Nouvel Obs | fragments de l’écrivain connecté

pour la parution de "Fragments du dedans" chez Grasset, l’honneur de 3 pages dans le Nouvel Obs


complément du 25.10.2014

- à J + 7 de la parution magazine, reprise web de l’entretien par BibliObs, dans une version légèrement augmentée : la panoplie de l’écrivain sans papier

 

présentation initiale Je dois dire que lorsqu’on m’a prévenu que quelqu’un du Nouvel Obs souhaitait me rencontrer pour qu’on parle des « nouvelles technologies », j’ai grogné que je ne m’en servais pas, pratiquant l’ordi depuis 25 ans et le web depuis 15 ans j’en étais resté à ce stade primitif.

Mais j’ai oublié les préventions quand est arrivé Grégoire Leménager : quand même le fondateur de BibliObs, et du compte twitter éponyme (@bibliobs). Comme on était chez Grasset rue des Saints-Pères on est allé manger un hamburger chez Basile, sous le grand poster Keith Richards, et on a parlé web tout le temps, je crois surtout que j’avais complètement oublié son article, et m’en suis excusé à la fin, me disant qu’entre le bruit de fourchettes des étudiants à la table d’à côté et mes digressions sur web et édition, il allait être à la peine.

Je me souviens surtout de ce moment quand on est sorti : sans préméditation, puisque je ne suis plus retourné dans les couloirs de SciencesPo depuis mai dernier, je l’ai fait traverser en entrant par la rue Saint-Guillaume, traversée de la « péniche » (le grand hall) puis du jardin et de la cafèt, avant sortie par le côté rue des Saints-Pères. Parmi les centaines d’étudiants à la pause de 14 heures, assis par terre, squattant chaises et tables, sur les guéridons entre sandwich et gobelet de café, toutes les variétés de notebooks. Et quasi toujours, sur l’ordi ouvert, le téléphone en double connexion.

Cela n’empêche pas les questions (lourdes) que cela pose : l’accès libre à l’ensemble des bases chercheur oui (et ça aussi a modifié mon rapport à l’information et au savoir), mais sur 30 000 ressources électroniques disponibles, 14 qui concernent la littérature, dont 1 en français (les vénérables Études balzaciennes). La façon de faire cours, quand on est devant 15 bécanes connectées, plus les téléphones. Et comment on doit s’y prendre, nous autres soutiers, pour que dans ce permanent rapport écran, mêlant dans le même lire-écrire l’intime et l’éducation, la distraction et l’art, je puisse quand même les mener à travers les ressources denses pour lesquelles ils ont sauté l’étape du livre, à commencer par Lautréamont et Rimbaud, j’en avais parlé ici : Et pour les faire lire vous faites comment.

Ce sont des enjeux qui nous dépassent tous. Mais les vivre comme contrainte ou régression nous ferait manquer l’essentiel : quand ils sont à trois sur un guéridon de 80 cm de diamètre à la cafèt, et que simultanément à la conversation orale transitent les contenus de machine à machine, qu’est-ce qui se joue là comme possible pour un court-circuit littérature où les outils de médiation et prescription antérieurs (presse et revues inclus) n’atteignent plus ?

Et question adventice, la façon dont semble se confirmer que, pour les usages qui se dessinent, le livre numérique ne sera pas une étape de la transition – là aussi, comment concilier la mutation des métiers, et la possibilité de récit neuf ?

Axiome 1 (on y reviendra ce mercredi 22 octobre à la Sorbonne avec Geoffroy de Lagasnerie, c’est porte ouverte) : le nombre de mutations de l’écrit est parfaitement dénombrable et restreint, mais chacune de ces mutations a été globale et irréversible.

Et donc, sur la base de cet abécédaire qui paraît chez Grasset, comme une opportunité d’enquête intérieure, Grégoire Leménager a su sauver quelques fragments de conversation, reclassés à nouveau comme dictionnaire.... Word, Facebook, Twitter, liseuse, tablette, blogs... Je n’ai eu droit ni à relecture ni à réécriture, ça faisait partie du jeu et je l’assume (ça crée parfois un peu de flou, comme quand on comparait lecture liseuse et lecture tablette, c’est devenu comparaison liseuse / ordi, ou quand je dis que ne travaille plus « sur ma grande dalle », il faudra quelques efforts pour comprendre que je parlais de mon écran externe 27’’ ! – mais peu importe...).

Un total merci à Grégoire Leménager. Que ces discussions, y compris au plus concret, sortent de notre propre confinement web et puissent s’établir à même la presse grand public, c’est un des signes favorables.

La photo est d’Eric Garault, passer voir sa galerie de portraits, pour moi quasi dans le noir avec une torche LED Leroy-Merlin de mécanicien posée dans le repli de l’ordi !

FB

Post-scriptum 1 : dans le Nouvel Obs qui paraît ce jour, c’est p 124.

Post-scriptum 2 : ma tête bizarre dans la petite photo c’est que je venais de découvrir que dans l’iPad prêté par Grasset il n’y avait que des PDF et aucun epub, même pour les titres maison, et cela après passionnante discussion avec la personne chargée chez eux du lien à l’imprimerie révolutionnaire de Maurepas.

 


responsable publication françois bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 16 octobre 2014
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