Conversations avec Keith Richards | 3, solitude

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SOME THINGS GET BETTER WITH AGE
LIKE ME.
KR

 

3 _ Solitude


Keith Richards me disait souvent : « Les Rolling Stones ont été une solitude à plusieurs qui n’a guéri aucune de nos solitudes propres. »

Keith Richards me disait souvent : « Les Rolling Stones ont été un vrai groupe de vraie musique – et ce n’est pas parce que je joue dedans. »

Keith Richards me disait souvent : « La solitude essentielle est devant toi, là même où tu poses un pied, puis l’autre. »

Keith Richards disait : « À preuve que lorsque tu n’as pas eu la force de rester seul, tu sors en titubant. »

Keith Richards disait : « La solitude est un travail, tu l’endurcis pareil qu’à la guitare le cal de tes doigts. »

Keith Richards me disait parfois : « La solitude existe toujours plus fort pour soi que pour les autres, mais si chacun dit pareil ? »

Keith Richards me disait aussi : « La solitude se creuse avec les ongles, quand le trou est assez grand tu t’y mets face contre terre. »

Keith Richards me disait souvent : « La solitude c’est comme les yeux écarquillés dans le rêve, une autre étape de la vision. »

Keith Richards expliquait : « La solitude est une enfance, marche vers ton enfance et ta solitude te sera offerte de nouveau. »

Keith Richards me disait aussi : « Dans le rêve, qui se battrait ? ainsi de la solitude, le flottement qui t’emporte. »

Keith Richards disait : « Ainsi dans le rêve ces moments où tu te vois en mort — dans ta solitude, laisse le mort marcher devant toi. »

Keith Richards m’avait dit : « On m’avait offert un ordinateur j’y avais inscrit tous mes rêves — et j’ai renversé cette vodka dessus, plus de rêves, et pas recommencé l’ordinateur. »

Keith Richards m’avait dit : « Si Mick Jagger n’aimait pas autant l’ordinateur, Internet et tous ces trucs, j’aurais peut-être mieux profité du mien. »

Keith Richards m’avait dit : « Quand meurt un ordinateur, est-ce que meurent les rêves qu’on y a inscrits ? ai-je brûlé la terreur de mes rêves ? »

Keith Richards m’avait dit : « Dans un de ces rêves je criais — moi, dont la vie ne fut qu’un grand cri, mais poussé par un autre. »

Keith Richards disait : « Dans la solitude, tu portes le rêve de tes nuits à même la peau du jour, et le ciment des villes. »

Keith Richards me disait souvent : « J’aime ma solitude, parce que j’y rêve dans le plein jour sans nul pour me secouer l’épaule. »

Keith Richards me disait souvent : « La solitude, en français, quel beau titre de chanson ça te ferait. »

Keith Richards me disait souvent : « La solitude est un exercice de parole à l’envers : tout ce que tu es porté à crier, tu le ravales. »

Keith Richards me disait parfois : « Il n’est pas de lieu pour la solitude — la surface au sol de tes deux pieds suffit largement. »

Keith Richards me disait souvent : « J’ai toujours eu curiosité d’où mes deux pieds me menaient, et pourquoi là. »

Keith Richards me disait alors : « Ta solitude est un spectacle à toi seul donné, admire, sois patient, accepte aussi ta peur, et ton vide. »

Keith Richards disait souvent : « Tout vide est une construction — quand tu as assez construis incise : tu y entres, tu deviens ce vide. »

Keith Richards disait souvent : « Les musiques que tu entends dans ta solitude sont rarement celles que sur la scène tu inventes. »

Keith Richards disait parfois : « Dans les Rolling Stones aussi, chacun est tout seul et le sait. »

Keith Richards me disait souvent : « Le seul livre à lire, c’est la nuit qui te le tend, les mots aussi sont une nuit. »

Keith Richards disait : « Si les rêves de Keith Richards ont des dents, est-ce la faute de Keith Richards ? »

Keith Richards disait : « Tendre lentement la main à la nuit : ainsi le progressif travail d’installer sa solitude. »

Keith Richards disait souvent : « Le sommeil est une brutalité faite au rêve et au mouvement, contrains le sommeil à économie et distance. »

