arts de la fiction #03 | roman de gares

Whistler, Mer et pluie, détail
Note :
plutôt qu’un roman, une nouvelle, donc script pour court-métrage.

Lieu 1, une gare.

Architecture des gares du nord de la France du XIXe siècle : brique, plâtre blanc crème, structures métalliques boulonnées peintes en gris-vert, verrières en verre dépoli.
Au bout des quais, les rails s’échappent au-delà d’une verrière en arc-de cercle.

Séquence 1, le départ.

Plan large en ouverture : un hall de gare très animé, une fin d’après-midi d’automne : brouhaha, annonces inaudibles par haut-parleur, cliquetis et roulement des valises, quelqu’un joue du piano, etc.
Travelling avant dans la foule des voyageurs vêtus de blousons ou d’imperméables vers un quai. On longe un train (voitures modernes bleu foncé, genre Eurostar), puis montée dans une voiture. Le plan sera tourné caméra à l’épaule, donc les images seront un peu tressautantes.
Installation sur un siège fenêtre à gauche. Vue sur les rails, vides ; au-delà, pas de quai, mais une barrière métallique semi-transparente.
Au fond de la voiture, en hauteur, un ruban lumineux d’information défile. On le voit à l’envers, reflété dans une vitre.
Note : ces premiers plans seront montés cut

Départ du train. Filmé depuis la fenêtre, un paysage urbain du nord de la France ou de l’Europe : gris, immeubles élevés, murs sales couverts de graffitis ; puis des entrepôts,  des barres d’immeubles, des dépôts de matériel ferroviaire, des gares de banlieue… le ciel est gris et bas, la lumière déclinante. On aperçoit quelques sources d’éclairage public, enseignes qui s’allument, bien qu’il ne fasse pas encore vraiment nuit. On entend un message annonçant les étapes du voyage, mais de manière indistincte : « bienvenue… desservira… souhaite… », mêlé au bruit que font les passagers (discussions, téléphones, claquement de tablettes…)

Prise de vues
L’ensemble du film sera tourné en caméra subjective. Le personnage, le protagoniste, sera vu uniquement en amorce (épaule, bras, mains, objet tenu en main, etc.)et ce, le moins souvent possible.

Le personnage: il n’est a priori pas vraiment déterminé en genre et en âge. Pour des raisons pratiques, on optera dans ce script pour une voyageuse d’une cinquantaine d’années.
Images: on évitera, dans les deux premières séquences, l’image trop « léchée », trop propre que donne le numérique. On pourra, comme l’a fait Pablo Larraín pour certains de ses films, ajouter de vieux objectifs pour « salir » l’image. On pourra aussi jouer sur la profondeur de champ de manière à ce que les arrière-plans ou les paysages restent un peu flous.
Bande son: Aucune musique additionnelle ; les seuls airs de musique entendus sont ceux de la diégèse : piano dans la gare, radio au restaurant, notes sur le quai de gare.

Séquence 2, le tunnel.

Dans le train, en caméra subjective, depuis le siège du passager.
Panoramique vers le haut : on voit dans les tablettes porte-bagages de verre le reflet du sommet des têtes des voyageurs: une jeune femme aux longs cheveux noirs, vêtue d’une veste rose bonbon, un cinquantenaire au crâne lisse, des enfants…
La lumière s’éteint. Noir. Puis vacillement bleuté des veilleuses. Qui s’éteignent à leur tour.
Panoramique vers la gauche : fenêtre. Un rectangle noir, strié par les lumières du tunnel, qui dessinent des lignes blanches occupe tout l’écran.
Puis on ne voit plus que du noir et des stries blanches, irrégulières.
Noir.
Bande son tout au long de cette séquence : grincement des rails. Murmures quand les veilleuses s’éteignent. Crissement plus aigu : les freins ? puis silence.

Séquence 3, le voyage (1).

