outils | quel traitement de texte et comment

pour l’écriture aussi il faut un instrument qui s’accorde


Sous forme de mini fragments, à vous de prendre ce qui vous concerne. De toute façon je laisserai en ressource permanente et j’affinerai ou complèterai à mesure.

 

de tout un peu


Depuis mon arrivée à l’école d’arts de Cergy, dans les dizaines de textes en circulation, suite à atelier ou perso, incroyable la diversité : premier prix, un texte de 10 pages brèves chacune enregistrée au format tiff, deuxième prix, même version, en autant de fichiers html, troisième prix... là il est collectif : découvrir que certains recopiaient le texte écrit dans l’intérieur d’un e-mail mais sans autre archive. Il n’est pas question ici de promulguer la supériorité d’un format sur un autre, personnellement j’ouvre et lis à peu près tout, mais rappeler qu’il existe un seul format riche toutes machines tous systèmes, c’est le RTF (rich text format).

 

qu’est-ce qu’un texte


Pas dans le détail, parce que c’est plus compliqué que ça. Mais lorsque vous écrivez dans un traitement de texte, vous combinez des ressources binaires transcrivant le texte seul (codage UTF-8 international en général), associé à des instructions de mise en forme, rassemblées dans un css (cascading style sheet) ou pas, et ce que nous nommons les métadonnées, auteur, titre, mots-clés, autres références. Avoir ça en tête quel que soit le texte et quel que soit le format. Cette structuration ternaire est déjà présente dans votre traitement de texte, et c’est elle qui organisera la forme du texte lors de la composition InDesign, ou dans l’emboîtement du PDF (propriété Adobe, mais qui permet lecture en mode image fixe sur tous supports), ou dans un emboîtement de type epub (recomposition du texte selon le format écran, téléphone, tablette, ordi).

 

pourquoi TextEdit ne suffit pas


D’aucuns n’ont pas compris que je moque (affectueusement bien sûr !) leur usage de l’utilitaire TextEdit, qui présente l’avantage d’être préinstallé par défaut sur les Mac. Sachez que c’est votre problème et pas le mien, on a le droit de marcher en chaussettes dans la rue tout pareil. La palme à... (il se reconnaîtra) qui créée des nuages de textes ultra-brefs, chacun dans un fichier TextEdit séparé, et les archive de cette façon : bien sûr, en ce cas, c’est déjà un détournement formel de l’outil qui peut être assumé comme tel. MAIS. 1, TextEdit ne permet pas la structuration du texte avec niveaux de titres, et mise en place de mise en page par styles, et encore moins de table des matières. TextEdit est basiquement (c’est son avantage) un outil de composition au format texte seul – c’est un immense avantage pour la saisie rapide, l’écriture immédiate sur un coin de bureau, mais alors autant utiliser un logiciel (on va y revenir, et plein de gratuits) qui vous aide à gérer et organiser ces zones de saisie.

 

écrire est une base de données


M’intéresse par exemple, dans le fait que certains envoient leurs textes directement dans le corps d’un e-mail, que leur archive e-mail, gmail ou autre, leur sert aussi d’archivage des textes. D’ailleurs, c’est ce que je pratique pour moi aussi : j’archive le mail avec sa pièce jointe, ma base mail occupe bien 11 ou 12 Go au total sur mon disque dur (depuis 2003), mais rien de plus facile que de retrouver pour chacun l’historique des pièces jointes ou des envois. Dans ce cas, que vos e-mails soient sur le serveur de votre fournisseur de service (gmail) ou rapatriés sur votre disque dur (mon Outlook), ils constituent des éléments fixes indexés dans une base de données. Par contre, remarque un, il vous sera impossible de reprendre ce texte pour correction, expansion, retravail – il n’est même pas séparé du paratexte, le petit mot que vous ajoutez pour dire que vous m’envoyer ce texte. En ce sens, et en l’état, c’est du texte mort, et non pas votre atelier personnel de littérature. Mais, remarque deux, retenir très fort l’idée de la base de données, comme possibilité d’agencer, structurer, déplacer un ensemble de textes.

