pro | "résidence d’animation", c’est tout neuf et ça vient de sortir

un concept bien ambigu dans les formulations d’une résidence d’auteur relayée telle quelle par la MéL et le Motif, des approximations qui suscitent l’inquiétude...


A nouveau plusieurs sollicitations sur journées d’études ou autres parleries consacrées aux résidences d’auteur, évidemment pas trop concerné, mais je remets en avant du site ce billet bien significatif des dérives actuelles, lire aussi billet antérieur des résidences.

 

C’est Philippe Diaz (Pierre Ménard sur le web, site Liminaire) qui hier a signalé le premier ce honteux appel à résidence diffusé par la ville de Colombes.

En tant que tel, petite mairie de la couronne parisienne qui a sans doute d’autres chats à fouetter, ça pourrait passer aux pertes et profits d’une panouille administrative municipale, personnel peu formé au droit social et qui n’a pas à s’embarrasser de questions touchant la condition des auteurs qu’ils reçoivent, pour une tâche parcellisée relevant strictement (au mieux) de l’éducation artistique auprès des publics scolaires.

Sinon cette éternelle façon de nous dire : « on veut bien vous recevoir mais attention, on vous fait une fleur alors ne vous plaignez pas, déjà que vous ne servez à rien... »

Oui mais : 1, le projet reçoit le soutien de la DRAC Île-de-France et du Conseil Général des Hauts de Seine, et là difficile de plaider l’ignorance du droit et le mépris de la condition artistique.

Oui mais : 2 – et j’en tombe littéralement de ma chaise en le découvrant – le projet est diffusé et donc validé, aucune mise à distance, aucune interrogation ni mise en garde (c’est en pleine Une de leurs deux sites), d’une part par la Maison des Écrivains et de la Littérature, d’autre part par Le Motif, c’est à dire les 2 institutions professionnelles de référence en région parisienne (la MéL est logée par la ville de Paris dans la villa des frères Goncourt, et mène depuis longtemps une activité sans faille et sans tache dans le domaine des ateliers d’écriture et le Motif c’est l’émanation de la Région Île-de-France, avec des professionnels reconnus).

Alors tout de suite 2 remarques :
- ces problèmes ne sont pas nouveaux. J’ai ici-même dans Tiers Livre, pour ce qui me concerne, publié en mai 2009 ce billet, de quelques paradoxes sur les résidences d’écriture, concernant cette ambiguïté majeure de projets toujours articulés en partie sur l’intervention sociale de l’écrivain, mais dans l’impossibilité de séparer la commande et le soutien à la création de ce qui relève du droit social, charges, rémunérations.
- ces problèmes font constamment l’objet d’un travail de fond entre partenaires institutionnels, lieux d’accueil et artistes, et la MéL comme le Motif (ou les Centres régionaux du Livre) ont une fonction essentielle de validation et de régulation. Qu’ils reculent de cette façon en banalisant un projet dangereux, c’est grave pour nous tous.

Lire par exemple le remarquable et dense rapport de synthèse publié l’an dernier par Yann Dissez, d’ailleurs en consultant MéL et Motif : Yann Dissez, risques & pratiques des résidences d’auteur.

Alors il se dit quoi, à Colombes-les-écrivains, qui plaît tant à la MèL et au Motif qu’ils relayent cet appel à projet pleine page :

La résidence-mission est organisée à des fins d’éducation artistique et culturelle en faveur d’un public d’enfants et de jeunes âgés de 3 à 17 ans. Elle repose sur une pleine disponibilité de l’artiste, durant quatre mois, et sur une diffusion de son œuvre.


- Le mot mission est exemplaire : héritant de la splendeur des missions catholiques dans l’Afrique coloniale, le mot mission aujourd’hui a un contexte précis, les agences d’intérim. Cela s’appelle un contrat de travail à durée déterminée mais voilà, ça suffirait : on se refuse à prononcer le mot contrat de travail, on préfère détourner tout simplement la loi.
- La suite, repose sur une pleine disponibilité, mais même les petites bonnes bretonnes, au XIXe siècle, avaient droit à une journée de repos par semaine (j’ai le droit d’en parler, des Bretons de Paris c’est 1/4 de mon patrimoine). Il n’y a pas un seul RH dans n’importe quelle boîte petite ou minuscule (je le sais particulièrement, accueillant une étudiante licence pro en dispositif d’alternance pour publie.net) qui oserait établir une telle phrase dans un contrat. C’est le premier paragraphe de cet appel à projet, il n’a troublé ni la DRAC, ni la MéL ni le Motif.
- Puis : et sur une diffusion de son oeuvre, mais c’est quoi ce pataquès, de quoi parle-t-on ? Des livres pour lesquels nous avons signé des accords commerciaux, depuis 30 ans si c’est un fossile comme moi, avec tant et tant d’éditeurs ? Et diffuser : la ville de Colombes remplace ses libraires, distribue les livres dans les boîtes aux lettres des immeubles ? Et cela n’a troublé ni la DRAC, ni la MèL, ni le Motif.

