le livre comme fiction #02 | Schalansky, Flusser, Bergounioux, trois atlas

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#02 | Schalansky, Flusser, Bergounioux, trois atlas

Le rôle si longtemps tenu par l’atlas, bien avant l’arrivée de l’imprimerie, c’est de figurer l’imaginaire du monde : nous mettre en relation avec le monde comme imaginaire.

Le rôle particulier de l’atlas, c’est de compléter la description du monde par le récit (dès Hérodote, ou Ibn Battuta) par une représentation cartographiée, où les signes ne sont pas ceux du texte.

S’interroger aujourd’hui sur ce qui semble participer d’une expérience si commune ? Oui, si comme Flusser se demande si on a encore besoin de l’écriture ({Does writing have a future}, un essentiel), nos outils numériques de représentation, itinéraires ou vues satellites, et leur accès immédiat via nos appareils quotidiens, vient bouleverser un usage ancré depuis des siècles, en parallèle de l’histoire des cartes et mappemondes.

Dès l’idée de ce cycle, l’envie de retraverser la magnifique préface de Judith Schalansky à son {Atlas des îles abandonnées} (Arthaud, 2010), où précisément elle revient sur son goût d’enfance pour les atlas, la signification qu’ils pouvaient prendre lorsque, comme elle, on vivait dans l’Allemagne «de l’est», et comment on pouvait y rêver à des villes dans lesquelles on n’irait jamais.

Cette préface (1er doc joint à télécharger), centré sur qu’est-ce que représentait pour elle, dans l’enfance, le mot {atlas}, et associé à un livre aussi réussi et puissant que son {Atlas des îles abandonnées} : donc, pour honorer ce souvenir de l’atlas et des rêves cartographiques qu’il instituait, bâtir son propre atlas… aurait suffit à la proposition.

Mais forcément relire, dans {Choses et non-choses} de Vilèm Flusser, les six pages de son chapitre éponyme : {Mon atlas}, et j’insiste sur le pronom personnel. Flusser, dans le décalage de son souvenir d’enfant avec un présent bousculé par les bouleversements politiques, tente de figurer en quoi l’imaginaire du monde, depuis le même atlas, pouvait radicalement différer de celui de son grand-père. Et pour cela, revenir au feuillage et aux gestuelles associées à l’atlas: les changements d’échelle, les index, les couleurs et chemins dessinés par les lignes qui parcourent les cartes, et ce qu’elles peuvent désigner de frontières supprimées ou refaites, de pays même disparus — doc 2 à télécharger.

Et j’avais un troisième souvenir, indissociablement lié à l’atlas (peut-être en avez-vous d’autres, pourquoi pas une bibliographie à constituer ensemble), le troisième livre de Pierre Bergounioux, après {Catherine} puis {Le pas et le suivant}, paru en 1986 et qui s’intitulait {La bête faramineuse}.

La singularité de ce passage, dans le livre de Pierre Bergounioux, c’est le face-à-face des deux enfants, investissant clandestinement le bureau-bibliothèque du grand-père. Le narrateur, donc Bergounioux lui-même, se plongeant dans un récit : {Explorations dans l’Afrique australe}, avec Livingstone et Brazza, tandis que son cousin du même âge, lui, se réfugie dans le grand atlas, que son visage y disparaît, et qu’il n’a affaire qu’aux cartes: lorsque paraît le grand-père, dans son éloignement déjà définitif, qu’est-ce qui distingue, pour les deux enfants, l’appropriation du monde ? — doc 3 à télécharger.

Donc une sorte de triangle: trois modes différents d’entrer dans l’usage et le souvenir de l’atlas, son propre atlas, l’enfance reconstruite depuis les souvenirs de l’atlas, trois textes entre essai (Flusser), narration non fiction (Schalansky), fictionnalisation d’une scène-mémoire depuis détail précis (Bergounioux).

On est totalement dans l’exploration : et vous, entre ces trois champs de force, où vous situez-vous ? Quel récit construire de votre propre souvenir de l’atlas, de ce qu’en est (ou pas) votre usage aujourd’hui, de comment cet imaginaire du monde prépare à la confrontation au monde réel?

On essaye ? En tout cas, une étape nécessaire.

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