 

on peut écrire en ligne directement


En écriture, toutes les stratégies sont possibles, pourvu qu’elles vous conviennent. Mais déjà, au bout de quelques semaines, plusieurs d’entre vous ont compris que pour lire à haute voix c’était bien mieux de prendre 10 minutes à la salle informatique en 303 et recopier imprimer ce qui venait d’être écrit (et si c’est pas en caractère 10, c’est mieux pour s’en servir). Un bon tiers d’entre vous écrivent directement sur ordi, tablette – et même téléphone : et si c’est là vos habitudes pour la notation perso, tant mieux –, d’autres disent que chez eux ils écrivent plutôt à l’ordi mais passent quand même à l’écriture manuelle en atelier, enfin vous êtes nombreux – école d’art oblige – à tenir des cahiers qui sont souvent des objets complexes avec dessins, photos, composite de notes. Le concept qui fait la différence, c’est l’idée de publication, dès lors qu’on lit le texte en groupe, ou dès lors qu’on l’installe sur un blog. L’idée de la publication en ligne peut être un remarquable déclencheur (juste penser sur votre Firefox à installer le plugin Textarea Cache) – là aussi, insertion du texte dans une base de données, possibilité de le recomposer en rubriques, ensembles, clôtures du type epub.

 

carnets de notes sur l’écran


Prenez le temps d’en tester quelques-uns. Loin de moi l’idée d’en promulguer un parmi d’autres. Mais je signale l’intérêt d’Evernote, ou ses cousins. On reste dans l’idée de la base de données, mais elle est automatiquement archivée dans le « cloud » (sur votre Dropbox habituelle par exemple). En ce cas, les textes que vous écrirez via Evernote sur votre téléphone, votre ordi, un ordi de l’école, rejoignent le même corpus et sont aussitôt disponibles. Evernote ou pas Evernote, il y en a beaucoup du même type. Pour ma part, j’utilise sur mon Mac Notational Velocity, qui a l’avantage d’être gratuit : les mêmes fonctions que TextEdit, mais un enregistrement automatique en permanence, et la possibilité de trier, rassembler les différentes notes saisies. Utilitaire ultra-rapide, ultra-simple, qui fonctionne aussi en mode texte brut, mais vous débarrasse de l’idée de fichiers séparés. Et on passe à l’étape supérieure : rédaction basique aux carnets type NotationalVelocity ou aux logiciels type Ulysses mais certainement oui, mais la possibilité d’intégrer dans le texte, ou simplement de lui associer, des images, des ressources documentaires, des carnets de liens – on est passé du texte à l’univers complexe qu’est un objet incluant du texte, basé sur la gestion de projet.

 

ou carrément l’écriture markdown


Qu’est-ce que c’est, cette bête bizarre ? Quelque chose qui est encore révolutionnaire pour les vieux de l’ordi dans mon genre (premier Atari en 1988). Prolongement direct du carnet de notes décrit ci-dessus, on écrit directement la base de données sur son disque dur, et le logiciel se charge de la maintenance. Pour ma part, j’utilise UlyssesIII. Avantage : j’écris dans une page-écran que je paramètre pour mon confort, et ne fait apparaître qu’un seul texte. Le logiciel code à mesure mes instructions de formatage (ital, listes, niveaux de titres), que je les définisse comme sur un traitement de texte, ou que je les entre directement en code (par exemple, deux tirets underscore font passer le texte en italiques). L’idée, d’où mon cheminement ici : il n’y a plus de fichier texte séparé. Il y a une base de donnée que vous arrangez à votre guise de la même façon que vous triez vos e-mails, dossiers, sous-dossiers. Tout s’écrit selon la racine du code, et c’est l’export qui va être l’étape décisive : vous sélectionnez ce que vous souhaitez exporter, 10 lignes ou tout un livre, et vous choisissez le mode de destination : epub pour tablette ou phone, PDF pour imprimante, mais aussi texte enrichi pour reprise en traitement de texte, ou html pour installation dans votre blog. La notion de texte imprimé est donc remplacée par la notion de texte publié, que ce soit blog, InDesign ou phone. UlyssesIII se synchronise avec Daedalus qui est le même concept sur l’iPad, mais il y a beaucoup de logiciels markdown, ne laissez pas passer le concept.

