A propos de Christine Eschenbrenner

Génération 51.Une histoire de domaine perdu, de forteresse encerclée, de terrain sillonné ici comme ailleurs. Beaucoup d'enfants et d'adolescents, des cahiers, des livres, quelques responsabilités. Une guitare, une harpe celtique, le chant. Un grand amour, la vie, la mort et la mer aussi.

Hypothèses au carré

1. Quelqu’un cherche. Quelqu’un cherche après. Après Titine. Pas seulement.  Après.  Une sorte d’avis placardé sur troncs et palissades, comme hier en forêt la  photo sous plastique – au moins vingt exemplaires photo d’un lévrier perdu, enfui, disparu sous  couvert des bois. Quelqu’un mais qui. Qui cherche quelqu’un d’autre. Qui revient au même. Une recherche dérisoire, à cause du diminutif Continuer la lectureHypothèses au carré

Maison du premier domaine


Sans doute une fenêtre à l’étage donnant sur les ombres du domaine avec, juste devant, le vieux terrain de jeux désaffecté qui sert d’enclos au chien-loup, gardien de la lune montante. De là se devine la maison entre les branches qui bougent à peine. Cernée par un labyrinthe de buis pour créer les fugues, à l’approche du médecin. Les buis forment des dessous froids pour les rituels d’enfouissement. Aspérités des pierres meulières: les fils brillants indispensables y sont accrochés.. Tourelle sur un côté, vieil escalier tournant pour embarquer les bruits du dedans quand les marches craquent sous le poids d’une présence qui gravit en boitant les marches jusqu’aux chambres des enfants sans jamais ouvrir la porte. En bas, une cheminée ne laisse à l’intérieur aucune trace de flambée. L’éclat des flammes est prisonnier du cuivre bien astiqué qui dessine les contours des réceptions familiales. Sur le mur de la salle à manger, des trophées : têtes de brochets desséchées, gueules ouvertes laissant entrevoir les secrets du lac.  Dans le sillage de la maison,  une autre maison, celle qu’on n’a pas le droit d’aborder car la grave maladie est venue de là. En face, un marronnier immense au bord de la prairie. Sert à inventer  des troupeaux de marrons bais ou mouchetés qu’on cache entre les racines  avant de rentrer à la maison. Un perron revient à l’appel du mot rentrer : une grand-mère inquiète y est debout, lançant à la volée le prénom de l’enfant qui s’est enfuie malgré fièvre et interdiction. Volée de marches. Hors de la maison.

racines vie modifications

Suis née dans la chambre d’une ferme. N’ai pas bien su ce qui m’arrivait,  l’aîné devait être un garçon et ce n’était que moi : ai engendré dans un premier temps la déception des parents. Ai poussé sans être fripée ni froissée, ce qui les a réconciliés avec ma venue au monde. N’ai pas entendu le médecin généraliste dire qu’il Continuer la lectureracines vie modifications

Ouverte ou fermée

Ouverte ou fermée, elle donne sur la nuit qui mange la demi-lune encore attachée au souvenir. Mince paroi qui n’en n’est pas une, découpant à l’intérieur des morceaux de transparence tenus par les montants du corps traversé.  Navette  entre dedans et dehors quand l’un devient l’autre dès que le vent tambourinaire donne le signal. Elle est le cadre du vertige, Continuer la lectureOuverte ou fermée

Maison d’à côté

La maison d’à côté           reste                                                                                                                                        la maison de Tine           tu cherches après           elle               tu cherches             après Titine                  au visage radieux         qui balayait  soleil devant                sa porte                  en oubliant                        l’heure                      qu’elle  redemandait encore une fois                           avant de rentrer                         préparer le repas                  surtout le far                 cuisant à même  la plaque du four                                          et les sœurs                    mangeaient les coins                     le meilleur pour la Continuer la lectureMaison d’à côté

CROCHET TOIT



Il retient une ardoise au bord du toit, près de la gouttière. Un parmi d’autres, celui qu’on ne verrait pas sans un point de rouille à l’attache. Pointillé vertical qui dépasse en bas,  au milieu de l’ardoise, parmi d’autres pointillés bien rangés sur la longueur. Partie émergée de l’idée, de l’invention ingénieuse et nécessaire : en forme de petit saxophone dont le son serait la force de porter un petit morceau de temps rectangulaire.  Contributeur dans la couverture, signe de ponctuation incognito, entre ciel et terre, au-dessus des corps réfugiés à l’intérieur, ou des passants au-dehors, petit lien métallique entre volige et extérieur, squelette et ailleurs. Une pointe de solidité dans le grand désordre. Le  martellement dont il a fait l’objet quand le couvreur musicien du toit l’a fixé à l’endroit voulu, a laissé des traces invisibles : écho d’un galop régulier dans la lumière déclinante, ou petits pas des gouttes de pluie sur le toit. Répercussions.  S’il pouvait parler, il dirait la résistance au milieu de la tempête, la patience équitablement répartie entre tous les crochets, minuscule peuple des hauteurs scellant un pacte de protection. Il ne parlerait pas de ce qu’il voit, là où il est : rue qui descend vers les ombrages et lointain, habitant la douceur du gris-bleu dans le nid montagneux des ardoisières.  C’est de là que  vient la plaque grisée qu’il porte au-dessus de la mêlée, celle qu’il  maintient en pleine immobilité, poignée serrant fort le rectangle d’un carton à dessin qui est lui-même dessin parmi les dessins bien accrochés  formant en silence le toit.  

La poêle-et-boîte d’aquarelle

1 . Quelque chose qui s’échappe. Objet peine à être nommé. Peine. Tourner autour du pot.   Vient à l’esprit : la poêle, vieille. Celle qui a connu tous les mélanges. Rétamée. Cabossée. A force d’avoir servi. Bords un peu hauts. Faire revenir ce qui est à l’intérieur, un peu d’eau, couvrir. A l’étouffée. Ce qui se passe dedans : Les couleurs ont Continuer la lectureLa poêle-et-boîte d’aquarelle

CINQ FOIS TOI

Terrain de jeux territoire vu du quatrième la chance quoi  liséré orange flotte à la surface et  béton  face tir au but dans les quartiers  tranches de vie un damier au-dessus du parking entouré de peupliers bienveillants qui tremblent de toutes leurs feuilles  vues d’avion sous haute protection le ciel but  sur le dessus du parking  brut deux tables de Continuer la lectureCINQ FOIS TOI

CARTON DEVANT

  CARTON DEVANT D’abord DEVANT c’est plat quantité CARTON protégée par papier bulle et ce qui a lieu DEVANT, rien à voir avec avant, dire ce  qui a lieu mais comment face CARTON face réalité à transférer DEVANT essayer c’est comme ramasser se ramasser comme avant finalement  face emballages DEVANT  gros paquet de rectangles épais, enveloppe déchirée , constituer le contenant : Continuer la lectureCARTON DEVANT

Pommes de terre et sphinx

Sur le champ quand pas encore la rentrée , les feuillages grillés des pommes de terre dépassent des monticules buttés c’est le moment où le tracteur va  te retourner tout ça pour qu’apparaissent les tubercules, des petits corps de chair ovoïde tout clairs sur le sombre des mottes éclatées il faut que ce soit maintenant avant la pluie qui crée Continuer la lecturePommes de terre et sphinx