Ça suffirait, moi j’ai autre chose à faire, et que ce soit MéL ou Motif je tiens aux bonnes relations, mais c’est justement pour les amitiés que j’y ai que je prends ça dans la gueule pleine baffe : ça ne me gênerait pas si ça venait d’organismes auxquels je suis indifférent, mais là c’est notre propre sol qui s’écroule...

La suite est à l’avenant, un peu tragique, un peu comique, de toute façon pathétique – avec le soutien donc des meilleures institutions qu’on croyait vouées, sinon à notre défense, au moins au dialogue...

Cette mise en évidence s’appuie sur des formes d’intervention ou d’actions très variées se différenciant, toutefois, des traditionnels ateliers de pratique artistique régis par un cahier des charges et des finalités différents. Ces actions sont à considérer comme autant de gestes artistiques, préparés en amont avec diverses équipes pédagogiques et/ou équipes éducatives. Ces équipes peuvent, indifféremment, être déjà impliquées dans le domaine de la littérature ou tout simplement avoir le désir de s’y inscrire.

- Ayez le désir de vous inscrire dans le domaine de la littérature.... mes amis, vous mettrez votre nom sur le panneau à l’entrée... si l’un quelconque parmi vous avait déjà vu ce verbiage, je paye une bouteille de Bourgueil... dialogue avec les accueillants, formation des intervenants, une mise en cause de tout ce qu’on fait de bien, depuis des années, dans les résidences qu’on mène (en tout cas celles de la Région Île-de-France directement), là ce n’est pas le cas...

La résidence-mission ne se confond nullement avec une résidence de création puisqu’il n’y a ni enjeu de production propre à l’artiste ni commande d’œuvre littéraire. Pour l’artiste résident, il s’agit, plus particulièrement, de s’engager dans une démarche éducative donnant à voir et à comprendre la recherche artistique qui l’anime ainsi que les processus de création qu’il met en œuvre (réflexion, expérimentations, réalisation).

- Là c’est le bouquet : attention, vous l’artiste, êtes pleinement disponible, mais si on vous prend à écrire vous êtes contrevenant. Et attention, ce que vous faites, ce n’est pas écrire ou photographier ou peindre, c’est enjeu de production propre à l’artiste – soit tout simplement la dénégation de tout caractère artistique à votre travail, hors votre propre identité. Pour sourire, donner à voir et à comprendre la recherche artistique qui l’anime et les processus de création qu’il met en oeuvre ça peut se faire comment, sans production d’un peu d’oeuvre ?
- Cette mention nullement une résidence de création annule complètement le baratin hypocrite qui précède, classant l’intervention comme geste artistique : oui, il s’agit bien de travail dissimulé, qui veut échapper au code du travail concernant le CDD.
- Ajouter que la mention public 3 à 17 ans vous place corvéable à merci pour maternelle, primaire, collège, lycée – il a pu m’arriver de concevoir ce type d’intervention (avec Claude Ponti à l’abbaye de Fontevraud l’an dernier par exemple, pour enfants foyer des Tourelles à Saumur), mais en ce cas construction extrêmement spécifique... Qu’est-ce que ça veut dire sinon animation de service, quels contenus, pour quoi faire ?

allocation calculée sur la base de 3000 euros par mois, charges sociales comprises

