autobiographies #04 | ouvrir les lieux, le carnets d’adresses

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autobiographie #04 | ouvrir les lieux, le carnet d’adresses


Cette vidéo propose :

 enjeu : explorer une suite (donc trois, ou cinq...) lieux précis de l’enfance, ou de telle période de sa vie, mais non pas le lieu principal, celui où on habite : les lieux « périphériques », des lieux auxquels aujourd’hui on n’a plus accès que par cette mémoire lacunaire... parents éloignés, copains et amis, hébergements éphémères, lieux liés à une fonction (médecin, proviseur...) ;

 pour forcer l’arbitraire de la mémoire, et la contraindre à cet éloignement, on va s’appuyer sur la matérialité d’un objet maintenant en voie de disparition, mais tellement présent, voire obligatoire, jusqu’à la popularisation des applications iPhone : le carnet d’adresses ;

 je m’attarde sur mon rapport personnel avec ces répertoires, leur format, comment on biffait, corrigeait ou bien, à intervalles réguliers, reprenait de zéro : plus besoin aujourd’hui de répertorier les n° de téléphones de nos relations, et de moins en moins leurs adresses postales... mais ce ne sont pas seulement les siens, aussi ceux des proches, ceux aussi qu’on retrouve après décès...

 donc un paradoxe : ce qui nous concerne ici, ce sont les lieux, et que ces lieux participent de la mémoire lacunaire, pas nos lieux à nous, mais on va utiliser pour cela l’image du carnet d’adresses, en passant par des incarnations récentes de ces médiations :

 la première et principale, dont vous trouverez un extrait en pièce jointe (pour les abonnés) c’est Le carnet d’adresses d’une artiste de premier plan, Sophie Calle, publié en 1983 dans Libération et repris en 2019 chez Actes Sud. Sophie Calle, raconte-t-elle, trouve un carnet d’adresses perdu, incluant l’adresse de son propriétaire — elle le lui renvoie, mais en prenant copie de toutes les personnes qui y sont répertoriées. Elle contacte ensuite ces personnes, en leur demandant de lui donner, rendez-vous physique ou lettre ou téléphone, ce qu’est pour chacune d’entre elles celui qui les avait inscrites dans son carnet d’adresse. Le livre juxtapose un article de Libération au jour précis de l’enquête, et le compte rendu, mais avec des zones effacées, de cette rencontre ou de ce témoignage. le carnet d’adresses intervient donc comme médiation, mais menant à des personnes et non à des lieux, ce que nous on va inverser.

 la seconde source que je décris (mais pas d’extrait, parce que le carnet est juste sous-jacent, évoqué mais pas décrit), c’est le livre de Patrick Modiano Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier (2014), ou cette fois c’est le narrateur qui a perdu le carnet évoqué, et la personne qui l’a retrouvé, dans une des grandes gares parisiennes, veut le lui remettre en main propre, et c’est la base d’un récit depuis une des notations de ce carnet, référence ancienne et oubliée ;

 le deuxième extrait que je vous propose en pièce jointe, vient de Kpélié, un livre de Pierre Bergounioux (Flohic, 1997), consacré à l’importance pour lui des masques africains, et évoquant son premier face à face avec un de ces masques. C’est chez une grand-tante (soeur de son grand-père maternel), vivant recluse, à la raison dérangée, et à laquelle on rend rituellement une brève visite une fois l’an, les deux garçons profitant de la conversation des adultes pour explorer cette maison tout entière témoignage d’un passé clos ;

 je vous propose donc de prendre réellement appui, cette médiation est décisive, sur ce répertoire des adresses « mineures » de l’enfance ou de telle période précise de la vie, que ce carnet d’adresses ait existé et ait été le vôtre, conservé ou pas, ou bien que ce carnet d’adresses ait été celui d’un des proches ou des protagonistes de cette période, ou bien qu’il soit imaginaire, ou intervienne depuis ses modes d’existence actuels (l’appli « contact » du téléphone, ou Messenger ou autre app d’échange) ;

 si possible, faire en sorte que ce carnet soit décrit dans le texte (et s’il est imaginaire, décrire le processus de reconstitution de la liste) ;

 bien sûr, on gomme les noms propres, les relations, on ne garde que les adresses elles-mêmes, noms de rue (et voir exercice présenté dans le cycle « personnages », cycle qu’on prolongera dans cet atelier permanent : autobiographie aux noms propres, d’après Valère Novarina ;

 peu importe qu’on se souvienne très peu du lieu, justement pour la rareté des visites, ou l’éloignement temporel –– comme les passages mi-effacés du livre de Sophie Calle, j’ai besoin de cet effacement partiel pour que ce soit l’écriture qui reconstitue le lieu dont on se saisit, qu’on quitte l’espace de la description pour celui de la sensation ;

 images, portraits, et maintenant ces lieux intérieurs : le cycle prend forme, et j’attire l’attention sur le fait qu’il ne s’agit pas pour moi d’exercices à faire et puis au revoir, mais autant de sources simultanées qu’on met progressivement en juxtaposition, et qu’on peut compléter à mesure — si le lieu ainsi reconstitué d’après le carnet d’adresses induit de nouveaux portraits, eh bien on les ajoute au texte existant..

On vous souhaite de bonnes écritures. Ces explorations sont nouvelles pour moi, mais tiennent à des ressorts intérieurs récemment surgis au jour. Cette expérience collective, je ne la traverse pas en surplomb, mais bien dans un appel à invention collective : sous les auspices de Sophie Calle et Patrick Modiano, on a un bon appui !

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 10 octobre 2021
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