A propos de Vincent Francey

Enseignant, chanteur et clarinettiste amateur, je vis dans la région de Fribourg, en Suisse, et suis passionné de lecture et d'écriture depuis toujours, notamment via mon site a href="https://www.lie-tes-ratures.com/">lie tes ratures mais aussi sur un blog né à la suite de l'atelier d'été sur la ville : fribourgs.com. Auteur d'un livre autoédité, Je de mots, dictionnaire intime, je suis également présent sur YouTube pour, entre autres expérimentations, y parler de mes lectures.

#chroniques #04 | Crépuscule en rose

1.   Pas question Pas question de se contenter d’être l’homme blanc, le dominant, le fossoyeur. Exigez la modestie. Partez de chez celles qui vous avez piétinées. Allez ailleurs. 2.   Crépuscule Bleu moins bleu. Le soleil, de l’autre côté, s’est couché. Un chien aboie. Des cloches. Des voitures. La voix du voisin, grave. Ne garder que ces quelques sons pour dire Continuer la lecture#chroniques #04 | Crépuscule en rose

#chroniques #03 | écoute

1. Écoute le monde Écoute le chant funèbre du monde que nous assassinons. 2. Écoute les gens Le Jura est loin. C’est pour la pluie. / C’est vert ici. Mais juste. / Encore un biscuit ou pas ? Ou pas. / Je ne sais pas le français, nur bonjour, merci, volontiers. Bitte schön, s’il vous plait, avec plaisir. / Une gorgée Continuer la lecture#chroniques #03 | écoute

#chroniques #02 | Quelqu’un

1.   Le monde Comment chanter sans un corps à aimer ? 2.   Autour de l’homme Armoires fermées, blanches, une bande boisée couleur poignées. Sur la fenêtre, des draps jaunâtres empêchent la lumière d’éclairer trop brusquement le lit. Paroi de bois. Le thermomètre indique 28 degrés. Le radiateur est éteint. Sur une planche, un cahier ouvert, un stylo, des haltères bleus, trois Continuer la lecture#chroniques #02 | Quelqu’un

#chroniques #01 | oiseaux

1.Le monde Un monde qui s’arrête pour fixer un ballon est un monde qui ne tourne pas rond (des hackers sont parvenus pirater la FIFA : à l’heure des matchs, tous les écrans s’éteignent et cette phrase est diffusée pendant une heure trente). 2. Carrefour Trois chemins. Un banc de bois vermoulu. Un deuxième tronc. L’ancien banc. Le panneau. Flèches jaunes Continuer la lecture#chroniques #01 | oiseaux

#chroniques #00 | Prologue

1. Le monde — Qu’est-ce qui dérègle le monde ? — Les règlements dérèglent le monde. 2. Six heures pour un aller-retour Chants d’oiseaux, une mouche sur la moustiquaire, un train au loin. « L’argent », voix du frère écoutant la radio (voix énervée, la radio parle de foot). Soleil se reflétant sur les tuiles transparentes, guêpes (d’où sortent-elles ?). Parfum de café moulu Continuer la lecture#chroniques #00 | Prologue

#Rectoverso #PS | Jeu de nuit

Je joue. Très doucement. J’essaie de ne pas faire de bruit. Je joue des notes graves, chaleureuses, puis un début de gamme chromatique en essayant de ne pas accélérer le tempo. Surtout pas de crescendo. Je joue en cachette mais les sons traversent les murs. Il faut que je joue. J’essaie une anche plus adaptée à la nuit. Je joue Continuer la lecture#Rectoverso #PS | Jeu de nuit