 

et donc le traitement de texte


Tout ce prologue pour bien évacuer l’idée qu’il y aurait un logiciel ou une étape traitement de texte obligatoire. D’autant que la plupart d’entre vous maîtrisent des outils très sophistiqués, Photoshop, InDesign ou Javascript, 3D etc. Paradoxe du traitement de texte : basé sur l’utilisation bureautique et non artistique du texte, il est quasi fossile, décalqué des usages de machines à écrire. Ce sont des logiciels qui n’ont quasiment pas évolué, et maintenant qu’ils évoluent, c’est depuis une branche de logiciels complètement différente (voir ci-dessus, à propos markdown). Traditionnellement, les logiciels de traitement de texte permettent d’affiner la composition et l’armature du texte (espaces insécables, corrections et révisions, travail collaboratif), avant reprise par un logiciel dédié pour la mise en page et l’impression (autrefois Quark X-Press, puis désormais InDesign ou LaTeX si courage de). Dans leur évolution, les traitements de texte ont incorporé peu à peu les fonctions basiques des logiciels de compo-mise en page, rédaction par blocs, définitions de pages, affinage du rendu. C’est le cas par exemple sur Mac de Pages, qui inclut et simplifie les fonctions basiques de la compo de texte et celles de mise en page (mais est très vite limité en usage pro). Certains logiciels sont basés, eux, sur une approche plus fine du processus créatif : gestion des notes de projet et brouillons successifs, appui sur les synopsis et plans, réorganisation du texte par éléments, intégration des éléments composites (images, liens, documentation, voire courriers ou RV associés), précision du rendu. Si Microsoft Office (Word et associés) évolue dans ce sens depuis plusieurs années, le logiciel qui incarne le mieux cette démarche c’est Scrivener et là aussi je vous incite à tester : non pas parce que c’est mieux, mais parce que ça aide à définir ce qu’on cherche pour soi, et en quoi l’outil peut favoriser votre projet. Et donc on en arrive aux bons gros bestiaux...

 

Word, oui, mais réglez-le...


Word, parce que vous êtes nombreux à m’envoyer des textes en .docx, mais bien évidemment je n’en fais pas une recommandation. J’insiste au contraire sur le fait, 1, que OpenOffice ou LibreOffice sont des alternatives gratuites qui présentent les mêmes fonctions, au moins pour l’essentiel, 2, retour ci-dessus, l’utilisation du traitement de texte n’est pas obligatoire. Mais le régler :

- pas possible, y compris en 5ème année, les sauts de paragraphes successifs pour que le début de texte passe page suivante ; pas possible, les espaces insérés en début de paragraphe pour donner l’impression d’une indentation ; pas possible, les sauts de ligne forcés (en InDesign, précieux pour contraindre les césures) parce que vous n’avez pas défini les critères d’enchaînements de vos paragaphes ; pas possible les guillemets fermants ou les points d’interrogation tout seuls en début de phrase parce que pas d’insécables ; pas possibles les titres en gras et centrés avec une ligne blanche dessous parce qu’à vue de nez ça ressemble à du texte imprimé ;

- la première chose, c’est maîtriser "affichage" "styles". Et, dans la petite fenêtre style, ouvrir celui qui s’appelle "Normal", en gros le style par défaut du corps de texte. La largeur de ligne, la justification, la police, l’interligne c’est là que ça se règle. Mais, si vous le réglez ici, cela s’appliquera à tous les paragraphes dépendant de ce style. Ou encore, ceux qui mettent un tiret simple en début de paragraphe pour signaler le dialogue : une fois que vous aurez récupéré ça en InDesign, vous aurez compris le plaisir... Utiliser toujours le demi-cadratin – et non pas le tiret trait d’union - , c’est important mais qui le fait ?). Élémentaire ? Bon, passez au point suivant. Mais constat effectué que c’est loin d’être le cas.

- Inversement, et toujours dans le style "Normal", vous avez mis en page plus soigneusement un paragraphe de votre texte : un appui long ou clic droit sur le menu style et vous pouvez enregistrer la mise en forme comme étant celle par défaut, reconfigurer ainsi tout votre texte. Cette fonction est la base du logiciel Pages sur Mac, mais un des points forts de Word désormais.

