#chroniques #01 | sur les bords

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Je me réveille dans la nuit, pas tout à fait. J’évite l’heure, elle figure le jour, ses rythmes, ses preuves. Quelque chose en moi continue de dormir et de veiller autrement. Comme on habite une frontière sans choisir sa terre. Je ne connais que la vie sur les bords. Tenir dans l’entre-deux, dormir réveillée. L’alerte molle. Et j’écris parfois sans crayon ni page, l’errance des mains sur les draps, sur le presque noir. Je ne me lève pas, je me promets de m’en souvenir au matin. Je suis réveillée endormie et les mots viennent, faciles presque donnés. Sans yeux pour me lire, sans dictionnaire à questionner. Il manque ces voix anonymes qui jugent, ralentissent les phrases. J’écris parfois la nuit, c’est simple : je suis seule et je ne suis pas là.

A propos de Gracia Bejjani

Je suis née à Beyrouth. À vingt ans à peine, j’ai quitté famille, amis et pays. Quitté pour une autre vie, une autre langue, un autre possible. J’écris en français avec l’arabe en moi, ce corps d’avant les mots. J’écris depuis l’intérieur des choses, des espaces, des êtres. Mon roman "Sobhiyé – Corps de femmes" a paru aux Accro Éditions en 2026, précédé du recueil "J’ai appris à parler sur tes lèvres" (La Kainfristanaise, 2024). Mes textes circulent également en revues et anthologies. graciabejjani.fr youtube.com/@graciabejjani

6 commentaires à propos de “#chroniques #01 | sur les bords”

  1. c’est beau Gracia cette idée de l’insomnie comme un entre deux qui ne choisit pas, merci pour cette image là !

  2. Merci Gracia pour le partage de ton insomnie. C’est tout à fait ça, cet entre-deux, ni vraiment endormie ni vraiment éveillée…

  3. « Comme on habite une frontière sans choisir sa terre. Je ne connais que la vie sur les bords. »
    tellement touchée par ces deux phrases, gracia. cette idée d’habiter une frontière sans l’avoir choisi me questionne. je me sens toujours tiraillée par différentes frontières présentent en moi. je n’ose imaginer comment tu vis la tienne. merci pour ces mots qui résonnent /raisonnent fort en moi.