Carnet individuel | Huguette Albernhe

Rurik Dimitrienko

#40 | pistes à suggérer

Songes-y bien en te lançant dans l’aventure sorcière de l’écriture, par exemple

Demande-toi : à quoi je m’appelle, à quoi je m’autorise, d’où je pars

Expérimente et trouve les moyens d’accomplir ton désir d’écrire

Échauffe ta sensibilité, ton imaginaire en pratiquant des exercices d’observation

Ne recherche pas le linéaire à tout prix

Découvre en écrivant

Pratique la modestie pour mieux franchir les obstacles

Adopte la conduite pas à pas de l’écrire, organise ta vie en fonction de cette tâche

Évite la velléité, crée une atmosphère de travail et de patience

Écris tous les jours au moins quelques lignes

Choisis la concision plutôt que le délayage

Lis à haute voix tous tes textes pour en mesurer la musicalité, le rythme

Affronte les obstacles les difficultés, les décisions, les découragements

Interroge-toi sur ce que tu seras capable d’assumer du jugement d’un lecteur

Ne recherche pas l’acquiescement à tout prix, assume ta singularité, ta solitude

Et lis écris lis écris dans une quête sans fin

Marche nage ou bois un verre si cela peut t’aider

Trouve tes stimuli lance toi sans retenue dans cette aventure singulière.

#39 | secret

J’avais envoyé mon texte via anonymus. Il ne figure pas dans la compile, j’estime qu’il a choisi de garder le secret partout

#38 | stratégies du rêve

Yves Tanguy

du désert à la forêt, en mer et en montagne, sans passé présent ni futur rencontrer un scarabée un ours des oiseaux des fourmis des coccinelles et une salamandre blanche. Embrasser les arbres et voir les bras s’allonger. Danser en jupe bleue de gitane jusqu’en perdre le souffle. Voir des yeux, des regards, des miroirs jaillissant comme des diables en boîte. Se métamorphoser, se recouvrir de plumes et s’envoler. Rencontrer des fleurs, de l’eau du feu de la terre de l’air et un homme habillé d’une grande robe blanche. Écouter ses paroles hermétiques. En retirer beaucoup d’énergie et ressentir des vibrations à l’intérieur du corps. Souvent au réveil être ailleurs longtemps ne séparant plus le visible et l’invisible. Ouvrir des portes vers l’inconnu. En prêtant attention aux rêves, en en recueillant les images le matin éclaircir dans la tête les zones d’ombre difficiles, les voir s’amenuiser au cours du temps, se connaître plus détachée plus libre . Une vivante ordinaire et en même temps une sorte de vivante cosmique

#37 | par cœur

Ces mots se sont fixés pour toujours comme des tatouages visuels et sonores

Te souvient-il dans la Montagne Noire, il y a longtemps tu écoutais ces mots — Nous avons encore perdu ce crépuscule. Et nul ne nous a vus ce soir les mains unis pendant que la nuit bleue descendait sur le monde. Et encore — Le jour au fond du jour sauvera-t-il le peu de mots que nous fûmes ensemble ? Pour moi, j’ai tant aimé ces jours confiants, je veille sur quelques mots éteints dans l’âtre de nos cœurs. Plus tard — Le ciel n’est plus aussi jaune, le soleil aussi bleu. L’étoile furtive de la pluie s’annonce. Frère, silex fidèle, ton joug s’est fendu. L’entente a jailli de tes épaules. Se réconforter dans les vagabondages multiples et se dire qu’au plus fort de l’orage, il y a toujours un oiseau pour nous rassurer. C’est l’oiseau inconnu. Il chante avant de s’envoler. Les années passent — Tant d’années, et vraiment si maigre savoir, cœur si défaillant ? Par la plus frustre obole dont payer le passeur, s’il approche ? J’ai fait provision d’herbe et d’eau rapide, je me suis gardé léger pour que la barque enfonce moins. Répondre au reproche — Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ? ChoisirN’étais-je pas le rêve aux prunelles absentes qui prend et ne prend pas, et ne veut retenir de ta couleur d’été qu’un bleu d’une autre pierre pour un été plus grand, où rien ne peut finir ? Et même si trop souvent — une heure est une Mer entre certains et moi, être avec eux serait Havre car — il fait beau, la maison a duré comme l’étoile continue à monter dans le ciel clair.

Compagnons de toujours : Neruda, Baudelaire, Jaccotet, Bonnefoy, Dickinson et bien d’autres dans mes multiples vagabondages.  