#rectoverso #15 | Les jambes et le rêve

  1. Une jambe restée à quelques centimètres de la mienne.
  2. Sa jambe.
  3. Faute de frappe : sentimètre. Sentiment du centimètre.
  4. La couleur rouge comme leitmotiv : voiture, chaussures, parapluie, fil.
  5. Nulle coloration politique.
  6. Nous irons courir et nos jambes ne se toucheront pas.
  7. Écrire la scène suivante, celle où les jambes se touchent enfin, ce serait tout gâcher.
  8. Il est peu question de jambes dans la littérature. Rien ne revient. Je triche.
  9. Henri Michaux, Les Rêves et la Jambe : « La jambe est intelligente. »
  10. L’intelligence de sa jambe dans la voiture, restée à quelques centimètres de la mienne, a été de calculer exactement la distance : trop près, c’est un point de non-retour ; trop loin, c’est un rejet.
  11. Le langage de la jambe. En miroir : le jambage de la langue.
  12. D’abord leurs jambes se touchèrent, puis leurs langues.
  13. Nous parlerons la même langue quand nos jambes se toucheront.
  14. Le danger de l’écriture des jambes, ce serait de céder à la partie de jambes en l’air et ce serait écrire en l’air.
  15. La jambe en terre, la chaussure au bout de la jambe, la jambe toujours double.
  16. Je ne me souviens pas de ses chaussures, trop occupé que j’étais à regarder ses jambes.
  17. A-t-elle remarqué mon œil posé sur ses jambes ? Discrétion voulue, nécessaire, impossible.
  18. Ma tache de beauté, sur le haut de la cuisse, se cache. Ma beauté se cache. Je me cache. Sur sa jambe, il y en avait une petite, de tache de beauté, mais ce n’est pas la taille de la tache de beauté qui fait la beauté.
  19. Qu’est-ce qui fait qu’une jambe est belle ?
  20. La voix de papa : « Ça me fait une belle jambe. »
  21. À l’enterrement de son père, pendant qu’on s’avançait dans l’allée pour les honneurs, Georges Brassens chantait La mauvaise réputation.
  22. Avec son père, en Thaïlande, elle a mangé une fondue sur la plage.
  23. Mon père n’a jamais mis les pieds en Thaïlande. Il a peu voyagé : un safari au Kenya et ces deux semaines en famille entre Réunion et Île Maurice.
  24. Voyage de noce en Autriche : ils reviennent sur les lieux (Vienne, Salzbourg) quarante ans plus tard.
  25. Une croisière sur le Danube, leur dernière.
  26. Elle, c’est le bras qui lui manque, puis ce sera lui qui manquera.
  27. Il plaisantait sans cesse à propos de ce bras.
  28. « L’agriculture manque de bras. »
  29. « Tu es mon bras droit. » (c’est lui qui lui manque)
  30. Aujourd’hui, elle portait un habit rouge, le haut.
  31. Jambe rouge : un titre ?
  32. Le rouge symbolise tout et son contraire : l’amour, la violence, la Révolution.
  33. Les contraires s’attirent.
  34. Son haut, le jour de la jambe, était vert, couleur complémentaire.
  35. Mes yeux, verts aussi.
  36. Ses yeux, bleus.
  37. La scène des jambes dans la voiture, dans un film en noir et blanc, pour éviter de se prendre la tête sur la symbolique des couleurs.
  38. Le rouge et le noir.
  39. Quelque chose de la passion romantique mais en devenir.
  40. Les quatre jambes s’entremêlent, blanches, sous la carrosserie rouge.
  41. Les quatre yeux s’entreregardent, vert-bleu.
  42. Il ne faut pas trop raconter ce qui n’a pas eu lieu, de crainte d’épuiser tous les possibles avant même qu’ils ne se réalisent.
  43. Tout reste possible.
  44. Un millimètre puis rien.
  45. Consolider et accélérer le tempo, cela vaut pour tout : la clarinette, la course, l’amour.
  46. Ne pas trop accélérer.
  47. D’abord consolider.
  48. Quand sait-on que c’est solide ?
  49. Solide sur ses jambes.
  50. Sur nos jambes.

#rectoverso #14 | protocoles obsessionnels et rêveries soporifiques

Recto Période : 1980-2058 Figures majeures de la période : femmes aux prénoms variés, souvent commençant par A. Courants esthétiques et idéologiques : post-romantisme désespéré, rougisme automobile Évènements marquants : un genou qui se rapproche un peu trop mais pas assez ; deux mains qui caressent un visage qui n’est pas celui qu’on espérait. Œuvres principales : 1717, autobiographies fictionnelles et photographiques ; Granges et Grottes ; Impressions Continuer la lecture#rectoverso #14 | protocoles obsessionnels et rêveries soporifiques

#rectoverso #13 | mes morts sont assis sur ces sièges

Recto Mes mot, mes morts, mémoire, les mêmes mots, morts les mots, mes moires, moirer mes mots, re-mes-morts, sont assez, mes mots assez morts, mes morts assez morts, mémoire morte assez, morte assise, mes assises mes morts, ma mère revenait d’Assise quand mon père est mort, ma mère assise mon père mort, sur ces, surcés, sursaut assis sur ces, source, Continuer la lecture#rectoverso #13 | mes morts sont assis sur ces sièges

#rectoverso #12 | le pape et le perroquet

Recto Le pape a un peu d’embonpoint. Une lourde croix dorée pend à son cou. Il lève trois doigts, hésite entre sourire et bénir. Le perroquet n’a pas d’ailes. Il se tient en l’air sur une patte et regarde vers la gauche, vers le pape. Nicole a découpé le pape dans un journal et a cousu le perroquet. Elle est Continuer la lecture#rectoverso #12 | le pape et le perroquet