A propos de Gracia Bejjani

J’ai quitté le Liban à 20 ans. Je n’ai jamais quitté. J’écris, je filme, photographie, écris. Programmée au Festival Extra Litteratube, à Beaubourg. Publiée par le Courrier International, la Plume Francophone, hors-sol, le site Ici Beyrouth… et dans diverses revues de poésie comme Décharge, Wam… • Site personnel https://graciabejjani.fr/ • Chaîne vidéo : https://www.youtube.com/c/graciabejjani • Podcast : https://anchor.fm/gracia-bejjani

carnets individuels | gracia bejjani

#28pourquoi il fait ça laisse tomber mais quand même je ne comprends pas tu t’en fous on n’a pas les mêmes valeurs ils me font rire ces gens dans le métro on est tous pareils quand ça stresse indécent il est vraiment il faut que je quitte pourquoi je reste c’est fou ce chantier ça change tous les jours comme Continuer la lecturecarnets individuels | gracia bejjani

#40jours #17 | silence, elle chute

on dit que je suis tombée. on parle d’accident triste. tragique par accident. on plaint mère et père, me perdre si jeune. que sait-on de ma rage assujettie. on écarte la violence de mon corps au sol, corps explosé sur l’asphalte. on dit que je suis tombée du balcon, en accrochant le linge, j’aurais basculé. on ne croit pas à Continuer la lecture#40jours #17 | silence, elle chute

#40jours #02 | je touche les voix des murs

…je m’approche des doigts, délicate si peux, égarée entre leurs formes, nos mains confondues comme se mélangent les visages, silence amoureux. les façades comme seuils étendus, peaux de vie. de silence, comme secrets de famille. je m’enroule de lenteur, patience de rêves humains. deviner la vie animale qui hante leurs pierres (extrait)

#40jours #01 | tout deviendra poussière

depuis que grande… enfant, elle aimait y esquisser son prénom, suivi d’un cœur ; doigt bruni de poussière, fière de se voir désignée, seules lignes propres de la surface, comme rescapée. depuis qu’adulte… elle a cessé de s’amuser de ces palimpsestes, aucune façade n’accueillera mots ni dessin. elle veille, nettoie, mains cachées. (extrait)

#L3 | mots comme balles.

Tu parles à son visage. Tu t’entends. Ta voix te trahit en fin de phrases, altérée comme dissociée de toi. Tu t’entends découper les mots, les adresser au visage de ta mère, à la surface de son visage familier, étrange familiarité. À chaque retour, évidence et désarroi, c’est elle, ta maman. Tu lui envoies les mots comme des balles au Continuer la lecture#L3 | mots comme balles.

#P4 | zigzags

…vous voyez ce que je veux dire… elle répète …vous voyez n’est-ce pas… elle nous regarde, nous voyons ses yeux, ce qu’ils disent, mouvements en zigzag pour attraper le visage qui céderait, qui parmi nous tendrait une brèche …vous voyez ce que je veux dire… on ne s’était pas préparés à reprendre son fil, le tisser de nos yeux, elle Continuer la lecture#P4 | zigzags

#L2 | on ne

On ne prononce pas le H dans je te hais. On n’invite pas le voisin comme ça, juste pour faire connaissance. On n’utilise pas « trop » en emphase du « très », le trop a une connotation négative. On n’en fait pas trop, on mesure ses élans. On ne veille pas à « sujet verbe complément » comme dans les dissertations, ce n’est pas systématique Continuer la lecture#L2 | on ne

#P2 | paupières fêlées

les yeux adultes. grands ouverts, tu ne vois pas leurs yeux qui te regardent que tu évites de regarder. regards des hommes, le voisin, l’épicier du quartier. tu connais les prénoms et leurs regards sur toi. l’ami du père, l’oncle. yeux des hommes sur ton corps, leurs yeux ne croisent pas ton regard, ils évitent tes yeux bavards, tu es Continuer la lecture#P2 | paupières fêlées

#L1 | Quitter terre.

Rythme lent des bagages comme ballotés par l’hésitation des chariots sur la piste grise. Lent, si lent comparé à la vitesse du vol qui ne tardera pas à les emporter en soute. Elle les regarde trembler. Décompter les coques noires, repérer les moins classiques. Attendre une chute pour le plaisir de l’incident, égoïste plaisir : son unique bagage déjà en cabine, Continuer la lecture#L1 | Quitter terre.