- Passons sur le réduire ainsi les inégalités en matière d’accès à la littérature et à la culture, ça passe tellement bien dans les discours ambiants, que ce n’est pas la peine d’aller plus loin.
- Confirmant le caractère social du travail proposé : les dates en sont fixées dès l’appel à projet, soit « du 13 novembre au 12 décembre 2012 puis trois mois pour la seconde phase de résidence s’étalant du 7 janvier au 14 avril 2013 » – donc non pas 4 mois, mais 1 mois de travail, 1 mois de suspension non rémunérée, 3 mois de pleine disposition (après quoi c’est l’été, la cigale allez chanter...). Comment alors un seul contrat de travail peut-il rémunérer une période de 4 mois incluant 1 mois sans rémunération ? Outre le non respect du code du travail concernant les CDD c’est ici un 2ème motif (sans jeu de mots) de pleine illégalité...
- Et combien d’heures travaillées dans chacune de ces périodes de pleine disponibilité, et moi, quand je rétribue mon étudiante en alternance à publie.net, on me demande de lui payer aussi une part de congés : notez bien leur date de fin : ils ont l’outrecuidance de décompter sur le temps de l’intervenant 1 semaine de plus non rémunérée au moment vacances scolaires de février...
- Et passons sur le flou des termes concernant la rétribution et ses charges. Rien que cela aurait pu mettre la puce à l’oreille côté MéL et Motif, parfaitement conscients (et moteurs) de ces problématiques – allocation d’un côté, charges sociales mentionnées de l’autre : si c’est charge, c’est salaire, mais sur quelle base non dite ? Mais si c’est allocation ça veut dire quoi concernant les charges mentionnées ? Et ça n’a pas alerté la Drac ?
- Ça donnerait presque envie (et si ça a commencé, c’est sans doute l’intention du bénéficiaire retenu ?) de faire le projet sans mouffeter et de les mettre aux Prud’hommes illico ensuite, tiens...

On finit par la cerise sur le gâteau ?

Il est souhaité que l’artiste résident puisse être logé sur le territoire concerné ou dans ses environs durant sa mission. Pour cela, les conditions d’hébergement peuvent être examinées avec l’appui de la Ville de Colombes si nécessaire. L’artiste retenu doit être autonome dans ses déplacements et disposer, de préférence, d’un véhicule personnel.

- D’où que vous habitiez, Paris ou loin de Paris, vous dormirez à Colombes. Reprendre le RER pour revenir à domicile : ah non, tous les gens qui travaillent à Colombes ils dorment à Colombes. Mais quand, quand on a vu qu’un contrat de travail soit une assignation à résidence ?
- Et bien sûr n’oubliez pas votre voiture personnelle... Ah non, là j’exagère : c’est la MéL et le Motif, qui vous offrent la voiture, tellement cette résidence ils trouvent ça bien et normal.

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne 18 février 2013 et dernière modification le 28 juillet 2013
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Messages