Ouverture sur un blanc, lumière éblouissante. Pendant un moment, les images seront surexposées.
Bande son : bruit régulier des roues, rythme rassurant, presque hypnotique.
Vue depuis la fenêtre passager sur un paysage qui apparaît peu à peu : moins éblouissant, plus net.
Paysage urbain, vu en plongée. Rues droites, peu ou pas de circulation. Véhicules en stationnement sur des parkings devant des entrepôts ou des immeubles, de formes cubiques (un peu comme les jouets d’enfant en bois), majoritairement de couleur blanche. Impression de propreté malgré la brume blanche à l’horizon, d’où émergent des cheminées d’usines. Lumière matinale. Le train passe sous des ponts très larges : dessous, des terrains de basket ou de tennis au sol peint en vert vif, des bassins d’eau immobile qui renvoient un reflet métallique. Parallèles aux rues qui passent sous la voie ferrée, des canaux d’eau verte. Sur les immeubles au loin, de grands panneaux publicitaires illisibles à cette distance.
La voie ferrée s’abaisse progressivement vers le sol, tout en restant légèrement surélevée ; elle est bordée de petites maisons, à un étage ; un auvent de tuiles brunes ou rouges protège le rez-de-chaussée ; de temps à autre, des arbustes verts plantés devant la façade. La brume se lève peu à peu, laissant apercevoir une plaine bordée à gauche et à droite de deux chaînes montagneuses. La voie ferrée s’élève maintenant et passe sans s’arrêter devant des gares, de simples plateformes que la vitesse empêche d’observer. Des arbustes à fleurs blanches forment une haie le long de la voie.
Le défilement des haies obture progressivement la vue.
Toujours le bruit hypnotique des roues sur les rails.
Fondu au noir.

Séquence 4, le quai

Ouverture sur l’intérieur de la voiture.
Le bruit précédent a cessé. Silence entrecoupé des chuintements des ouvertures et fermetures automatiques des portes. Quelques sons indistincts proviennent de l’extérieur.
Au fond de la voiture, une bande lumineuse défile – on ne peut distinguer ce qui y est écrit – puis s’arrête.
Panoramique vers la gauche : très proche du train, une paroi carrelée de beige et incurvée, parcourue de câbles noirs, comme celle que l’on voit quand le métro parisien s’arrête entre deux stations.
Panoramique vers la droite : vue sur un quai.
Mouvement de la caméra vertical vers le haut suggérant que la voyageuse se lève et avance dans le couloir central. La voiture semble vide.
Sur le quai. Panoramique vers la gauche, puis vers le haut : un mur carrelé ferme le tunnel dans lequel le train s’est arrêté. Sous le plafond courbe, une sorte de faux-plafond métallique où sont accrochés des tubes de néon (lumière blanchâtre, l’un d’eux clignote par intermittence), des appareils de ventilation, des haut-parleurs, des caméras et des panneaux électroniques à fond bleu.
Zoom avant sur celui qui est le plus proche du train, on voit disparaître une ligne de caractères (défilement vers la gauche, on ne voit que la fin de la ligne)  sans qu’on ait le temps de lire; il ne reste sur l’écran qu’un carré blanc qui clignote.
Zoom arrière, puis panoramique vers la droite, puis vers le bas : on découvre un mur courbe, symétrique du premier, puis une autre voie, de l’autre côté du quai, un panneau portant un 2 écrit en noir sur blanc et un train à l’arrêt : les deux voitures à motrice incorporée semblent beaucoup plus anciennes avec leurs formes droites.
La caméra ne s’attarde pas sur ce train, que le spectateur n’aura pas le temps d’observer. Elle panoramique très vite à droite sur l’enfilade du quai central : béton peint en gris clair, deux bandes blanches de sécurité de chaque côté ; au centre, des armoires métalliques grises, des bancs sans dossier, des conteneurs et des distributeurs, dans toutes les nuances de gris ; de loin en loi, des panneaux d’affichage électroniques bleus qui scintillent, mais qui restent vides. Il n’y a personne. Le quai semble s’étendre très loin. On ne distingue aucun panneau indiquant la sortie, aucun escalier montant, ni aucune descente vers un passage souterrain.
Panoramique vers la gauche ; arrêt devant le train du quai n°2.
La caméra portée suggère que la voyageuse monte dans ce train, dans la 1ere voiture.

