back to basics, 4 | Artaud en juste 100 mots

corps et mental sans je, à partir de « description d’un état physique » d’Antonin Artaud



 

• les livres évoqués dans la vidéo et ci-dessous

 


- Rappel : les abonnés au site trouveront dans le dossier « fiches imprimables » des ressources complémentaires et extraits pour usage personnel ou animation de vos propres ateliers.

- me transmettre par mail vos contributions en fichier joint .doc .rtf .odt .pages plutôt que dans le corps du mail (et jamais en pdf), elles seront insérées à la suite de la proposition (màj hebdo), l’espace commentaires étant réservé aux échanges et discussions. D’autre part, vous écrivez à votre rythme, les contributions seront actualisées et complétées jusque fin septembre.

- soyez gentils : même si vous supposez que je le connais par coeur, merci de faire figurer le http:// de votre blog ou site à la fin de chaque texte envoyé !

- enfin, bienvenue à toutes celles et tous ceux qui souhaitent nous rejoindre, tout est expliqué ici.


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- l’essentiel est dans la vidéo – donc 1 seul paragraphe compact, 100 mots maxi, le vocabulaire du texte d’Antonin Artaud « description d’un état physique » pour servir de trame, et pas de je

- à lire attentivement sur le site (nombreux extraits brefs) : écrire l’intensité mentale, même exercice mais sous une forme plus ancienne.

Et d’abord « description d’un état physique », lire/écouter ce texte (extrait plus complet dans les fiches téléchargeables) :

une sensation de brûlure acide dans les membres,

des muscles tordus et comme à vif, le sentiment d’être en verre et brisable, une peur, une rétraction devant le mouvement, et le bruit. Un désarroi inconscient de la marche, des gestes, des mouvements. Une volonté perpétuellement tendue pour les gestes les plus simples,
le renoncement au geste simple,

une fatigue renversante et centrale, une espèce de fatigue aspirante. Les mouvements à recomposer, une espèce de fatigue de mort, de la fatigue d’esprit pour une application de la tension musculaire la plus simple, le geste de prendre, de s’accrocher inconsciemment à quelque chose,

à soutenir par une volonté appliquée.

Une fatigue de commencement du monde, la sensation de son corps à porter, un sentiment de fragilité incroyable, et qui devient une brisante douleur,
un état d’engourdissement douloureux, une espèce d’engourdissement localisé à la peau, qui n’interdit aucun mouvement mais change le sentiment interne d’un membre, et donne à la simple station verticale le prix d’un effort victorieux.

Localisé probablement à la peau, mais senti comme la suppression radicale d’un membre, et ne présentant plus au cerveau que des images de membres filiformes et cotonneux, des images de membres lointains et pas à leur place. Une espèce de rupture intérieure de la correspondance de tous les nerfs.

Un vertige mouvant, une espèce d’éblouissement oblique qui accompagne tout effort, une coagulation de chaleur qui enserre toute l’étendue du crâne ou s’y découpe par morceaux, des plaques de chaleur qui se déplacent.

Une exacerbation douloureuse du crâne, une coupante pression des nerfs, la nuque acharnée à souffrir, des tempes qui se vitrifient ou se marbrent, une tête piétinée de chevaux.

C’est sur ce texte qu’on va s’appuyer. En vous demandant non pas d’en copier la forme, mais de compacifier votre contribution en un seul paragraphe, et de limiter la longueur à 100 mots (le texte d’Artaud en fait 400). Que l’effort de synthétiser, aiguiser, compacifier la prose dans un seul bloc soit ce qui permettra de l’approfondir, de la rendre essentielle, de lui donner son culot d’invention, d’ellipse, sauts et fissures.

Mais que les mots de ce texte d’Artaud (relire chaque paragraphe, sélectionner un mot-clé par paragraphe : ça donne quoi, l’enchaînement de ces mots, et pourquoi est-ce ce mot-là que dans chaque paragraphe vous avez retenu ?) que les mots d’Artaud donc vous servent d’appui, de balises, de chemin.

[à suivre...]

 

vos contributions


- Atelier lancé le 11 juillet, ouvert jusque 31 août 2016, rejoignez-nous !
- Vous pouvez bien sûr accompagner votre envoi d’une photo : format jpg, dimension max 520 px merci.
- Les publications se font dans l’ordre chronologique de réception.
- Bien repréciser dans chaque envoi la signature souhaitée et s’il vous plaît toujours inclure le lien éventuel vers blog ou site, même si vous pensez que je m’en souviens par coeur (c’est quand même un processus laborieux, les mises en ligne !).

Sensation du corps hésitant entre surprise et désarroi. Au fond des yeux la brûlure salée de l’ultime larme versée au puits du désespoir. Terreur de sentir sa vie s’échapper par tous les pores de la peau. Sécheresse parcheminée de la langue transmise progressivement au reste du crâne. Dans la touffeur du renoncement, découverte de l’impossibilité du geste. Membres cartonnés semblant se détacher du corps. La mort brûlant chaque seconde, crépitement de braises au fond de la gorge, dernier souffle souffreteux nauséabond. Hésiter entre ultime battement de paupière et retour de conscience. D’un cri perçant, choisir la vie, crever les ténèbres de l’oubli.