- Visitez en profondeur au moins juste cette petite fenêtre : l’espace après le paragraphe, ou l’idée (surtout s’il s’agit d’un sous-titre ou d’une légende) de lier le paragraphe à celui qui vient après, sans saut de page. La présence de césure ou son refus (dans les titres). Mais regardez l’interligne : positions 1, 1 1/2, 2, c’est typiquement hérité des machines à écrire d’il y a 30 ans. En fonction de votre police, choisissez l’option "exactement" et réglez un corps 14 avec un interligne 25, déjà votre texte aura meilleure allure. On s’en fiche ? Non, parce que c’est ce regard-là qui va vous permettre de prendre distance, va vous mettre le texte en état pour le retravail. Vous voulez aller plus loin ? Au lieu d’une encre plein noir pour votre style par défaut, réglez-la à 88% de noir et ajoutez un chouïe de cyan : alors, c’est la même chose ? On fait ça pour les livres...

- Pour le texte, faites autant de styles que vous voulez, style Normal, Citations, Normal avec petite police... Mais déjà définir un style pour votre gros titre de texte en première page, ou style pour le sous-titre ou le nom de l’auteur. Style de bas de page (pour la numérotation, ou les en-têtes). Et si vous êtes content, faites "enregistrer sous" en choisissant "modèle", sédimentez ainsi, progressivement, tout le temps que vous aurez passé en affinage.

- Maintenant, l’essentiel : la structuration des titres. C’est différent, parce que le titre conditionne le texte qui l’accompagne. Penser niveau, juste comme un arbre. Avec trois niveaux, en général on s’en tire, même le plus triste mémoire aux normes sorbonicoles (sont pas les pires, les sorbonnards). Se dire que c’est obligatoire. Et combien d’entre vous à m’avoir envoyé des suites de textes de 3 ou 4 feuillets, plutôt que d’emblée rassembler le chantier dans un fichier texte structuré qui les rassemble ? Construisez au moins Titre 1 et Titre 2, faites que le Titre 1 (dans "enchaînements") provoque un saut de page, et que Titre 2 soit lié au paragraphe qui lui succède, contraignez-vous à ce que tous les éléments de votre texte soient reliés à un style précis parmi ceux que vous avez réglés.

- le principe général, ou l’axiome : les définitions de styles doivent recouvrir le texte, c’est elles qui seront enregistrées dans le fichier css de l’emboîtement, quel que soit le format destination, sachant que le rendu sera adapté par le css du support, mais que la structuration en sera le langage commun, quelle que soit cette destination – et penser ça dès le début ça conditionne aussi la liberté d’écriture. J’insiste pour finir que tout ça vaut pour InDesign, alors autant le faire tout de suite bien dès le départ.

 

here we go


C’est assez de tartine. Je résume : absolument rien d’obligatoire dans tout ça, et la décision c’est à vous. La seule justification que je m’en mêle, c’est que le retravail, l’expansion, l’ambition d’un texte, sa malléabilité peuvent en dépendre. Alors penser dès l’amont qu’il n’y a pas de texte indépendant de sa destination. Quand bien même cette destination est strictement personnelle (carnet, ou ces « mails envoyés à soi-même »). Je n’ai pas parlé de sauvegarde, pas la peine, mais combien d’entre vous ont un compte Dropbox, et ne l’utilisent que pour les textes partagés ? Surtout ici, où vous avez tout sur disque dur... Servez-vous de l’archivage Cloud automatique pour vos textes en cours. Mais penser la destination, c’est savoir dès l’écriture où ira le texte. Ce n’est pas le texte que vous constituez sur votre ordi, mais son chantier. Pensez gestion de projet, même si le projet c’est l’accumulation de textes courts, ou la seule rubrique textes écrits en ateliers d’écriture. Et pensez qu’il y a parfaite continuité entre ce travail sur l’ordi et ce que vous en ferez soit sur InDesign, soit en voix off ou bancs-titres dans vos vidéos ou légendes photo, soit en publication web. Et ce n’est pas du temps perdu (là pour moi 1h30, mais sur mon temps école !).


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1ère mise en ligne et dernière modification le 20 novembre 2013
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