Ça a débuté ainsi. Je vous le livre en secret. Et la neige est tombée. Or la neige. Comme dans le livre, la neige. J’ai pris le livre comme j’aurais pris la main de quelqu’un, même inconnu, dans une rue, en confiance, portée par une intuition j’imagine. Ce livre que je venais de lire, même de relire, à quelques années d’écart s’il pouvait être à l’origine d’un mouvement – quand tout semble à l’arrêt et l’est en effet, juste écrire mais quoi ? Et glissé le petit livre dans mon sac, ici une poche plastique. Petit par le nombre de ses pages ce livre, soixante-deux en soufflant sur les signes et les blancs, caractères et marges très grandes – pas un poème cependant–, juste un petit récit qui ne faisait presque pas de bruit; avec un commencement et une fin. Une rencontre. Puis une disparition. Portrait-hommage, simple comme un signe de la main. Et se laisser guider par ce livre ce jour où l’on aurait pu se fondre à la neige et disparaitre rejoindre les morts du père. Livre un peu à côté, voire anecdotique, insignifiant même, presque sans importance en regard de l’œuvre de l’écrivain qui lui a prêté sa main : du Grand écrivain aurait pu dire un autre grand écrivain ressasseur de phrases : qui y a glissé toute son âme, aurait dit ma mère. C’est un livre qui raconte ce moment où l’écrivain décide de lâcher la main de son texte, il s’agit d’un roman, pour le donner à lire, il est un peu content, assez pour vouloir le partager. C’est le moment pense-t-il pour que le livre, devienne un livre, il ne peut rien faire d’autre que d’essayer de le confier. Il ne peut pas aller plus loin. Il a envoyé son manuscrit dans plusieurs maisons d’édition, il a attendu ; il n’a reçu aucune réponse. Sinon des refus. Et soudain quelqu’un élève la voix et dit : Venez. Venez tout de suite. Ça commence dans une rue de Paris un jour de neige. Il est possible que la neige ait sa part dans ma rencontre avec le livre. Neige. Je crois que c’est elle qui vient me chercher. La neige. Est-ce que je prends la neige par la main. Est-ce que le livre neige. Sur la page d’exergue toute cloquée et jaune du livre, que j’avais glissé dans mon sac il y avait cette phrase tirée du Livre de Samuel. Un jour de neige c’est lui qui descendit tuer le lion dans le réservoir Samuel 23, 20. Quelqu’un. La neige. Un réservoir. Un lion. Quelqu’un un jour de neige allait descendre dans un réservoir tuer un lion. J’ai vu la neige puis le lion. J’ai vu un trou. Un combat. Et la mort. J’ai pensé que c’était -possiblement un commencement mais, que ça, je ne le saurais qu’à la fin.
13 commentaires à propos de “#construire #01(1) | Or la neige — un début”
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C’est beau. Je crois que découvrir tous ces commencements va être fort comme ta neige
La neige. Un réservoir. Un lion. Et la mort.
J’ai envie de lire Et la mort possiblement un commencement.
A ce stade c’est vertigineux. Un trou.
« juste un petit récit qui ne faisait presque pas de bruit; avec un commencement et une fin »
Quelle harmonie, lente et silencieuse, dans cet or la neige et cet hors le livre, lu et relu. Neige comme caresse omniprésente. Livre mystère qui interroge et intrigue.
Merci Nathalie pour cet or des flocons.
Rebecca Cecile Ugo merci pour vos lectures .
C’est très beau
Merci Laure
Quel beau texte, comme un jour de neige. Et c’est pépites, que je reproduis en vrac « J’ai pris le livre comme j’aurais pris la main de quelqu’un »
« soixante-deux en soufflant sur les signes et les blancs »
« juste un petit récit qui ne faisait presque pas de bruit »
« Est-ce que le livre neige »
Et cette chute, avec le lion dans la fosse, et le combat. quelque chose de paradoxalement beau et méditatif là-dedans. Ça c’est l’art de l’auteur, ces atmosphères paradoxales. j’admire.
Coucou Nathalie,
Beau texte.
Une histoire de livre, et le cheminement à travers lui. Le quoi écrire, le moment que le livre devienne livre, ce qu’il est, ce qu’il contient, ce qu’il devient.
Et de très belles images :
– « J’ai pris le livre comme j’aurais pris la main de quelqu’un »
– « Portrait-hommage, simple comme un signe de la main. »
D’ailleurs cette main, si présente.
Et ce lion, un jour de neige…
Merci.
Des flocons aussi légers qu éternels entre les feuilles d un roman qui a terminé son commencement.
Humide.
Superbe.
La langue ici, comment la neige tient toute le place et guide et revient et ne nous lache pas la main. Une façon d’avancer comme à petits pas sur la neige, tout en délicatesse, en hésitation et puis non. La tentation de la disparition et puis ce « viens », ce mot que quelqu’un prononce ou qu’on prend pour cela, une voix qui dit « viens ». Aimé intensément, parce que aussi cela parle d’écrire.
Merci Natacha, Annick. Yael, Anne pour vos lectures
Hameçonnée véritablement par ce texte. Merci.
Merci Solange.