MARIE-CHRISTINE GRIMARD*


Aubes, cessions ; obsessions crues si fictions, monsieur le législateur, stupéfiant, stupéfaction, stupeur interne, m’en échapper par la porte Blanche ; limbes théâtrales, visages doubles, filins étirés, nerfs écorchés, lucides enfouis dans la chair de la chair et l’esprit face à la blancheur des murs, la blancheur des pages, la blancheur extatique de l’en-soi, ultime refuge raisonnable des visions liquides bouillonnantes dans la cuve du réacteur psychique, berceau du naufrage, marche du temps sacrifié sur l’autel de l’Éternité à l’occasion d’une messe au Mexique où l’art, tôt dans la nuit transparente du Peyotl, plonge au coeur des fulgurances électriques.

LAURENT SCHAFFTER


Ombilic difficile à couper, c’est même inique, le lien est une brûlure progressive. Dans le soir indigo, rétractation du sentiment innommable (inventer le mot adéquat). Mais la fatigue de l’esprit, comme les ailes du corbeau d’Edgar Allan Poe, fait le noir total. Comment soutenir cette déréliction, ces multiples décharges électriques survoltées ? Ensuite l’engourdissement blême ressemble à un envol vers le firmament (maternel) et rassemble le désir de s’élever. Dans la pharmacie, ils pèsent les nerfs, même pour les bœufs, et soudain le tourbillon du vertige vomitif l’emporte. Il resterait à galoper mentalement avec les chevaux, le mors aux lèvres.

DOMINIQUE HASSELMANN*


Ça va s’effondrer, tout. Ça tient plus, ni dedans-hors, ni ailleurs. Tourne-l’œil à vide, c’est balai, c’est déblaiement, tout coule sous vue plus rien visible. Les choses-là, ici-devant, et l’entier partout, le géométrique le physique, habituellement, c’est qui tient qui structure. Dissolution subite de l’organe. C’est toute texture réelle qui fout le camp. Panique alors, la sale. Et puis l’angoisse vraiment. Ça va pas. Crise de soi : le membre s’abolit se désingularise, et c’est coton partout, ouate de mollet de cervelle du bide. Course au front, les idées filaments qui fusent. Ça meurt quelque chose.

STEPHEN URANI*


La peur laboure le ventre, le cœur est en miettes, les voix vocifèrent, un marteau martèle, des clous s’enfoncent, la tête explose, la raison vole en éclats, la maison s’écroule, les puissances tutélaires se fracassent... combat innommable... la respiration s’arrête, le sang se retire, les membres se raidissent, une force inconnue cloue le corps sur place... beauté cruelle d’un bloc de marbre... matière inerte à la merci des coups... un sculpteur malfaisant s’empare des choses et de la vie pour les détruire... faire le mort... les pieds s’enracinent et le corps se recroqueville... survivre ?... espoir fou/foudroyé... la mort, ce visage ?...

FRANÇOISE GÉRARD*


A terre, verticalité brisée. Renoncer. Siècles de fatigue aspirante empilés à s’ouvrir devant, susurrants, à siphonner le fluide blanc, à tout effondrer. Rien envie d’opposer à l’épanche du dedans vers la crevasse, tendre et douce. Éblouissement suite fatalité évidente. Volonté appliquée à s’engourdir, à ignorer, à mépriser, à rompre le sac gémissant des nerfs, des membres, des os. Engloutissement volontaire, se replier dedans, étanche à tout l’autour, à la mémoire aussi. Yeux oreilles souvenirs : aveugles sourds muets. Ne plus bouger, attendre. Attendre l’avalement, suspendu. En face, à trépigner : douleur surplombante au gros regard jaune injecté rouge. Sombrer soulagé.

JÉRÔME*

Afflux de sang sauvage et neuf cogne aux tempes derrière un galop de sabots - piétinements innombrables perdus dans l’immensité d’une terre dure et sèche - vertige à traverser à toute allure des tessons de lumière coupante violente et vibrante - des cercles de feu rouge orangé devant les yeux - couteau émoussé d’un cri planté de travers fouillant le crâne - avec l’éblouissement d’un été crépitant de moucherons frivoles et têtus sous un soleil serti de fulgurants halos blancs retentissant - tape et déferle - précipité de bulles précises - champagne dessinant jusqu’au bout - un corps

FRANÇOISE DURIF


Le nez au milieu de la figure. L’arracher. Bascule, vertige, respiration de chien assoiffé. Les yeux ne trouvent plus leur regard : ils floutent. Serrer les dents,les faire grincer. Le coeur bat dans les jambes, le dos,les oreilles. Coton en boules et fils barbelés enchevêtrés dans la gorge. Sueur dans les yeux. Compressée. Etouffée. Sortir. Déglutition, renvois, respirations bruyantes.Toucher le visage. Toucher le miroir. Ne rien sentir. Passer à travers. Les jambes sont molles, le sol est mou. Faim. Pas faim. Nausée. Envie de crevettes. Inspirer en ouvrant avec force la cage thoracique. Bloquer. Expirer. S’accrocher.