#36 | routines qui incluent langage

Dès le réveil si fragments de rêves en suspens collecte d’images et transcription dans un carnet dédié. Temps de rêverie et de lecture de quelques pages du livre en cours avant le lever. Toujours un crayon sous la main pour souligner, ou simplement apposer une X en haut d’une page pour la signaler. Retour au social par la consultation du facebook Tiers Livre, Mediapart, Nice matin et l’écoute rapide de France Inter ou France Culture dans la salle de bains. Retrouvailles avec la table de travail inondée de livres carnets, dossiers. Les repousser, réorganiser les piles pour créer un nouvel espace. Chaque jour réponses aux courriers parfois suivies de recherches documentaires. Réalisation de cartes mentales pour meilleur repérage. Le matin plutôt errance, dépôt de quelques mots, phrases ou plus. Toujours sous la main devant le clavier un grand carnet de travail 5×5 Oxford orange que je place en position à l’italienne, grandes feuilles à petits carreaux que je plie en deux ou trois, sur chaque volet je distribue des références des mots des bribes de phrases et quantité de dessins abstraits à l’encre bleu et noire, les figures sont parfois étranges. Mes mains ont besoin d’alterner en permanence leur activité tantôt usage du clavier, tantôt le carnet pour retrouver de l’énergie. Je n’oublie pas la jubilation ressentie à écrire une citation qui propulse vers autre chose ou qui vient confirmer une intuition. Le soir, tard c’est le moment d’écriture plus élaborée je laisse venir, j’ai digéré les recherches et les repas de la journée, et ne subis plus les interruptions téléphoniques ou l’intrusion de proches. Alors, mesurer l’importance du double regard de la double présence au monde, pleinement concernée et en même temps pleinement détachée avec le sentiment global d’être vraiment moi-même comme si écrire me donnait la faculté d’une sorte de bilocation dans laquelle je m’épanouissais. Pour le moment pas vraiment envie ou prête à raconter toute une histoire ou alors brève, j’aime bien les fragments. Peuvent donner le tournis, peuvent irriter, mais j’aime ces parcelles captées sans avant et sans après, parfois des fulgurances des lambeaux de vie susceptibles de s’assembler de façon multiple d’en gagner de nouveaux sens et d’affirmer ainsi leur liberté. Souvent au cours d’une journée après une marche, plaisir à prendre au hasard un livre une page et lire le texte à voix haute, souvent de la poésie. Ces principales routines incluant le langage favorisent une conscience accrue du réel, les hiérarchies disparaissent, tout devient événement, situation, objet, sensation, odeur à évoquer. Le jour lecture de livres papier le soir toutes lumières éteintes je m’empare de la liseuse qui regorge de livres, bibliothèque ambulante toute légère, magie de la nuit, de la page lumineuse, du recueillement qui surgit et de la paix intérieure qui s’installe.

#35 | la panne, l’embrouille

Elle voulait évoquer pour ses enfants la randonnée dans les Pyrénées, le bon vin qu’ils avaient emporté, la peur face à l’agressivité de chasseurs alcoolisés dans le refuge, la tendresse du geste de retenue lorsqu’elle avait fait une chute, la légèreté du corps de l’esprit dans le sentiment océanique partagé avec lui face aux sommets nimbés d’une brume bleutée, mais en prolongeant en détaillant son récit elle espérait retrouver le nom de ce sommet de ce lac et elle n’y parvenait pas elle en a ri d’abord puis souri puis la mélancolie l’a étreinte comme si le lieu remémoré lui échappait ne pouvant leur en indiquer le chemin par son incapacité à le nommer.

#34 | ce serait une histoire pour

Giovanni Battista Piranèse (1720–1778)

Ce serait une histoire pour Julio Cortazar. Images de la nuit bouleversant le jour. Elle le retrouve puis il disparaît dans un couloir qu’elle emprunte un peu plus tard. Ensuite elle accède à trois pièces. Dans la première un homme agonise dans la seconde un homme vient de mourir dans la troisième des morceaux de corps jonchent le sol. Elle poursuit son chemin, rencontre une salamandre blanche puis un corbeau. Ils poursuivent ensemble leur chemin pour le retrouver. Les pieds dans des feuillages elle découvre devant elle la région de Palenque et son temple maya.

