L’Atlas on le dessine à la craie dans la cour de récréation. C’est une représentation circulaire du monde découpée comme un camembert. Chaque part représente un pays que l’on symbolise avec son initiale : F = France, A = Allemagne, E = Espagne, I = Italie, etc. Ensuite on joue à « Je déclare la guerre à… ». Ce n’est pas difficile, il suffit de courir très vite et d’avoir une bonne appréciation des distances.
Pour désigner celle qui va déclarer la guerre la première, on tire au sort. Au centre du grand cercle de notre Atlas, il y en a un plus petit où celle qui commence prend place. Les autres se tiennent prêtes à fuir leur pays, un pied à l’intérieur des frontières, l’autre à l’extérieur parce que dès que la guerre est déclarée il faut se sauver le plus loin possible du centre du monde. Par contre si c’est à notre pays que la guerre est déclarée on doit bondir dans le petit cercle du centre et crier : Stop ! Aussitôt tout le monde s’arrête. Celle du centre désigne la représentante du pays qu’elle veut attaquer. Elle annonce la distance qui les sépare en pas de géant et pas de fourmi. Pour les pas de géant, ce n’est pas compliqué, il faut faire des pas les plus grands possible en faisant attention de ne pas tomber. Pour les pas de fourmi il suffit de poser le talon du pied droit devant la pointe du pied gauche, et ainsi de suite. Si la distance estimée est la bonne et qu’après, par exemple, les dix pas de géant et les six pas de fourmi annoncés, on se fait écraser les pieds on a perdu mais si elle s’est trompée, on a gagné. Celle qui gagne s’empare d’un morceau du pays de l’autre en le hachurant à la craie puis va prendre place au centre et le jeu reprend. C’est terminé lorsqu’un pays a été entièrement hachuré par les autres. Comme on ne prend que des petits bouts à chaque fois parce qu’on ne veut pas que le jeu s’arrête, cela peut durer longtemps.
Notre Atlas est ainsi un espace guerrier, mouvant, aussi rond que le globe terrestre où les pays s’élargissent et rétrécissent au milieu de courses d’enfants, de cris, de rires, de pas de géant ou de fourmi.
Ce qu’il y a de bien, c’est que chaque récréation est un voyage. À chaque nouvelle partie on peut changer de pays, être France le matin, Grèce l’après-midi ou Espagne ou Angleterre, tout est permis. Ce qu’il y a de bien aussi, c’est qu’aucun pays ne disparaît jamais puisqu’à chaque nouvelle partie il renaît d’un coup de craie.