MAR BIKX


L’entrée en torpeur cotonneuse qui aveugle de blancheur déjà l’ample tiédeur lâche toute tension de la voûte du crâne aux ancres des talons la peau mouillée s’accroît de sueur suintante qui s’écoule de la paupière à l’extrême des cils de la gorge ruissellent en picotements salés de minuscules rus qui sinuent dans le velu de la poitrine jusqu’à la touffe du sexe amolli appesanti du corps qui s’évaille en tendresse lasse des nerfs désormais assouvis cognement du sang dans l’alangui d’un ensommeillement alourdi des viscères des artères des veines paupières battant dans des brumes quand se meut l’ombre d’une Nue

GRAPHEUS S*


acides âcres avinés accumulés
mot porteur mort tripoteur
gestes graves glandes glabre
carcasse grasse salace mélasse
gros ogre gras gore
trou tordu trop torve
débris détruit dégluti démuni
corps cassé calciné congelé
carlingue déglingue dézingue dingue
décapé décharné dessoudé défoncé
gonflé gravé grugé gorgé
trique phallique toxique pornographique
batte botte butte bite
urine urticante urètre urgence
sperme suintant sadique sourire
morceau cerveau lambeau peau
bave sève pus sang
ulcère viscère cancer macère
humeur odeur sueur tumeur
crâne crevé crabe crispé
hurlement dément descend dedans
effort étouffement
effroi étourdissement
démis
dépit
délit
déni
effacement douleur estime chair
présence
existence
absence
silence

CLAUDE ENUSET* *


Où, 360°, vrilles, vertige mouvant, éblouissement aberrant, décrochage : monstruosité blanche qui piétine le crâne. L’esprit se fige, comprend pas, veut pas. Déni panique. Alors le sang circule acide, le squelette en verre se brise, les nerfs, des fils électriques à vif et les viscères, à couper la respiration. Sensation de fin du monde au bout des membres. Impératif, courir avec ce corps-là ; s’accrocher à l’impératif. Seul écho crédible du réel, le bruit qui sort avec effet de larsen, syllabes en boucle, rien d’autre, absurdité. Attraper la ligne d’horizon, même oblique, pour s’extirper de ça.

vm


L’écran aspire le corps, suce le peu de sang restant au corps juste - sorti des grottes, « sélectionner puces » - Le cou triste et, tendus les yeux vers l’objectif plissés - « tableau mise en forme » - Oreilles « régler molette » hurlante comme si - aplaties un fouillis, net acouphènes - « repérer mouvements / de stocks recopier /document source » - casque lâche, l’attention au réel - Autres pareils : mal -… [Assis mal : au dos : au cul] - Os craquants toutes - couleurs et formes, gobant - un semblant de soleil.

SMERALDINE


froid entre dans crâne entre dans peau entre dans muscles entre dans veines entre dans vaisseaux entre dans - froid fore crâne cirque crâne froid froid fore peau fore muscles fore veines fore vaisseaux fore sang cirque crâne froid froid fige crâne fige peau fige muscles fige veines fige vaisseaux froid crève crâne crève peau crève muscle crève vaisseaux crève sang cirque cercles cloniques frappent le front frappent les yeux frappent la bouche cirque cercles cloniques froid heurte cœur froid heurte corps froid heurte cœur froid heurte corps froid heurte cœur froid heurte corps corps chute front contre terre noire

ANA NB*


Vingt mots choisis, à la majuscule, et ne retenir que l’ordre des choses, la beauté, la joliesse, l’esthétisme, quelque chose qui apporte au lecteur une sensation de bien être, comme la Marche, le Geste, le Mouvement, une espèce d’Application, une sorte de Tension, une Volonté de Commencement, quelque chose comme une Sensation, un Sentiment, peut-être une Simple Station, un Effort Victorieux, qui tend les Nerfs vers une Correspondance ou un Vertige sur toute l’Etendue de Plaque tectonique, quelque à-plat comme à ma Tempe ma main, pour me souvenir des Chevaux qui s’en vont vers l’horizon

PCH*


Le corps frissonnant se détend tout à coup.
Une sensation de paix s’installe tandis que les yeux s’écarquillent ne laissant plus passer que le beau, le coloré, le chatoyant.
Cœur et respiration s’harmonisent, tranquilles. Les pensées s’envolent, papillons argentés dans le silence.
Et ce squelette dans son vêtement devient Terre,
et le Feu de l’athanor consume les organes,
et les émotions fondent en Eau, limpide,
avant que le cerveau ne se dissolve dans l’Air.
Le temps n’existe plus pour ce corps immobile, aligné, silencieux.
La chrysalide glisse, se froisse et tombe.
L’imago déploie ses ailes.

PASCALE SANDRÉ


Décollement du cerveau, ou cru tel, sensation il y a pourtant qui joint les mots mains et tétanisées, mais sans qu’une étincelle réveille l’engourdissement du crâne, un monde souriant pour les yeux enfoncés mais les images sont sans réponse, sans pensée... Cette nuque aussi qui semble vouloir se casser, crâne tombant en arrière, la main qui masse pour calmer sent les tendons raidis.. un flux de salive comme une colle dans la bouche et ce goût de vase. La fatigue que sont ces bruits qui se fraient chemin dans les brûlures du crâne, comme flèches froides, et des mains qui croient trembler, qui tremblent peut-être ou dont le message est mensonge.

BRIGITTE CÉLÉRIER (2)*


Une naissance de douleurs rouges, fourbes qui arrivent sans frapper à l’aube blanche de la nuit noire. Court circuit dans le cerveau, les nerfs perdus dans le lac du sang. Images bleues devant les yeux, violence de coups de marteaux, la tête sonne, raisonne d’un écho sourd et inconnu. Se concentrer, retrouver des idées. Tout retenir, ne rien quitter. Les flots gris battent le rivage. Une nouvelle solitude habitée d’imprévisibles. Espace d’un tunnel, invisibles sommets, chercher un coin pour y poser les pieds glacés. Horizon bouché, soleil de plomb. Le cuir du crâne sous les cheveux gris, est écrasé par les forces contraires à ces matins d’avant. Errer dans un condensé de vie. Les ombres planent. S’y cogner. Lutter contre l’abandon, la résignation. Se dérober, Se défier. Tenter en vain de se lever et puis se laisser aller. Plonger dans la longueur du silence. Avant il n’y avait rien ou presque.