  • Monsieur,
    Vous avez publié lundi sur votre blog un article (reproduit ci-dessous) par lequel vous mettez en cause, sur un mode particulièrement virulent, le projet de résidences-mission mises en place par la Ville de Colombes dans le cadre d’un Contrat local d’éducation artistique. Celui-ci étant cofinancé par la DRAC Ile-de-France et le Conseil général des Hauts-de-Seine (ainsi d’ailleurs que par l’Éducation nationale), et relayé par la MEL et le MOTIF, vous associez ces différents organismes à vos accusations mensongères.
    Permettez-nous de vous faire part de notre étonnement, pour ne pas dire plus, face à une telle démarche.
    D’un côté, vous vous positionnez en tant que défenseur des droits des artistes, veuves et autres écrivains orphelins.
    A l’inverse, vous diffusez vos accusations sans le moindre sens de la mesure, et surtout sans avoir pris la peine de vous renseigner sur la réalité des prétendus faits qu’il vous plaît de dénoncer. Avez-vous contacté les malheureux auteurs exploités depuis deux ans par la Ville de Colombes pour mesurer l’état exact de leur détresse ? Avez-vous tenté de joindre un quelconque responsable de la municipalité de Colombes pour, à défaut de lui donner une possibilité de vous répondre, a minima lui permettre d’être informé de vos indignations ? Avez-vous eu la courtoisie de solliciter l’avis des professionnels des équipes de la DRAC, de la MEL ou du MOTIF (dont vous dites vous-même qu’ils sont reconnus pour leurs compétences), afin de comprendre les raisons de leur aveuglement ?
    Il n’en est rien, malheureusement, et vous tombez dans l’écueil que vous dénoncez vous-même : aucune mise à distance, aucune interrogation ni mise en garde. A dire vrai, vous déversez votre agressivité avec une telle violence, qu’on en vient à supposer que la motivation profonde de votre acte relève soit d’une jouissance personnelle dans la critique systématique, soit de motifs extérieurs aux faits que vous dénoncez, plutôt que d’une réelle conviction. Peut-être même les deux ?
    Nous avons pour habitude de ne pas répondre aux polémistes professionnels.
    Néanmoins, compte tenu de la diffusion significative de votre billet, nous nous devons de rétablir la réalité des faits, et nous allons nous employer ici à le faire sur chacun des points que vous évoquez.
    Passons tout d’abord sur l’argutie sémantique que vous vous plaisez à mettre en exergue au début de votre billet. Bien entendu, vous l’avez deviné, le terme "mission" employé dans l’expression "résidence-mission" (proposée par le ministère de la Culture pour tous les Contrats locaux d’éducation artistique) se réfère sans aucun doute aux meilleures heures de la glorieuse époque de la colonisation française. D’ailleurs, à Colombes nous avons même choisi, pour plus de folklore, d’affubler systématiquement nos artistes en résidence-mission d’une ceinture en régime de bananes...
    Mais revenons, plus sérieusement, sur les principaux éléments au sujet desquels vous nous mettez en cause.
    Parmi ceux-ci, essentielle est la question des modalités de rétribution des auteurs que nous accueillons en résidence.
    Sur ce point, et contrairement à ce que vous affirmez, la Ville de Colombes ne fait pas fi du code du travail, et se soucie plus que vous ne le pensez du respect des droits sociaux des artistes. La législation nous offre plusieurs possibilités pour rémunérer les auteurs que nous accueillons : salariat dans le cadre d’un contrat de travail, rémunération par le biais de l’AGESSA au titre des activités accessoires (dont il ne vous aura pas échappé qu’elles permettent de rémunérer des ateliers artistiques ou d’écriture, dans la limite d’un plafond annuel), contractualisation avec une structure intermédiaire (associative par exemple) se chargeant, sous notre contrôle, du salariat de l’auteur...
    En l’occurrence, nous avons souhaité donner le choix à l’auteur : c’est lui qui, sous condition de respect de la règlementation (affiliation à l’AGESSA par exemple), nous indique le mode de rémunération qu’il préfère. Il se trouve que, pour les deux premiers artistes auteurs accueillis en 2011-12 et 2012-13, les trois modes de rémunération ont été utilisés, à chaque fois dans le respect le plus strict de nos obligations légales et sociales. Pour l’auteur accueilli en 2011-12, par exemple, un emploi a été créé au sein de la collectivité dans le cadre du dispositif du "Besoin occasionnel", et une délibération a été adoptée en ce sens, à l’unanimité, par les élus du Conseil municipal - délibération n° 18 du CM du 8 mars 2012).
    Parmi les obligations légales et sociales mentionnées précédemment figure celle du respect du temps hebdomadaire de travail. Vous l’évoquez en faisant une lecture très personnelle et assez insolite de l’expression "pleine disponibilité" employée dans notre appel à candidature. Comment pouvez-vous, en fin connaisseur de la langue française que vous êtes, avoir une lecture aussi déplacée de notre document ? Pensez-vous vraiment qu’il soit dans les intentions de la Ville de Colombes d’exiger de l’auteur en résidence une présence ininterrompue, sept jours par semaine, et - qui sait - peut-être même la nuit ?
    Et puis, parce qu’une ineptie ne vient jamais seule, vous tentez ensuite de convaincre votre lecteur que les auteurs accueillis à Colombes seraient assignés à résidence, et contraints, les pauvres, à dormir sur place. Vous avez oublié d’ajouter que leur paillasse est probablement installée sous un pont, dans la pénombre, le froid, l’humidité et le vent.
    Au risque de vous surprendre, donc, nous avons le plaisir de vous indiquer que l’auteur assigné à résidence à Colombes dispose d’une pleine maîtrise de son emploi du temps, et qu’à ce titre il a toute liberté de se réserver l’usage de ses week-ends, la Ville n’ayant nulle velléité interventionniste dans l’organisation pratique de son projet. De plus, nous vous renvoyons à la rédaction de notre appel à candidature ("Il est souhaité que l’artiste résident puisse être logé sur le territoire concerné ou dans ses environs"), dont vous constaterez qu’il ouvre toute possibilité à l’artiste de résider non seulement à Colombes mais aussi dans ses environs. Il se trouve que les quatre artistes que nous avons accueillis depuis deux ans sont tous domiciliés dans la région parisienne, et qu’ils ont tous eu la permission de rentrer dormir chez eux le soir... En revanche, vous conviendrez qu’il serait peu aisé de mener une résidence à temps plein dans une commune des Hauts-de-Seine tout en résidant à Brest ou Carcassonne, c’est là le seul et unique sens de notre souhait.
    Il est un autre point essentiel, au sujet duquel vous tentez de discréditer notre appel à candidature en usant de détournements fallacieux de ses termes : les auteurs que nous accueillons sont-ils considérés comme des artistes, ou bien, comme vous l’affirmez, sont-ils instrumentalisés et réduits au rôle d’animateurs socio-culturels ?
