Elle n’est ni dehors, ni dedans, elle fume dans la véranda aux fumeurs. Elle ne lit pas, elle n’écrit pas. Elle ne regarde pas les passants. Elle ne boit pas, pas d’alcool ni le café qu’elle commande pour le droit d’être là, qui n’était pas bon chaud, qui sera encore moins bon froid, toujours couvert d’une pellicule de poussières quand elle repart. Elle heurte une ou deux fois la table, ce qui renverse un peu de liquide dans la coupelle et humidifie immanquablement d’une tâche brunâtre l’enveloppe médiocre du carré de sucre. Parfois, mais rarement, elle sort de son sac un téléphone portable et le pose sur la table, alors, à un moment, elle regardera des notifications sur Google. Souvent, elle ne clique pas dessus. Elle répond laconiquement aux voisins ou leur donne du feu puis ils s’oublient. Le matin, elle part au travail. Le soir, elle cuisine face à la fenêtre.

4 commentaires à propos de “”

    • Je crois qu’elle est magasinière dans une bibliothèque professionnelle, ingénierie du bâtiment, ou bien, si je me trompe, préparatrice en pharmacie à mi-temps. Son père était italien, de ceux qui meurent à 56 ans à cause de l’amiante. Sa mère ne lui ressemblait pas du tout, aussi trapue et déterminée qu’elle était maigre. Elle ne se souvient pas trop de son enfance, seulement cette escapade en 4L à Cadaquès depuis la Côte où ils faisaient du camping. Son père y connaissait quelqu’un, un conscrit ou un ancien apprenti qui était devenu architecte. Il avait construit la villa de Dali racontait fièrement son père, mimant les moustaches du peintre. Son ami niait en rigolant, il n’était même pas né quand Dali s’était installé à Cadaques. Elle se souvient de l’immense aquarium et de ce poisson en robe andalouse.
      Aussi, j’aime croire, c’est probablement faux, qu’à 10 ans, elle est tombée amoureuse d’un camarade prénommé Paul ou Alexandre. Paolo, comme son grand-père. C’était une simple amourette mais quand on y pense, elle n’a jamais vraiment connu de meilleur sentiment.

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