MARIE MOSCARDINI


Ça prend possession très vite et très violemment,ça commence par le cœur, ça cogne dedans à le rompre, ça bat sous la peau, ça déclenche la sueur des peurs ancestrales. Ça envahit le crâne en déferlements, en stridences, en pluies d’éclairs. Les membres sautent d’un coup, le corps s’éparpille dans l’espace, la pièce disparaît, l’œil s’accroche à une dérisoire lucarne de vision, un morceau de papier peint et l’angle d’un meuble. Ça continue, ça resserre la gorge presque jusqu’à l’étouffement, la raison plie sous la terreur de mourir, puis explose. Plus rien de soi qu’une voix ténue, par miracle épargnée, réfugiée on ne sait où, dans quel repli, quel sillon, qui répète « ça va aller, ça va aller » et qu’on essaie d’entendre encore dans le tumulte, malgré le fracas.

NATHALIE FRAGNÉ


Phalanges fluorescentes cognent tête crue hypostasiée - néon pulse pariétales - longs bourdonnements d’épines blanchâtres - chaque millimètre crânien révulsé - un spasme gluant renverse un sang poisseux ralenti – charrie ses débris organiques – émonde le cerveau en peaux épaisses lourdes. La bâtarde tête abrutie bat son brusque tocsin derrière l’ aigu des yeux crucifiés – derrière l’acide des vermines grouillantes - les lèvres emmurées de bave desséchée hurlent en play-back : switch off switch off ! l’envie étendue de l’ombre brûle la peau sur la hanche dilacérée loin de douleur ivre - les rideaux pendus ondulent gris - toile cirée raide crispée alentours.

JACQUES DE TURENNE


1 – AIMER SA VOIX
Ce jour là, en studio, j’ai aimé ma voix. J’ai dit un texte et sans prévenir elle est repassée par le casque. Elle s’est posée littéralement sur mon visage. À travers le masque brillant du micro. L’émotion m’a rejointe et brusquement terrassée.
2 – CE QUI S EST PASSE À LA RADIO
C’est un fait connu, une loi. L’on n’aime pas sa voix quand on l’entend la première fois. Cela m’est arrivé comme à chacun, avant de vivre le contraire – un élan d’amour – et qu’elle devienne Moi pour vivre une autre vie indépendante. Longtemps on m’a renvoyé que ma voix était triste, et puis au fil du temps, j’ai su prononcer, vivre les émotions, les inflexions que je mettais dans un texte (ces petits textes qu’on appelait des « micros ») et un jour ma voix m’a rattrapée, elle a fondu sur moi, j’ai pleuré de la vivre à travers le dispositif. À l’insu des autres et comme de moi même. En regardant à travers les étranges meurtrières qui nous séparaient du dehors.

GENEVIÈVE HUTTIN
reprise des formes opposées en vis-à-vis du Pèse-Nerfs...


Le signifiant arrive à l’oreille. Le cerveau ingurgite. Le signifié allume un feu qui porte en trois secondes six litres de sang à ébullition. Tremblement de chair. Sueur fumante sur peau froide, teint vert-viande-pourrie. La voix ne trouve pas le chemin de la bouche, les larmes celui des yeux. Rien ne soulage ce qui cherche une sortie de secours à l’humanité qui l’enferme. Au creux du ventre un cri muselé comme un chien dans une boucherie. Démangé d’éventration le couteau sur la table reste silencieux. Innommable répulsion de tout ce qui vit. La moindre bouffée d’air asphyxie.

ANH MAT*


soudain au sol c’est dans la nuit que ça arrive on ne contrôle plus pourtant on connait se qui se joue à l’intérieur on voudrait retenir mais rien n’est saisissable ça commence par une sensation d’aspiration de l’intérieur un évanouissement le corps peu à peu lâche l’esprit comme si deux espaces se séparaient la tête qui tourne tout est blanc le corps tombe perd ses forces le corps à l’intérieur liquide et souple où sont les os flottement tremblement remonte à la surface en fines gouttes de sueurs sur la peau très pâle les phrases de cette harmonie

MAGALI ES


Le cerveau cotonneux, impressions acides : engourdissement affectif par le sentimental exacerbé. Les os pourtant rompus à la douleur. Une brûlure à la place du cœur et le désarroi à la verticale du crâne écorché vif. Les tempes et la nuque en feu, même les mots fatiguent qui tombent en morceaux sur la page blanche tranchante. Le cheminement interne conduit au renoncement — il faut sans cesse recommencer, quand il n’y a plus de volonté, plus qu’un sentiment mouvant, fragile ; parler perpétuellement avec la mort de la rupture du temps pour, dans l’éblouissement des correspondances, comprendre que chaque chose a un sexe.

PHILIPPE CASTELNEAU*


L’air s’est rafraîchi autour de la peau nue. Sentiment d’une extrême légèreté, d’une souplesse de liane. Faire abstraction du vertige. En bas n’existe pas. Le centre de gravité fonctionne. Perte de conscience de la pesanteur. Sensation de quasi inexistence pour échapper à l’enfermement, à l’’étouffement. Terreur de labyrinthe. L’espace se resserrait, se pressait contre les parois du corps. La pression enfonçait les côtes. La force s’est concentrée dans la rougeur des muscles pour écarter les objets qui continuaient à tomber avec des bruits sourds de battements de cœur. Le front s’est cogné contre un coin du monde inattendu, gravé au-dessus de l’arcade sourcilière.