Keith Richards disait : « La nuit est ouverte et active, la solitude se repaît mieux des heures blafardes du jour, je hais les heures blanches qui vont de la nuit à la nuit. »

Keith Richards me disait souvent : « Que serait pour soi-même la distraction que sont pour certains autres mots fléchés ou croisés, loteries, amusements, sorties au cinéma — on ne choisit pas que sa vie soit extraordinaire. »

Keith Richards ajoutait : « Que le rock’n roll soit cela qui te dise, à quelque degré que tu sois de toi-même, de très haut à tout en bas : telle est la rançon, mon gars. »

Keith Richards me disait souvent : « La bouche pâteuse mâche les mots de plus près, ainsi la solitude le temps. »

Keith Richards disait aussi : « J’ai voulu surplomber l’époque, c’est juste affaire d’à quelle hauteur intérieurement ta solitude te hisse. »

Keith Richards disait : « Chaque fois qu’un de tes pieds avance au sol, ta solitude pose aussi les siens, donc ralentis. »

Keith Richards me disait : « À cela on reconnaît les grands de la solitude, leur façon de poser les pieds — j’ai connu de tels artistes. »

Keith Richards : « Qu’est la suite des villes où tu auras joué, sinon que ce bref moment où tu la quittes ? »

Keith Richards : « Quand, pendant cinquante ans de ta vie on t’a inscrit, en haut de la liste des titres, le nom de la ville où ce soir tu les joues. »

Keith Richards disait : « Si la solitude te fuit, ignore-la toi aussi, elle reviendra au premier mur (mais toi seul auras mal). »

Keith Richards ajoutait : « C’est ainsi que beaucoup ont pu se tromper sur ma vie, sur mon être — les murs eux ne s’y trompaient guère. »

Keith Richards me disait souvent : « À se jeter dans les murs on n’apprend rien de plus, mais justement, ils ne vous le font pas savoir. »

Keith Richards me disait aussi : « Les Rolling Stones étaient cinq pour partager ce que ma tête portait à elle seule, oh tout ce qu’on a à taire, crois-le. »

Keith Richards me disait souvent : « On va vers soi-même à reculons, la main sur les yeux pour ne pas voir ces ruines qu’on laisse. »

Keith Richards disait souvent : « Aime tes erreurs autant que tu aimes les fuir — dessine la carte de ces fuites, où chaque ville t’accable. Cela je l’ai fait. »

Keith Richards me disait souvent : « Remplace le nom de chaque ville par le nom qui y fut celui de ta solitude particulière. »

Keith Richards me dit une fois : « J’abrite qui me protège, ainsi ma solitude a toujours été peuplée. »

Keith Richards disait : « L’intelligence n’aide que ceux de la parole-monde, elle ne les aide qu’à rester aveugle à l’art qu’est se taire. »

Keith Richards me disait souvent : « Une paire de souliers aide plus qu’un livre, si c’est pour marcher vers sa solitude. »

Keith Richards disait : « Ces pensées que j’écrivais, je les déchirais de mon carnet, les mâchais longtemps, très longtemps, puis avalais. »

Keith Richards disait : « Je pense peu, dormant peu. »

Keith Richards disait : « Je n’ai jamais eu d’affinité avec le sommeil, parfois je le fuyais des jours — ainsi construis-tu ta solitude rythmique. »

Keith Richards me disait parfois : « Pourquoi tant de solitude à vaincre, sinon que chaque mort laisse après lui la sienne. »

Keith Richards disait : « Toute ville n’est faite que de la solitude superposée de ses morts : pourquoi sinon tant de mal à les traverser ? »

Keith Richards disait : « Faire une encoche à Micawber (c’est ma guitare) pour chaque grand mort : il ne restait plus grand de guitare. »

Keith Richards disait : « Ta propre mort tu t’en fous, mais tes guitares elles deviennent quoi. »

Keith Richards disait : « Parmi toutes solitudes perceptibles de tes morts, chercher où attend la tienne, savoir qu’on s’y débarrassera enfin de soi. »

Keith Richards me disait : « Mais si tu ne comprends pas, n’hésite pas à me faire répéter. »

 

Heathrow airport, date indéteminée.
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1ère mise en ligne 22 février 2013 et dernière modification le 29 juillet 2018
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