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1 Le monde

« Le monde n’est pas une marchandise ! » Et pourtant certains n’hésitent pas à se l’approprier à leurs profits…

2 Une croix

Un haut-plateau. Près de 1000m. Battu par les vents. Écrasé par le soleil. Une steppe comme en Mongolie. Un désert comme au Sahara. Habitat ancestral, clairsemé. Troupeaux de moutons avec un chien qui court et un berger qui veille. Et des sentiers. Des chemins qui se croisent. Qui se rencontrent sous la forme d’une croix parfaite. Un plus de mathématique. Ou un X. Un panneau et des indications. Pour aller vers le Nord. Vers le Sud. Vers l’Est. Vers l’Ouest. Pour renseigner ceux qui ne seraient pas d’ici. Pour les guider vers les hameaux du Causse. Pour leur indiquer les routes vers la vallée. Et pour marquer le croisement, on a élevé une croix de pierre, pierre de calcaire devenue grise, travaillée par le temps, pierre d’ici. Signal de ralliement.

3 Des nuits sans lune

Elle dormait de plus en plus mal. Toujours en attente. Toujours à l’écoute. Usée par les compromis et les disputes. Elle habitait dans un quartier tranquille, dans une rue tranquille. Mais l’insomnie la rongeait de l’intérieur. Elle se couchait tard, souvent après des concerts ou des sorties qui devaient la distraire, lui faire plaisir, mais qui la replongeaient dans ses problèmes de relation avec l’homme de sa vie. Elle se couchait dans son lit large et confortable, dans des draps frais, la couette bien légère et l’oreiller dodu, et ensuite elle divaguait, tournait et ruminait et hoquetait…mais non, elle ne pleurerait pas. Elle se lèverait, se servirait un verre de vin blanc, dans un joli verre à pied, un vin blanc sec vite avalé, puis un autre verre, puis peut-être encore un autre…mais ça ne la ferait toujours pas dormir, à la fin, elle se lèverait, mettrait son jogging et ses tennis, elle sortirait dans l’escalier, dans la rue tranquille, elle avancerait jusqu’au canal à quelques rues de là, elle irait courir le long du canal, sur le sentier boisé, pour s’étourdir, elle sentirait l’odeur des feuilles, elle goûterait  l’air humide, elle entendrait les vaguelettes de l’eau qui coulait doucement dans le noir, elle aspirerait, elle respirerait, non elle ne pleurerait pas…

4 Une histoire pas si simple

Écrire. Depuis que j’en avais envie, je pensais n’avoir rien à dire. Je savais décrire, peindre avec des mots, créer des ambiances, j’aimais bien. Mais pour me décrire moi, ma vie, ça me semblait peu intéressant, ma vie, c’était une histoire simple, il y avait des choses qui arrivaient, on disait oui, on disait non, et l’histoire continuait, des plus, des moins, des tremolos, des légatos, des crescendos et parfois des pics et des sommets. Depuis que j’écris, que je cherche, que je creuse, je me suis ravisée, j’ai découvert d’autres points de vue. Je me vois double, je me vois multiple, je me vois complexe, je me vois riche en péripéties, en expériences, en exigences, en échecs et en réussites. Je me sens double, et c’est une richesse, mais c’est aussi devenu une charge. Deux langues qui s’entremêlent avec le temps qui passe, qui veulent chacune une juste part, qui réclament de l’attention, de l’écriture, de la lecture. Deux cultures, pas si différentes, mais qui sollicitent leurs moments, leurs places, des sensations et des sentiments, en musique, en danse, en cuisine ! des accents, des contraintes et des plénitudes. Après avoir vécu mon premier atelier d’été sur la ville, j’ai réussi à exprimer ces contradictions dans un récit d’une centaine de pages, une biographie bien cachée derrière des personnages qui portaient ma vie en puzzle et en chassé-croisé. Beau sentiment de satisfaction. Depuis, je suis à nouveau dans le doute et je n’écris que pour les ateliers, mais je dois l’avouer, avec un certain bonheur lorsque je me mets enfin au clavier…

5 une rencontre hasardeuse

Une balade dans les environs. Sentier familier dans un paysage de steppe aride, herbes sèches ondulant sous la brise comme des vagues, roches sculptées par le temps et les éléments, de l’air vif et un horizon bleu d’éternité. Une journée de rêve. J’avance sur le sentier de terre et de cailloux, bien chaussée, la bouteille d’eau dans le sac à dos. Une vieille ferme. Des murets de pierres sèches ensoleillées qui serpentent le long du chemin. Je m’arrête. Il fait chaud. Je pose mon sac sur une pierre pour sortir la bouteille. Derrière le muret, un bruit, un chuintement, un mouvement, une ondulation. J’allais y poser la main, je la retire avec effroi, cette peur ancestrale devant un serpent. Il s’était dressé au-dessus du muret, à hauteur de mes genoux, sa tête balance de droite à gauche, ses yeux me regardent…Je sais tout des serpents, je suis documentée, j’en ai vu dans les jardins des environs. Je connais l’orvet, serpent de verre, animaux presque domestique. Je connais les couleuvres, celles qui nagent dans les rivières, celles qui se lovent dans les buissons, toutes inoffensives. Même la plus grande, la plus longue, la couleuvre de Montpellier, est sans danger pour les humains. Mais il y a les vipères. Et là, j’ai bien rencontré une vipère. Une vipère aspic. Vénéneuse. Tête triangulaire, couverte de petites écailles, yeux ronds avec des pupilles noires verticales comme un chat. J’ai beau avoir tout lu sur les vipères, je n’en avais jamais rencontré, et ça fait un choc de se trouver face à face. Mon cœur bat la chamade, je maîtrise mes mains, mon corps, pas de mouvements brusques, je sais que la vipère a autant peur que moi, et n’a qu’une envie, se sauver. Si je la touche, elle se défend. Si je me retire très doucement, sans la choquer, elle partira. Et c’est ce qui se passe, elle s’écroule au pied du mur, se rassemble en sifflant et s’éloigne en glissant parmi les herbes. Sa queue est courte, épaisse, dernier signe de reconnaissance, un peu tardif en cas de rencontre inattendue. Il faut garder son calme. Il faut garder son calme. Il faut juste la laisser partir. C’est ce que j’ai fait, en me raisonnant, en me forçant. Je m’en suis bien sortie…

A propos de Monika Espinasse

Originaire de Vienne en Autriche. Vit en Lozère. A réalisé des traductions. Aime la poésie, les nouvelles, les romans, même les romans policiers. Ecrit depuis longtemps dans le cadre des Ateliers du déluge. Est devenue accro aux ateliers de François Bon. A publié quelques nouvelles et poèmes, un manuscrit attend dans un tiroir. Aime jouer avec les mots, leur musique et l'esprit singulier de la langue française. Depuis peu, une envie de peindre, en particulier la technique des pastels. Récits de voyages pour retenir le temps. A découvert les potentiels du net depuis peu et essaie d’approfondir au fur et à mesure.

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