A propos de Gracia Bejjani

Je suis née à Beyrouth. À vingt ans à peine, j’ai quitté famille, amis et pays. Quitté pour une autre vie, une autre langue, un autre possible. J’écris en français avec l’arabe en moi, ce corps d’avant les mots. J’écris depuis l’intérieur des choses, des espaces, des êtres. Mon roman "Sobhiyé – Corps de femmes" a paru aux Accro Éditions en 2026, précédé du recueil "J’ai appris à parler sur tes lèvres" (La Kainfristanaise, 2024). Mes textes circulent également en revues et anthologies. graciabejjani.fr youtube.com/@graciabejjani

#chroniques #03 | ceux qui regardent vivre

2- moi je suis plus ému par un poème que par un atome par exemple tu vois | après, l’argent ça ne fait pas tout maman | arrêtons d’interpréter, elle s’est livrée à moi, je vais arrêter de la traiter comme ça juste parce qu’au début | repassez demain | moi j’ai mes règles, pas mes règles comme avant | Continuer la lecture#chroniques #03 | ceux qui regardent vivre

#chroniques #01 | sur les bords

3- Je me réveille dans la nuit, pas tout à fait. J’évite l’heure. L’heure figure le jour, ses rythmes, ses preuves. Quelque chose en moi continue de dormir, veille autrement. Comme on habite une frontière sans choisir sa terre. Je ne connais que la vie sur les bords. Ni dormir ni me lever : tenir dans l’entre-deux, lignes posées l’une sur Continuer la lecture#chroniques #01 | sur les bords

#chroniques #00 | langue inversée

1- Comment va le monde ?Les mondes tu veux dire ? Et une terre porte. 3- On a cette façon, parcourir les lignes de droite à gauche comme d’écrire le monde dans la langue inversée, la première. On se souvient de ça : corps qui tourne à droite, s’arrête. Ce tableau surgi, hauteur inattendue. Il est là. Elle est là plutôt, une femme Continuer la lecture#chroniques #00 | langue inversée

#histoire #02 | comme un nid d’abeilles

C’est l’histoire d’un père qui traite ses enfants de voleurs le jour où la voiture lui est retirée. Résister au ressentiment de ses yeux quand il les regarde maintenant. Quand il les évite parfois. L’épouseSi tu crois que je vais compatir, tu te trompes. La pitié, je l’ai parfois mais elle m’agace. Tes phrases me reviennent. Tes sermons, tes menaces Continuer la lecture#histoire #02 | comme un nid d’abeilles

#histoire #01 | une autre apnée

1. C’est l’histoire d’un père qui traite ses enfants de voleurs le jour où la voiture lui est retirée. Résister au ressentiment de ses yeux quand il les regarde maintenant ou les évite.2. C’est l’histoire d’une femme qui fait semblant de manger pour les éloigner de sa bouche, de ses dents. Elle recrache, dos tourné. 3. C’est l’histoire d’un homme Continuer la lecture#histoire #01 | une autre apnée

#rectoverso #04 | l’odeur du savon

Il marche depuis une heure dans cette ville fuie. Trente ans d’absence. Il ne veut pas voir, ça s’impose : impacts sur les murs, portes rafistolées, sourires trop propres sur les affiches. Rien n’est clair ici. Tout est trop ou trop peu. Trop de religion, pas assez de service public. Trop de mémoire, pas assez d’histoire. Il en veut à ce Continuer la lecture#rectoverso #04 | l’odeur du savon

#rectoverso #03 | dans ces plis

RECTO Il y a des portes qui baillent, confondent couloirs et chambres. Ouvertes à tout courant.Il y a une table. La solidité d’une table, la distance qu’elle met. Pouvoir s’y appuyer. Écrire ou se cacher dessous, comme avant.Et cette obsession du frigo : l’ouvrir souvent, pour rien. Une question posée au froid. Entre dégoût et désir.Il y a l’ombre — faudrait-il Continuer la lecture#rectoverso #03 | dans ces plis

#rectoverso #02 | des nuits

VERSO RECTOà ce stade de la nuit, personne ne me réveillera. Pas avant de croquer les bonbons. Tous. Ma grand-mère dit que ce qu’on fait dans les rêves, ça n’existe pas. La nuit serait un livre qu’on lit avec les dents. J’ai du caramel entre les molaires, du sucre dans la gorge. Tant que je dors, tout peut exister. Même Continuer la lecture#rectoverso #02 | des nuits

#rectoverso #01 | vitres et fracas

RECTO Chips sur les genoux, casque sur les oreilles, iPhone entre les doigts. Visage baissé. Des yeux, seules les paupières. La main droite plonge dans le sachet, fouille. La bouche mâche vite, sans pause. Les ongles raclent le fond. Ça froisse le papier — bruit de métal. Récupérer les miettes, toutes les miettes. Lèvres luisantes, huile, sel. Renverser le sachet Continuer la lecture#rectoverso #01 | vitres et fracas