#chroniques #02 | paresseusement

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Comment dire sans être sur d’avoir vécu 

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Rien n’avait changé.La grande table de travail face aux fenêtres coulissantes qui ouvraient sur le merisier, l’ergonomique fauteuil de bureau, la vieille table de bistrot devant la baie vitrée au sud, le lit d’une place contre le mur au nord, tous les meubles de cette pièce étaient revêtus d’une étoffe blanche. Vieux draps de lin, nappes usagées. Le tissu recouvre chaque meuble, les transforme en fantôme. Seule la bibliothèque et ses cinq étages échappent à cette étrangeté. Elle laisse voir des livres et des objets, une statue des Cyclades et un paquet de cigarettes à moitié vide, un dictionnaire des mots rares et une boîte d’allumettes. Rien n’a changé. Rien ou presque. Des livres en plus. Il faut être attentif pour le découvrir. Il faut s’approcher, pencher la tête, lire les titres.

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WAITING ISLAND

Non fiction de John Rigobertson

Avertissement

Cet essai de scripture(s) ne mérite pas sa place ici dans la mesure où, en tant qu’objet livre version e-book, il existe depuis sa première impression en Pologne le 15 avril 2021 via la plateforme KDP d’Amazon Fulfillment. Ceci étant précisé, il convient d’ajouter que le projet de cet ouvrage, dès le départ de son aventure, est d’être évolutif : n’être jamais le même, selon le temps arrêté par qui le choisit. Dans la logique de cette recherche, il n’est donc pas possible d’en fournir ici un PDF qui n’existe pas. Pas encore ? Ou peut être jamais.

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Il y a bien quarante neuf livres qui n’étaient pas là avant : seize livres de Marguerite Duras, neuf ouvrages de Roland Barthes, quatre de Gaston Bachelard, trois de Mircea Eliane, trois de Umberto Eco, trois de Michel Leiris dont le Journal 1922-1989, deux ouvrages de Claude Levi-Strauss, deux recueils de poèmes (Rimbaud et Neruda). Il y a aussi l’œuvre complète de Dante, un ouvrage de Jean-Claude Rivière sur Dumezil à la découverte des Indo-Européens, Contes des mers du sud de Jack London, Statues de Michel Serre, Montedidio de Erri De Luca et La trêve de Primo Levi. Quelque chose avait donc bien changé autour des meubles-fantômes : ils étaient là désormais, les livres qu’elle avait retenus pour quand elle reviendrait. Et tous les Duras surtout : Écrire, Le Square, Les impudents, Le Navire night, Le vice-consul, Un barrage contre le Pacifique, Hiroshima mon amour, La vie tranquille, Emily L… , Yann Andrea Steiner, L’amant de la Chine du nord, India song, La pluie d’été, Le marin de Gibraltar, C’est tout, Écrire. Deux exemplaires d’Ecrire : pour dire l’importance d’écrire.

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Ajouter quelque chose, n’importe quoi, mais quelque chose, après la signature. L’apostille comme une ultime alerte, un dernier mot, un signe final. La scripture ne serait que post-partum avec son lot d’angoisses, de dépressions, de névroses, de camisole chimique, d’électrochocs. À moins qu’un poème n’en sorte, une dernière volonté postmortem, à n’ouvrir qu’après, mais à vivre avant.

A propos de Ugo Pandolfi

Journalist and writer based in the island of Corsica (France) N 42° 46' 0.12'' E 9° 26' 59.999’’ • son blog Ugo Pandolfi Scriptor

2 commentaires à propos de “#chroniques #02 | paresseusement”

  1. comme j’aime cette unité de ton de regard acéré doux, malgré et avec le mot scripture qui revient comme un masque. La 2 est fort belle ( tourner autour des choses ) rien n’a changé ou presque : tout est là. Comme un poème… Merci d’ouvrir la porte

  2. J’ai aimé la pièce aux meubles fantômes et la bibliothèque qui s’agrandit. On s’approche, lit les noms des auteurs. Zoom encore et ce sont tous les titres (de Duras). Merci Ugo d’avoir ouvert la piste pour cette chronique 2 et de l’attaquer tout sauf paresseusement.

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