1 –
« un monde qui jamais seul au bord des drames au bord des larmes se teinte de brun »
2 –
sur pilotis de béton éventré le bâtiment se meurt sur le boulevard abandonné cerné de barrières de chantier rouge/blanche – m’apparaissent ce qui pourrait avoir été des portes – deux rectangles noir – autour les murs déploient des paysages sépia coulures d’eau de pluie de rouille briques nues ombres abrases sur le ciment en poussières
sur le terreplein central une fille à quatre pattes avance avec précaution sur l’herbe grillée à la recherche de l’invisible – une autre lance son ombrelle verte à l’assaut de l’immeuble – une autre en face s’appuie de la main sur un pin
le boulevard est désert – tout au bout un rectangle bleu d’horizon – peut être l’océan – ou le ciel qui se noie dans l’horizontal de la ville
3 –
le frais joli
le plissé détendu
les broderies en revers
les poings sous le moelleux
la nuit est marine, grise ou blanche
le corps charnu chaud comme le pain
je me défonce la pupille dilatée
la bouche fatiguée
la nuit est un miroir qui ne dupe pas
une épreuve ou elle tourne dans les soupirs luisants
sans pudeur, folle
alors je pactise avec moi-même sans crainte du vide, du rien
à l’écart du quotidien
l’insomnie est un jeu dangereux qui peut être mortel
l’insomnie est richesse à contempler mes trésors en face à face
dans les soupirs dans la respiration l’esprit actif les pensées brûlantes
les mots, les phrases vont et viennent en paysages
signes heureux ou tristes se tracent lucides
surgissent les morts, les maisons perdues, les regrets, le désir
je suis seule mais libre
seule non !
autour la vie grouille
la terre ne dort jamais
les étoiles clignent de l’œil
la lune danse avec les nuages
la chouette bat de l’aile
le renard se glisse les yeux brillants dans les broussailles
le laurier s’embaume de rosée
j’écoute les fleurs dormir
la rumeur de la route jamais dans le sommeil au loin
la nuit difficile
mais j’avoue l’amour de l’insomnie
retrouver mes traces
écrire, oui écrire dans le calme
me déplacer dans cet écoulement
sans empêchement
les mots vont venir à l’appel de mon souffle
je pars comme un arbre isolé
que le vent balaie au seuil du ciel
je m’agrippe aux rayons des nuages
dans le silence des tambours du jour
et quand le merle siffle l’aube
je cherche le repos dans la gueule ouverte
du lit aux draps fripés
4 –
J’encode dans ma mémoire mille histoires d’une image mots gorgés de couleurs
épinglées se feuillettent se dessinent en damier
un cordon une chaine une plongée faire bouger les pièces sur l’échiquier
j’ai les écouteurs à oreilles libres un atout de tête à tête une marche bucolique l’herbe en toile de fond
le son laisse passer les bruits environnants et je claque les cailloux de mes orteils en quête de mots velours
une course en toute liberté dans le territoire inspiré d’évasion les sentiers attaqués terrains de jeux flashs d’horizons trois secondes tendent les bras
je nostalgique le cœur névralgique je suis loyale à l’instant
je traque les surfaces brûlées aux arômes de noisettes je décline ma salive en sirop de dattes cardamone la plaine de Mésopotamie flambe mon sang en vagues d’appels
la petite fille danse sur les planches en signe d’hospitalité l’ambiance partage prend de la hauteur sur l’étendue de la vallée un retour aux origines
libre sur les planches de ce théâtre plein air je saisis la chance de la rencontre je caracole sur l’échiquier
par crainte de la perte je me couture un label mémoire là assise sur le banc brûlant une place d’étrangère le corps englouti dans la chaleur de l’itinérance
se fissure se grandit tout au fond de mon moi la douceur de l’Antiquité
la ville assoupie draine les premiers rayons de soleil les couleurs soulèvent mes paupières des nuits chaudes jambes lourdes
je suis increvable je roule mes semelles sur les chemins de terre je piste la poussière je fais soudure des paysages
j’ajuste mon regard assoiffé jouer encore sur les routes le regard en pleine lumière
le mouvement
5 –
en fin de nuit faire le pied dans la forêt – un cerf brise la glace se baigne dans l’étang – tout autour les broussailles givrées – l’écume au bord des lèvres – la brume de l’aube – nos regards effrayés se fixent, le sien pour toujours accroché à la cimaise de ma mémoire
Heureusement que tu as pu te connecter (merci à François), c’est très beau, cela aurait été dommage de passer à côté 🙂