BÉATRICE D.


Les doigts arrêtés au bout des bras, ni ne descendent, ni se soulèvent. Bloqués à l’intérieur du crâne. Seuls les yeux voient l’ombre et la lumière pâle. Le corps est là pourtant. Dedans. Comme en dehors du cerveau. Paralysé jusqu’au ventre. Il essaye seulement. L’air épais. La peau peut-être. Et les yeux sans secours devinent les visages dans l’ombre qui marquent le crâne et les plient comme un genou à terre. C’est comme si quelque chose sous la peau se souvenait et tenait au milieu des os. Il a plus peur que la bête, plus peur que la bête même.

CENDRINE SOUTEYRAT


La langue trahie, l’esprit fractionné, ce que certains appellent dédoublement. Le désarroi à expliquer, à rendre compte et à se rendre compte. L’impression si pesante, qu’elle en devient réalité vécue jusque dans le corps, jusque dans l’intimité du système nerveux central. Chercher le mot juste, celui qui pourrait sauver, rendre volonté. Ce mot trouvé pour se retrouver sans cette perpétuelle tension corps-esprit/esprit-corps. Stations du chemin de croix psychiatrique, cerveau sous contrôle neuroleptique et social. La tête résonnant le mot souffrir…

DERNIER ENDORMI*


une peur blanche pénétrante, une sensation brutale d’irréversibilité – des paroles jaillies comme restituées d’une leçon apprise, des mouvements réflexes – une absence à soi – le regard au-dessus de soi quelque part observant l’autre soi-même – des tressautements sous la peau, vagues de l’effondrement des viscères, des muscles, des artères, des veines, des nerfs, juste après leur brève paralysie perçue en une fraction de seconde comme un arrêt sur image – la brûlure intense à la jonction de toutes les cervicales – la vision aiguë de l’instant – la fuite du sang d’un coup – un corps blanc titane, une sensation de flottement juste avant le vertige.

MARLEN SAUVAGE*


une décharge électrique dans les tripes, brûlure – à vif – attisée par une palpitation, une diffusion immédiate de l’inflammation dans chaque cellule du tissu abdominal, chaque fibre musculaire, rupture – une rupture – des tendons - qui soutiennent la verticalité de la colonne, une sensation de pesanteur, de plomb dans les os, une tension aigue des cordes vocales qui vibrent en mots muets jusqu’aux mains qui n’entendent pas, mains- engourdies -engluées – lourdes – lasses –

un éblouissement tranchant – terrassant - une sensation de pulsation dans le nerf optique , un crâne gonflé de sifflements survoltés – charnus – des mains – échouées

ANOUK SULLIVAN


Une perte d’à propos dans un corps qui s’invente et s’égraine comme ancré dans un sol mou et brisé, fatigué pour qu’alors un déraillement acide provoque une rupture, une déferlante dans le cerveau, plaque chaque battement de cœur dans une angoisse de verre, accélère et se diffuse verticalement, longeant tout à la fois la colonne vertébrale et plongeant dans les marais intestinaux, pulmonaires et coronaires pour finalement se propager sans fond dans chaque cellule et où chaque vibration acharnée est une chambre vide dans le barillet d’un revolver qui provoque un écho de douleur factice dans un relent de mort.

STEWEN CORVEZ*


Une sensation de fourmillement intense le long de la colonne - colonne qui vertébrale tout le corps, le dos déployé au-delà de la peau. Fourmillement qui bouillonne tout en muscles par la force de l’os. Vertical, tellement debout les pieds dans le bassin talons plantés que le passage au sol ne saurait être ni perte ni défaite. Du coccyx la queue pousse par la nuque, le geste d’une tête en place de l’animal - la bascule. Mâchoires lâchées, la bouche entre-ouverte épingle le regard par le dessous, tendu sans rien ignorer du torse. Langue à l’affût, les dents qui gouttent.

NATACHA MARGOTTEAU*


Cordes vocales tendues, sifflement strident, expire haleine. Souffle rugueux, fracas de râles, tempête poitrine. Sable dans les yeux, papier de verre, érafle rétine. Sable dans les dents, grincements sonores, étouffe alvéoles. S’asseoir seulement. Respirer un peu. Oh, la ruelle du marchand de sable ! Mais voilà encore ses soupes d’histoires. Délétères, amères et infestines. En son eau lourde, tornade boyaux, perlant du sablier du temps. Goutte à goutte. Spasmes, contractures et déchirures. Alors sont venues mot à mot, des questions en suspens, réclamant des réponses qui n’existent nulle part. Angoisses trépanantes, frissonnantes, efflorescentes, vénéneux nénuphars à la surface du jour.

LAN LAN HUÉ*


À l’autre bout, la voix poursuit. Persuadée que la parole est baume. Mais les mots se fichent du sens. Ce qui se dit, sitôt brisé. L’essentiel a précédé. Sa frappe acide. Lapidation par la langue. Échos pierreux. Le cœur ne sait plus, enserré de douleur. Esprit, piétiné. Hébété par la résonance métallique d’une phrase en boucle : l’annonce du drame. Depuis, salive engourdie. Lourde. Bouche lacérée. Sang de plomb. Répondre, pour que se taise la voix. Faire éclater la peau. Hurler des mots impossibles à soutenir, aussitôt aspirés par le gouffre intérieur. Relents de folie, quand la langue renonce. Ultime rupture.