 ­­– oui je suis là — tu ne viens pas, c’est l’heure du déjeuner 

#33 | faire le vide

Encombrement de l’ego encombrement du dialogue intérieur encombrement de l’écoute affective encombrement de l’immersion dans la société encombrement du temps qui passe encombrement des souvenirs, des ombres | respirations longues sortir du bruit du monde faire silence intérieur voir surgir enfin la zone brumeuse où tout se dissout où le vide s’installe où s’ouvre le mystère et la disposition d’écouter les chants abstraits de la nature

#32 | les morts sont parmi nous

Il n’a pu rester avec eux qu’enfoui sous le figuier au-dessus du mur en pierres sèches, il est là ils l’oublient parfois c’est le vent qui les rappelle à lui, lui qui aimait l’affronter au sommet des montagnes, les insectes hérissons mulots oiseaux sont devenus ses compagnons de nature, il écoute les voix de la terrasse ils entendent son murmure il se mêle à leurs vies au point qu’ils en ressentent parfois un souffle chaud dans leur cou ils soupirent alors et sourient

#31 | l’état du monde

Hans Arp, la Fin d’une phrase

Quand on sent la rage monter quand on voudrait agir quand on aspire à rester debout envers et contre tout quand on recherche la solidarité quand on ne consent pas à laisser quiconque sur le carreau froid quand on veut accueillir ceux qui risquent leur vie quand on voit les ombres brunes tatouer les esprits quand on décide d’agir malgré sa petitesse, alors on devrait au moins crier ensemble réunir les sons dans un harmonieux chaos le relayer en écho sans fin

#30 | fait divers

Une collégienne de 12 ans aurait échappé à un enlèvement en sortant du collège de Sospel. La scène se serait passée à l’extérieur du village, sur la route du Moulinet près du tunnel. La mère a donné l’alerte sur les réseaux sociaux puis déposé plainte à la gendarmerie. Ce serait un homme d’une soixantaine d’années conduisant un break gris immatriculé en Italie avec un grand coffre. Il lui aurait demandé de monter dans la voiture, sur son refus il aurait fortement insisté. Elle se serait mise à courir et à sortir son téléphone. Il serait alors reparti. Enquête en cours.

#29 | aurais pas dû

Au sortir de la bulle hors-sol pas dû bougonner dès 8 h face aux contraintes à venir les vivre trois fois avant pendant après pas malin pas dû pester si faille de Chronopost obligation crapahuter jusqu’au poste central loin pas dû râler d’enchaîner avec un repérage d’adresse de médecin pour le rendez-vous prochain du passager en voiture angoissé pas dû ronchonner contre les travaux bruyants dans la rue Berlioz en perte de musicalité pas dû égrener des mots durs à l’entour et dans l’habitacle pas dû se plaindre même quand tout est fini plutôt pratiquer la séance de sac de Michaux

#28 | ressassé sans fin

brimbalement énigmatique de différenciations de sexe d’âge de statut de milieu de pays servitude choisie subie manifestation de dénégation de ressassement stérilité des écrits des paroles conventionnels tentative de construction d’une colonne vertébrale de rigueur d’attention au monde surgissement sans rage intérieure d’un sentiment de résistance de liberté sans normes en quelques mots déposés avec lenteur obstination mais qu’est-ce donc face à la tragique cruauté du monde la dire sans pouvoir l’anéantir l’impasse du doute chaque jour sans fin

#27 | mon double D.

matin pyjama froissé ride du lion creusée D. va voir la mer vient s’asseoir à sa table hésite écrit quelques mots écoute les mouettes son dos se redresse il secoue la tête et prend son visage dans les mains là il se coupe du monde et commence ses explorations intérieures. Il sort. Assis à la terrasse d’un café inondé de la tendresse du soleil et de l’air, je devine l’audace qu’il aimerait avoir se lever aller dire à l’homme en face combien il est capté par son regard perdu vers la mer, s’asseoir à côté de lui sans parler en restant là longtemps si proches.

#26 | choses floues choses nettes

Le vague des images du rêve au réveil les premiers pas dans la brume intérieure le dévoilement des objets l’indistinction des bruits de la rue fendue par le claquement d’une portière de voiture le flou du visage matinal la clarté du robinet qui coule l’indiscernable odeur de cuisine montant du premier étage la netteté du grognement de l’homme à sa fenêtre l’immobilité du regard fixée sur l’agitation des feuilles du philodendron monstera complice de la vigueur du courant d’air le vaporeux de la rêverie qui surgit la précision du voyage dans les forêts d’Amérique du Sud.