    Les faits vous donnent tort.
    En premier lieu, et bien que la chose semble vous laisser sceptique, nous consacrons des moyens importants (financiers, humains) à la valorisation de l’œuvre existante de l’auteur accueilli. Prenons l’exemple de Laurent Contamin, présent en ce moment même à Colombes :
    - nos trois médiathèques ont fait l’acquisition de l’intégralité de ses ouvrages publiés, qui sont présentés sur des tables dédiées pour une mise en valeur optimale ;
    - certains de ses ouvrages ont été acquis en plusieurs dizaines d’exemplaires pour faciliter le travail avec des groupes et la rotation des ouvrages pour les lecteurs ;
    - un club du livre lui est consacré ce samedi 23 février, dans la médiathèque centrale de Colombes ;
    - Laurent Contamin ayant écrit pour le théâtre, et deux de ses textes étant en ce moment mis en scène et joués par des compagnies dramatiques, nous avons acheté et programmé les deux spectacles, l’un ("Le jardin") pour une série de 5 représentations à destination de nos écoles et l’autre ("Tobie") diffusé ce samedi 23 février au soir pour un public mixte ;
    - certaines pièces radiophoniques qu’il a composées précédemment seront prochainement proposées en diffusion sur le site internet de la Ville, et d’autres de ses textes feront l’objet de lectures publiques dans les médiathèques ;
    - sur sa proposition, Laurent Contamin se produira en mars sur l’une des scènes de Colombes dans le cadre du Printemps des Poètes, pour une soirée de création improvisée autour de ses textes poétiques ;
    - un portrait lui sera consacré dans le journal municipal d’avril, et une interview de lui est proposée dans le numéro de mars.
    Voici quelques unes des multiples perspectives (nous ne les citons pas toutes) que la Ville de Colombes a choisi de donner aux habitants (petits et grands) afin de leur permettre de rencontrer l’univers et l’œuvre artistiques de notre auteur en résidence-mission.
    En second lieu, l’auteur accueilli dans le cadre du Contrat local d’éducation artistique de la Ville de Colombes est invité à concevoir et proposer un projet, qui n’est en aucune manière dicté par la municipalité. Lorsqu’il est désigné, nous présentons l’auteur et son univers artistique aux acteurs éducatifs (écoles, collèges, centres de loisirs...) et culturels (médiathèques, théâtre, musée, conservatoire, etc.) de Colombes, et les invitons à nous faire part de leur éventuelle volonté d’implication dans le projet à construire par l’artiste. S’ensuivent des rencontres aux formats multiples, qui permettent à l’auteur de faire connaissance avec le territoire local et ses intervenants (sur un temps rémunéré, précisons-le). Ce sont ces rencontres qui permettent à l’auteur de tisser des correspondances entre acteurs, et d’imaginer les lignes directrices d’un projet faisant sens avec ses propres intentions artistiques. Il n’y a donc aucune instrumentalisation, et le seul "contrat" initial est celui du désir de collaboration. Nous n’avons jamais eu l’idée de contraindre aucun artiste à travailler avec un partenaire ou une structure avec laquelle il ne se sentirait aucune affinité, et il n’existe pour l’artiste en résidence aucune obligation d’impliquer à tout prix toutes les tranches d’âge, même si l’appel à candidature propose une ouverture vers les publics de 3 à 17 ans.
    Alors pourquoi avons-nous indiqué, dans cet appel à candidature, que "la résidence-mission [que nous proposons] ne se confond nullement avec une résidence de création" ? Tout simplement parce que l’enjeu de notre projet ne réside pas dans la production par l’auteur d’une nouvelle œuvre personnelle, comme c’est le cas pour une résidence de création littéraire ou pour une commande d’écriture, mais dans l’élaboration d’un projet dont la finalité est prioritairement éducative. Ne voir ici aucune dénégation ni du caractère artistique du travail ni de l’identité propre de l’auteur, nous précisons simplement que la résidence n’aura pas vocation à aboutir sur la présentation par l’auteur d’un texte écrit par lui et par lui seul.
    Pour autant, chacun aura compris (à part peut-être vous) que cet objectif éducatif ne proscrit en aucune manière la production d’écrits ! Serions-nous stupides au point de pouvoir accueillir un auteur en lui ordonnant de ne surtout jamais écrire ? Êtes-vous réellement sérieux, lorsque vous faites une telle interprétation de notre appel à candidature ? Le personnel d’une petite mairie de la couronne parisienne que nous sommes serait-il simple d’esprit au point de pouvoir demander à quelqu’un de marcher sans faire usage de ses jambes ?
    L’ensemble de ces éléments vous permettront, c’est notre espoir, de mesurer la distance qui sépare la réalité de notre projet de la description que vous en faites. Sachez, puisque vous évoquez cyniquement l’hypothèse de "profiter" de notre proposition pour engager immédiatement après une procédure devant la juridiction prudhommale, qu’il existe aussi une autre option contentieuse qui pourrait vous concerner très directement, celle de la diffamation.
    A ce stade, nous nous contenterons de transmettre le présent message à nos partenaires institutionnels (DRAC, Conseil général...) ainsi qu’aux organismes professionnels que vous avez mis en cause, la MEL et le MOTIF, en leur précisant que nous les invitons à relayer notre réaction par toutes les voies qui leur sembleront appropriées. Votre billet d’humeur ayant, à ce jour, été visionné plus de 800 fois, nous espérons aussi que vous aurez la courtoisie de publier notre droit de réponse sur votre blog.
    Par ailleurs, il est important que vous preniez conscience du fait qu’une attaque telle que celle que vous venez de mener à notre endroit pourrait, face à une collectivité hésitante dans le développement d’un projet culturel, avoir un effet redoutable : celui consistant à mettre un terme définitif à toute implication en faveur des auteurs. Il n’est pas toujours facile, pour des élus, de défendre le fait culturel et d’y consacrer des moyens. Il serait paradoxal que l’auteur reconnu que vous êtes soit la cause d’un désengagement de la puissance publique, au détriment d’un secteur d’activité pourtant fragile.
    Pour finir, et parce que notre mode d’action n’a jamais été et ne sera jamais la calomnie par voie électronique, nous nous tenons également à votre disposition pour vous rencontrer, si tel est votre souhait, afin de dissiper les "inquiétudes" qui vous ont conduit à qualifier notre projet de dangereux.
    Veuillez croire, Monsieur, en l’assurance de notre considération distinguée.
    Dominique FRAGER
    Adjoint au Maire délégué à la Culture et au Patrimoine
    Mairie de Colombes