GRACIA BEJJANI


Le corps est plainte et trou et chant de la plainte. Le corps devient tout un corps qui déborde et fuse par la gorge et les cordes vocales. Une lave monte du ventre et du sang, se répand en nappes sous la peau orpheline jusque sous la boîte cranienne et contamine les membres et la cervelle dans une blessure électrique. Le corps et le cou tendus échappent. la tête est renversée, largement abandonnée à la vomissure de la plainte animale, à la délivrance sans mot. Les yeux se dépossèdent de leur fonction, comme tout le reste, dans un brasier irrigué de sueur, de salive et de larmes.

CLAIRE ERNZEN


…souffles de vent tièdes, légers tourbillons sur la peau, bras, visage, puissante chaleur du haut de l’épine dorsale s’écoule le long du dos, ton devenir animal, bascule du regard, absorber les feuillages frissonnant, l’azur sans fond, voir les yeux fermés la chaleur presque la brûlure crépiter en silence, inspirer la plénitude qui enfle qui déborde le corps, devenir félin tous poils hérissés, grognement naissant dans la gorge, revivre, décalqué sur les pulsations de l’été, le ciel décoloré du dedans, l’éblouissement, un essaim de fibrillations à la surface de la peau, vivre pour de vrai, immobile dans un gigantesque battement de cœur…

MG


Flot d’humidité et d’air ; sensation chaude. Satisfaction, détente. Sur les pieds puis remonter les jambes, le sexe, le derrière, le ventre, les poumons ; glissement liquide, peau contente ; le cou, et la tête noyée. Flot d’humidité et d’air ; avec sensation froide. Pieds premiers. Y aller. Coup de respiration. Jambes fraîches et cuisses rétractées et froides. Avant-bras et bras devant dessous. Tout est envahit de gouttes. La peau revient à l’aise. Un jet sur le derrière, un autre sur le sexe et le bas ventre : tout se rétracte et rajeunit. Et la voix sort, et lever les bras pour jaillir dessous en dynamique.

ISTA POUSS*


Un couvre lit massif retient le corps allongé. Un épais volume de pierre ou de plomb opprime, interdit, aplatit l’être en son réduit, impuissant. Impossible résistance à l’irrésistible. Corps : coque vidée, échouée, défoncée. Fonds abyssaux bouillonnants en attente. Tête : spongieuse où circule une eau obsédante. Les membres : alourdis, essorés, liquéfiés. Menacé de dislocation, le pied ne peut s’écarter pour frôler le liquide ambiant. Une main étirerait bien une transparence de bras vers des formes en recul, en répulsion d’épouvante. Retombée en abandon, minéralité convaincue. Et le regard se noie en ses profondeurs.

MARIE-CLAUDE FRESNEL


Réveil brutal dans et par la douleur intense totale. N’être qu’un corps en souffrance. Élancements dans le ventre rapides saccadés. Dans le dos dans les côtes. Pointes de feu. Tête en feu. Repli en fœtus chercher un refuge. Échapper. Impossible. Corps vrillé parcouru par des vagues de chaleur envahi par un froid intense. Spasmes. Sueurs. Nausées. Peur. Hurlements. Tenter de se lever. Corps dévasté membres épars. Tomber à genoux supplier explorer le sol chercher une issue. Angoisse. Pleurs. Solitude inquiétante. Brûlure foudroyante. Souffle haletant. Se perdre. Étouffer. Cœur fou battant chamade. Épuisement. N’être que ça une douleur aiguë lancinante absolue.

CHRISTIANE DELIGNY


Séparée de la conscience – ne pas bouger– immobilité comme absence – ne pas être là au monde. Le moinde mouvement risquerait… quoi… de rendre pire encore… S’absenter… corps inerte qui attend l’après… pas d’après, il n’y a que ce moment, il prend le monde, anéantit l’espoir, l’après, le sourire. Le monde est concentré dans cet instant qui dure l’éternité… la vie. Puisque fuir physiquement est impossible, inventer une autre fuite, à ne pas s’appartenir autant se fuir. Ne plus être là… ne plus pouvoir revenir ensuite… toujours en fuite… loin… ailleurs…

BRIGITTE SYLVAINE


Rétrécissement lent de l’espace spatial parallèle à l’accroissement du volume sonore. Feulements. Condensation de l’éveil intérieur. L’esprit aux aguets, le corps paralysé. Se recroqueviller ; longer l’appui. Infimes influx qui parcourent une zone infinie. Dans son lointain les filaments nerveux se vrillent et agissent sur les extrémités des membres qui répondent comme en faible écho. Les intervalles se vitrifient. Oeil unique ouvert sur un néant lucide. Craquements. L’appui cède. Spirale d’un ombilic qui se branche sur la matière vitale. Une volonté féroce écrase la panique qui se volatilise. Noyau rétracté dans une brume de particules.

LILIANE LAURENT

Perception du corps comme liquéfié en expansion et pourtant endigué par une ligne obscure organique, peau noire étirée et fine comme un cheveu.

Les globes gris-blancs des yeux qui roulent dans les orbites. Oubliée la vue. Battements des cils au dessus, cils de mammifère, rangées raides de pousses cornées, unique verticalité perçue jusqu’à maintenant. Incapacité de s’y accrocher, ou pas envie.

Aux croisements de l’anatomie, des nœuds musculaires, hirsutes de nerfs brisés dans leur élan, qui dérivent immobiles, douloureusement.