Séquence 5, le voyage (2)

Intérieur du train :  panoramique vers la droite : une paroi vitrée derrière laquelle de trouve la cabine du conducteur et un espace libre. Zoom avant : vue sur les rails à l’avant du train.
Zoom arrière.
La caméra pivote vers la droite ; on voit une autre porte, sur la gauche, une banquette. Puis des rangées de deux sièges, laissant un couloir sur la droite.
Déplacement de l’objectif vers un siège de la 2e rangée. La voiture semble vide.
La caméra portée montre en amorce l’épaule de la voyageuse qui s’assied.
On entend sur le quai une annonce au haut-parleur, sans qu’on puisse distinguer les paroles, une musiquette sur trois notes ; grincement de la porte qui se referme, puis bruit de verrouillage, le train démarre.
Claquement des roues sur les rails, plus fort quand la voiture passe sur des aiguillages (l’image devra osciller légèrement à ce moment-là).
Lumière forte quand le train émerge du tunnel : il fait grand jour. Paysage très vert. La voie ferrée – très sinueuse – suit des flancs de montagne très escarpés. Vitesse réduite car la pente est forte.
Bande son : changements de régime de la motrice.
Le train franchit plusieurs tunnels, éclairés de loin en loin par des ampoules qui émettent une lumière orangée. À l’intérieur de la voiture, on voit alors se refléter dans la vitre située à l’avant des silhouettes de voyageurs : hommes et femmes emmitouflés, des bagages à leurs pieds. Certains sont debout près de la porte. Mais quand le train sort du tunnel, il passe sans s’arrêter devant la plateforme d’une gare abandonnée. Et la caméra montre une voiture vide.
Ces plans se répèteront deux fois, à deux moments séparés par un plan assez long montrant le paysage : ravin, rivières, forêts, maisons isolées ou villages au loin, etc.
Dernier tunnel, lumière orange, reflets brouillés, fondu au noir.

Séquence 6, la gare du port et l’hôtel

Lieu : un quai de gare.
Travelling avant : traversée d’une vieille gare (bancs arrondis en bois, guichet, affiches) ; elle est vide.

Lieu : le port.
On débouche sur une place, panoramique droit : un petit port de pêche.
Deux ou trois bateaux de pêche amarrés le long du quai, des filets, des casiers et des fûts de plastique bleu ou vert y sont entassés par endroits. Des oiseaux (des goélands argentés) foncent en piqué sur les pavés pour attraper des restes de poissons.
Bande son : cris d’oiseaux marins, criaillement des goélands, coques des bateaux qui cognent contre le quai, moteurs au loin, rumeur des vagues, voix qui s’interpellent. Pourtant on ne voit personne sur ce quai.
Travelling avant vers le village, qui se trouve à une centaine de mètres.

Lieu : l’hôtel.
Caméra portée,  épaule de la voyageuse en amorce.
Entrée dans un hôtel. On n’en aura montré ni la façade, ni la porte ; la caméra ne montre que l’entrée, le comptoir, les casiers et les clés suspendues. (le décor sera le plus « cliché » possible).
Fondu au noir.

