
Une jambe se balance, comme s’il fallait prendre l’élan pour sauter. Mais le vieux Sylla reste silencieux, assis sur le bord du mirador, tourné vers le grand rônier, le bras droit vertical, calé sur le grand rondin, comme en étai, la main gauche devant la bouche, comme s’il y avait quelque chose à protéger là. Passe Fatoumata Diaabi, contournant le mirador sans s’arrêter, d’une démarche lourde et décidée, la grande bassine à lessive bien calée sur la tête, un balot de linge calé à la hanche. Au contournement du grand soto, elle expulse un long jet de salive orange avec une stridulation qui fait vibrer tout l’air de la place. Aucun des hommes ne réagit. Le vieux Touré et le vieux Diouvara continuent leur conversation intermittente, sans se regarder, assis à l’angle opposé du mirador, dans une position symétrique, la gambe droite allongée, la jambe gauche repliée et enserrée par le bras correspondant. Ils forment entre eux un angle perpendiculaire et leur main droite égrène un chapelet dont on dirait qu’il distribue les échappées de doigts aux moineaux qui courent sous les rondins. Boké passe en tenant la jument au licol. Il avance d’un pas souple, calé sur l’allure de l’animal, fatigué d’avoir tiré la charrue depuis le petit matin. Il tient de sa main droite un poste radio-cassette qu’il écoute à volume fort. Au passage devant le mirador, il salue la tête baissée, à voix marmonnée et pourtant forte, en précipitant son débit, sans baisser le volume de la musique. L’imam, assis au plus près du tronc du soto, tchipe une fois qu’il est passé. Touré et Diouvara lancent vers ce dernier une salutation, comme s’ils venaient de prendre conscience de sa présence alors qu’il est là depuis longtemps ou plutôt comme s’il était temps de marquer une solidarité de génération. Bakou et Hadji arrivent alors en jouant au ballon, courant et dévalant la rue principale de Sabi. Ils font baisser leurs cris à l’approche du mirador, sans s’arrêter de jouer mais en faisant effort pour que le ballon n’aille surtout pas dans la direction de celui-ci. Sitôt le mirador passé, ils reprennent leur jeu bruyant et font crier Fanta Diakhabi qui manque de renverser la bassine d’eau qu’elle porte sur la tête lorsque le ballon rebondit contre sa jambe. Aucun des vieux hommes ne dit rien.
Oui on y est vraiment… merci
un ballet sous le mirador… « leur main droite égrène un chapelet dont on dirait qu’il distribue les échappées de doigts aux moineaux qui courent sous les rondins. » merci