Impression de saveur cendreuse au palais, pressentiment angoissant de devoir avaler par gorgées le temps moite où ce corps est immergé.

PATRIZIA ROMAGNOLI


voir ce qui fait corps assis au bord – au bord du corps voir ce qui dehors est espace – bloquer ce qui se pense sur une seule pensée - rompre l’espace - ne pas se cacher dans les recoins - ne pas se perdre - ne pas se briser - décomposer ce qui fait geste

se lever il faut se lever - voir du regard du dedans ce qui est bras - prendre appui et pousser la carcasse dans l’espace – se lever du dedans avant – décomposer – voir le corps aller vers le dehors

penser  à quoi bon

puis laisser les morceaux de monde

là où ils sont
renoncer

SOLANGE VISSAC*


Soudain, explosion, éclatement des parois, suffocation. Haut-le-cœur. Geyser venant des tréfonds corporels, source brûlante, spasmes exacerbés. Souffle court. Résonance dans les cervicales, sueurs, frissons, assourdissant vacarme interne, écrasement du thorax par une charge invisible, invincible. Haut-le-cœur. Bras gauche arraché comme une mauvaise herbe dont on veut éliminer la moindre racine. Prières désespérées pour que tout cesse. Compression. Souffle court. Gosier embrasé, obstrué, sec. Mâchoires crispées par le ravage incendiaire, passage des mots carbonisé, cris étouffés. Haut-le-cœur. Les forces s’agenouillent, rendent les armes, le corps abdique. Dansent les ombres sur les murs mouvants. Souffle court.

SYLVIE DUTOUR


Exacerbation.
Oui c’est cela.

Le membre veut exister seul.

Sans cesse la douleur
Fait renaitre la peur de la marche< br/>
Pas la marche de l’escalier
Non la marche du corps

Un pas après l’autre
Un pas jamais sans l’autre
Un pas dans l’autre

365 jours
Sans poser le pied par terre
Cela fatigue

Manque de volonté, disent certains
Peur de souffrir, disent d’autres

Vertige de la station debout
Cela tape sur les nerfs

Quels gestes pour ne plus souffrir ?

Ne plus parler au membre

Brisable
Brisé
Réparé
Rebrisé
Consolidé
Recassé

Aïe dira encore et encore
Le membre brisable brisé

© 20 juillet 2016 - 32 Octobre*


Pour descendre au sous-sol, une pente de ciment striée, usée, noircie de pneu. – L’ombre subite lorsque l’on pénètre, et puis la fraîcheur comme du mystère. – Les garages face à face, fermement, séparés par l’odeur grise. Ce parfum poudreux de sous les immeubles. – Quelques différences de couleurs, mais toutes les portes coulissent en basculant. – L’une est entrouverte. On la lève brutalement dans son grand cri comme la scie. – Voici la peur ! – Le bruit de la course, au sous-sol, il est fait de chaque pas qui sonne. – Si l’on revient elle est un peu rabattue à nouveau, la porte : il y a donc quelqu’un. Qui finit par hurler d’une voix sans corps. – Puis le grand silence du monde à l’extérieur. – Seul encore ce tambour interne.

STEPHEN URANI*


Raideurs douleurs chroniques = arthrose… craquements enraiements des
articulations – le côté droit, celui qui est lié au père au
masculin.

Côte fêlée - respiration toux mouvements > douleur aiguë - cri ténu
presque inarticulé > soulagement… toute douleur désormais amoindrie
par le cri.

Persistance du corps clameur intérieure - gargouillements grondements -
bruits sang - bourdonnements sifflements d’oreilles vertiges.

Vertige de la vie de la mort reçues en héritage - tumulte du corps
tumulte de la conscience.

Viendra le jour du calme du silence – viendra le jour il approche où
Calliphae vicina et Lucilia caesar se régaleront de l’exquis cadavre.

MARIE-NOËLLE BERTRAND*


Ne plus bouger. Lutter pour sentir la vie revenir. Cette peau si sèche qu’elle est frottée d’un gel glacial. Ça bip alentour. Les yeux ensablés résistent à toute ouverture. Ne pas savoir encore si la pensée sera de retour. Entendre ce petit râle avec détachement. Des écoulements se font, rien n’est maîtrisé. Figé sur le dos, sans retournement possible. Rêver la marche dans cette immobilité forcée. Chaque point de pression de la fermeture est un point de couture sanguinolent asséché. Pas de mots . Rien, rien ne sort. Des tensions souterraines réclament la position fœtale, même ce réconfort est contrarié.

PHILIPPE GIRAULT-DAUSSAN*

De profondes galeries sont prises d’assaut comme à l’intérieur d’un animal hurleur. Là siège un village inabouti, bâti sur une matière sismique sans cesse rebattue. A chaque pulsion musculaire, il arrive que des coutures du ciel s’arrachent avec un grondement de percussions brisées, ou que la terre d’elle-même écoeurée, se propulse en mille fragments dans l’orage sourd qui lacère les nuages – au creux de la brêche, de nouveaux sillons rencontrent d’autres terres. Il arrive que des tours hautes et friables naissent quand s’effondre le fondement même, d’un amour tectonique, et s’en aillent déchirer l’étoffe qui les recouvre.