Lieu : Le restaurant de l’hôtel.
Tables en formica, chaises tubulaires, affiches pour des spectacles de cirque au mur. Il doit donner une impression de vieillot, de retour aux années 60 du XXe siècle.
Bande son : bruits de vaisselle et de couvert, quelques paroles échangées hors champ (que l’on identifiera au personnel de l’hôtel) mais qui ne sont pas compréhensibles. Une radio crachote des chansons (répertoire à définir : variété sud-américaine, coréenne ou japonaise ; ou bien des chansons moins connues des Rita Mitsouko ; mais ce sera en arrière-plan, peu audible et identifiable).
Trois personnes, outre la voyageuse, sont assises à des tables distinctes.
Une jeune femme, la vingtaine  ; elle est absorbée par son téléphone portable qu’elle scrolle ; ses ongles très longs sont vernis et incrustés de petits brillants tapotent sans cesse l’écran. Elle porte de nombreux bracelets et bagues. Vêtements et accessoires de couleurs pastels (rose, mauve, bleu pâle). Cheveux noirs, longs, et raides. Elle est vue de profil devant une fenêtre (profil gauche).
Un homme âgé. Calvitie ; vêtements soignés, chevalière en or à la main droite. Il resserre mécaniquement sa cravate. Devant lui, il aligne minutieusement des objets qu’il tire de sa poche : carnet, portefeuille, stylo-plume noir et or (Dupont ou Mont-Blanc), étui à cigarette et briquet (dorés, marque Dupont), smartphone. Tous ces objets sentent le cuir et le luxe. Il les examine un par un, les remet un à un dans ses poches, puis il recommence. On le filmera de face.
Un jeune garçon, sept ou huit ans. Il joue avec un sac de billes, des agates ; il approche l’une d’elles, un calot de plus grosse taille, de son œil. Les formes incluses dans la bille elle-même font penser à un œil.
Pour ces trois scènes, on filmera en plan moyen, puis en gros plan, voire en très gros plan sur les objets manipulés. On adoptera un montage en alternance.
Devant la voyageuse, on dispose les plats du repas. Ils ont un aspect artificiel. Il s’agit en effet d’accessoires de théâtre en plastique.
À ce moment, la jeune femme se tourne vers la voyageuse. On aperçoit alors son profil droit, ensanglanté.
Fondu au noir.

Séquence 8, la plage

Extérieur nuit.
Sortie de l’hôtel à l’arrière dans un jardin.
Bande son : insectes, oiseaux nocturnes, clapotis d’eau (une fontaine ?), au loin, rumeur des vagues.
Caméra portée, épaule de la voyageuse en amorce au début, puis travelling avant : traversée du jardin : le son de l’eau qui clapote s’atténue et disparaît. On devine des buissons, des arbustes (certains fleuris) ; la rumeur de la mer se fait plus forte. On débouche sur une plage.
Une lumière laiteuse se dégage de la mer.
Bande son : clapotis des vagues. Puis bruit qui se fait de plus en plus distinct : des rames.
À partir de ce moment, la scène est de plus en plus éclairée. Faiblement au début, puis progressivement plus intense. Lumière blanche, mais assez chaude.
Une barque entre dans le champ, s’approche de la plage.
Une silhouette est assise à l’arrière.
Caméra portée, située derrière la voyageuse qui s’approche de la barque.
Elle y monte.
On verra alors sa silhouette s’assoir dans la barque.
Puis bruits de rames. Le clapotis des vagues n’a pas cessé, il devient plus fort alors que celui des rames s’éteint alors que la barque s’enfonce dans la brume qui envahit l’écran : blanc légèrement crème, très lumineux et scintillant.
Le mot « Fin » apparaît comme surgi du blanc, se teintant de gris, puis de noir, progressivement.

Générique de fin

Les premiers noms peuvent apparaître un peu flous dans un premier temps, avant d’être plus nets et plus lisibles.
Bande son : reprendre en mix les chansons diffusées dans le restaurant de l’hôtel, l’air joué au piano de la gare dans la 1ère séquence.

A propos de George Baron

J'aime la lecture, la SF et l'Oulipo. J'ai commencé à écrire, et plus j'écris, plus j'ai envie d'écrire. Plusieurs projets en cours, rien de finalisé.

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