  • cher monsieur,
    merci d’avoir pris le temps de cette réponse détaillée
    il n’est aucunement dans mes intentions ou pensées de mettre en doute la pertinence de votre action
    j’en déduis seulement qu’elle est bien confusément rédigée, au regard de quelques règles élémentaires dans le code du travail concernant les CDD notamment
    pour ma part, n’étant pas candidat à de telles "résidences d’animation", ce n’est pas l’action de la ville de Colombes que je mets en cause, mais précisément cette rédaction prêtant à confusion sur des points qui, de notre point de vue d’auteur, sont quand même essentiels
    je ne sais pas où vous avez vue de l’agressivité ou de la polémique dans des questions touchant au respect élémentaire du code du travail, dans une proposition écrite relayée par des instances professionnelles
    ma veuve vous remercie pour votre compétence et votre politesse

  • en post-scriptum, et pour encore mieux dire mon agrément à votre réaction, je note que sur les 3 points que j’ai principalement évoqués :
    - notion de "totale disponibilité"
    - mention très floue "diffuse l’oeuvre"
    - modes de rémunération (et je vous félicite de la clarté et de l’exposé et des pratiques)
    la réponse ci-dessus, de D Frager, est parfaitement explicite, et montre bien les graves carences de l’appel à candidature tel que diffusé
    si le document relayé par MéL et Motif avait été établi en diffusant les énonciations telles qu’exprimées dans ce droit de réponse, on aurait eu beaucoup moins de sujet d’alerte et d’inquiétude
    et que ce serait quand même la moindre des choses...
    enfin, qu’au lieu de se joindre au mépris ordinaire du web "calomnie par voie électronique", un blog ou site de suivi des initiatives autour de l’auteur accueilli aurait aussi permis de clarifier les choses...