CLARA MELQUIAD


Une sensation blanche creuse – fouille – mord – l’os – le squelette – brise dedans – éclats coupants – un sac de verres – le moindre mouvement comme un rasoir – découpée à l’intérieur – lamelle – lanière – fouet – immobile ça s’écoule dedans mais tout est trop étroit – serré – un cordage trempé d’eau – tressage fermé – opaque

Les nerfs – résille ajustée et précise – enlacent muscles – tendons – chairs – organes – s’approchent dangereusement du cœur – pompe battante – trépidante – perforent le bas ventre – se nouent aux vertèbres basses – préparent l’assaut – le coup sec et inéluctable

Le temps stupide – idiot – bruyant – irréversible - traverse – fouille - bouscule - le corps – vivant – impuissant - poreux - de ses aiguilles – aiguisées - indifférentes

Les poumons cherchent l’air – place – espace – souffle – à grandes goulées de nicotine – tubes de papier empli de tabac – mégots réduits si vite – gestes recommencés – paquets froissés – sursaut – quel heure est-il ?
Le sommeil – mime de repos – s’écoule en filets distincts – mailles trop lâches pour retenir les rêves – trop courtes pour apporter l’oubli – bourdonnement sourd du vieux frigo – froissement du plancher – éclat de braise quand le feu s’éteint – le dehors pâle aux carreaux – matelas trop étroit – couette trop lourde – manque d’air dans la pièce close – matin entre soulagement et refus
Gésir de la déroute – de la défaite – de l’impuissance – se résigner au rien de l’impossible – de l’impensable – de l’inconnu – lesté du poids d’une pensée stoppée – frappée – marquée – par l’inéluctable devant

Garder le peu de force – source ténue – auprès du plus fragile – du plus léger – de ce qui – encore – est là – douceur au bord de la dissolution – anéantie

#POMME*


La sensation que chaque pas mène à l’envol, que chaque inspiration peut aussi bien se faire sous l’eau, que tout s’accélère avec une envie de rire.

La sensation d’être invulnérable et infatigable, que l’on peut lancer des éclairs.

L’abandon de la raison qui enlève la lassitude, délivre de toute peine.

La conscience de la légèreté qui augmente la célérité.

Une volonté qui sait son désir et sait qu’elle l’obtiendra, évidemment.

Une envie de partage, de fractionnement, de dispersion, puis de rassemblement.

Du brouillard dans la lumière

Ne plus plier, ne plus se révolter mais rechercher une fringale pour de nouvelles vertus.

GÉRARDG*


Mouvements engourdis - vibration continue. Tension fournaise . Remontée au ventre tordu - percement vrille sur chaussée crâne-ventre et ventre-crâne en allers- retours serrés continus. Stries sous orbites brûlées vives - mais insuffisant. Démembrement de l’extrémité des doigts refusant impérativement tout contact de peau arrachée, mangée, mastiquée dans des crocs inodores, embarquement de cris - râpe mâchoire décollée et ouverte. AUCUN SON. Tous, éclats refusant cuivre porteur . Oreilles ouvertes pour seul retour en atome répandu sans possibilité renvoi à chair muscle cardiaque. Mais insuffisant. Les mains brutalisent la vitre transparente et gorge happant les sons dans l’enveloppe plexus grouillant des vers limant les ouvertures pratiquées. Sans fin en ondulations successives. Pliures. Gel. Dévoration.

CATHERINE LESAFFRE


Ils ont l’ aigreur d’ être en verre et brisables, mes os. Leur désarroi crisse dans la marche naissante, c’est une fatigue aspirante, espèce de fatigue de mort, dès le commencement de leur croissance, la peur obsédante de leur brisante douleur. 

La terreur d’une radicale rupture de la correspondance de tous les os de tout le squelette.

Un vertige oblique saisit soudain le corps, où gisent les vertèbres éparpillées dans la chair pétrifiée, osselets aux angles coupants, nuque folle à souffrir, copeau d’os dont la tranche attaque à vif la veinule voisine ; demeure un mollusque en vrac.

NICOLE BUSQUANT LE GOUEDEC


C’est gluant, visqueux, ça étouffe pour rallumer ˗˗ pas d’ancrage ˗˗ ça surgit dans la bouche puis ça abandonne. L’impression du corps vaporeux ˗˗ aspiré dans le noir ˗˗ qui s’unit au ralenti. Le regard kaléidoscope ˗˗ pas d’image˗˗ du vertige à l’éblouissement. Enfin, lucidité ˗˗ ça pénètre ˗˗ mais ça s’éteint encore dans la tête. Paralysie de l’idée ˗˗ des membres sans masse ˗˗ juste la pesanteur écrasante à la place de la poitrine. Contorsions plaintives ˗˗ expression de l’intérieur sans dedans mais au-dehors sans extérieur. Ça tremble, ça grelotte et brûle sans douleur. Un râle d’ici et d’ailleurs qui s’échappe de bataille. Le mouvement de la main dans l’inaccomplissement du geste. Il fait nulle part.

ALINA MAMISTIF


Au départ, comme un galet dans une poche.

Puis, refrain lancinant, au creux du ventre, ça pulse. Coup de poing appuyé, appuyé, appuyé. Souffler. Vision d’une coquille de noix coiffée d’une voile. Chaleur de four et béton dans les cuisses, le dos raide à craquer. Souffler, souffler sur le petit navire. Tout contact est insupportable, la peau comme à vif, la main prête à gifler.

Gémissement qu’on ne retient plus, prostrée dans un coin du lit. Membres tordus pour s’enfuir, le cerveau en déroute. Foreuse abominable, le corps en chantier, la vie qu’on extirpe et la paix, enfin.

FILEUSE DE NUIT


 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 9 juillet 2016
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