reprendre : mais non, de notre côté des manettes, mieux vaut l’éphémère.

Dans l’expérience au quotidien du site, je sais que nettoyer, supprimer des pages c’est une obligation fréquente. Et, évidemment, ce qu’on supprime est souvent lié à contrainte, on regarde quelques exemples, impact sur droit à l’image, à quelques questions judiciaires même... C’est pour ça que mon interlocutrice insiste sur le fait qu’on sonde...

Et puis l’impact pour publie.net : sur le site public, on n’a que les extraits des textes, et, sans version imprimée, ils ne bénéficient pas de l’ISBN. Par le dépôt légal web, via le site miroir à accès réservé de publie.net bibliothèque, les textes sont intégralement archivés, datés, protégés. Trop tôt pour savoir ce que ça change du point de vue légal : mais, pour la mémoire, c’est décisif...

Parfois on s’étonne que sur mes photos il y a plein et plein de choses, mais rarement des gens : je l’affirme, il n’en était pas question...




François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 25 avril 2008
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