À l’horizon, quelque chose bleuit. Le jour. Le long du quai, nous attendons, toujours les mêmes, toujours silencieux, ne nous adressant pas la parole, la jeune fille blonde, le cycliste, celle qui a les cheveux bouclés et qui arrive toujours à la dernière seconde, ce type qui tousse à s’en arracher les poumons (depuis quelques semaines, on ne le voit plus, que lui est-il arrivé ? sans doute prend-il le train précédent), le grand baraqué toujours en t-shirt, d’autres silhouettes plus lointaine, à l’autre bout du quai, plus près de la petite maison qui sert de gare, mais dont la salle d’attente est fermée, à cause de déprédations, comme un peu partout. Nous attendons en silence le train de 6h36, les yeux tournés vers les barrières. Cela va clignoter bientôt, sauf si la voix des haut-parleur annonce un retard de quatre minutes en raison de l’attente d’un autre train, d’une défectuosité technique, auquel cas les quatre minutes deviennent souvent six ou huit, d’un accident de personne, ce qui est mauvais signe, le train de 6h36 risquant d’être annulé et celui de 7h06 en retard, mais en règle générale le train est à l’heure et les gens sur le quai attendent sagement que les barrières clignotent, une première fois celles derrière l’ancienne boulangerie, une seconde fois au carrefour, signal que le train est là, qu’on peut fermer son parapluie ou reprendre son sac posé par terre et viser la porte du deuxième wagon de la première rame, qui en général est moins plein que les autres, mais le haut-parleur a parlé : des bus de remplacement… Les gens sont au téléphone : j’aurai un peu de retard… Je ne sais pas… j’espère arriver pour… je sais, déjà la semaine passée… les CFF, vous savez…