#25 | fragment du corps

Jérôme Bosch-Jardin des Délices

Voyage singulier au travers de deux grotesques organes externes comme rattachés au dernier moment à la tête, les oreilles, grandes petites flasques fermes bien ourlées décollées ou bien ajustées mais deux organes si riches intérieurement par leurs profondeurs, leur trou noir où circulent les sons pour atteindre et faire vibrer le tympan, bousculer osselets marteau enclume et étrier, vibrations voyageant ensuite dans un liquide fluide tout ça pour pouvoir entendre et rester en équilibre mais impossible de les détacher de leur apparition étrange leur martyre peut-être dans le Jardin des Délices de Jérôme Bosch.

#24 | attente

Écran blanc blanc pas tout à fait un bandeau, quelques caractères en attente de multiplications  en attente de combinaisons pour trouver du sens du sens à définir clairement sinon attente de compréhension de compréhension est-ce bien indispensable indispensable oui sinon attente de plus en plus difficile difficile et même pour certains douloureuse douloureuse le mot est fort fort parce que l’attente en fait c’est banal banal de se retrouver seul face à un écran qui se contente de fatiguer les yeux yeux irrités à force d’attente d’attente en plus dont on ne sait pas vraiment quoi quoi une combinaison de lettres de sons d’images d’images comme au cinéma cinéma plutôt d’un enlisement d’un enlisement dans une attente vaine dans une attente vaine rien n’émerge de l’écran de l’écran vide désespéré en attente de se remplir.

#23 | dénombrement illusoire

malgré la qualité de l’air IQA43 aujourd’hui, tu renifles côté rue les effluves d’essence de dizaines de voitures, tu humes les exhalaisons iodées côté mer tu choisis en provenance du parc de 10 000 m 2 les deux essences subtiles d’oliviers et de palmiers tu n’inspires pas l’odeur de fumée noire crachée par l’unique bateau de la Corse tu descends en ascenseur les 5 étages et récupères ton courrier — 2 lettres 3 pubs, en remontant tu portes peu à tes narines le parfum capiteux de la voisine du 3e espères plutôt le parfum chypré du voisin du 5e tu bouches ton nez aux relents des 2 détergents coutumiers sur le palier regagnes ton appartement animes tes 10 000 papilles gustatives aux arômes du poulet aux raisins et amandes retournes sur ta terrasse comptant les passants —12, les coureurs haletants ­— 6, mais ne t’illusionant pas, ta lucarne est oublieuse et n’atteint pas l’infini de l’aleph de Borges.

#22 | livre perdu

Les Villes invisibles de Calvino. Définir de la terrasse donnant sur le parc public le banc pour le déposer ce matin en humant la fraîche humidité des arbres. S’asseoir au point stratégique ressentir une nervosité l’abandonner. Gagner le poste d’observation. Un vieil homme s’est approché l’a regardé est reparti | une jeune femme a lu quelques pages puis a pris son téléphone | un jeune homme a fait quelques pompes devant lui sans même s’apercevoir de sa présence | un couple l’a pris en mains discuté consultant certaines pages sans l’adopter. Il est toujours là gardant la chaleur des rares mains rencontrées. S’il résiste à la nuit prochaine il engagera l’observateur de la terrasse pris à son propre jeu. S’interrogeant sur sa vulnérabilité pour le cas où personne ne l’emporterait s’interrogeant sur ce qu’il adviendra alors de lui les jours de pluie de grand vent. Aspiré vers la mer ou broyé à la déchetterie.

#21 | faire bouger les choses

Poinsettia

Voir prospérer un ficus benjamina toute l’année dans l’entrée de l’immeuble derrière la porte vitrée sur un sol aménagé en petit jardin intérieur et voir surgir chaque année tout contre lui trois semaines avant Noël un poinsettia rouge flamboyant déposé par la bonne âme responsable de la colonne, ne disant jamais bonjour. Descendre hier soir très tard déplacer la plante et l’exposer en position incongrue au-dessus des boîtes aux lettres. Découvrir ce matin l’affichage d’une lettre outragée écrite à l’encre rouge et le pot remis à sa juste place

#20 | la scène est muette

Le visiteur du musée règle son billet d’entrée visage fermé, parcourt les salles de l’expo regarde avec attention les premières œuvres puis il presse le pas attend la fin du parcours le moment où tout excité il pénètre dans la boutique du musée là où il va dépenser sans compter là où il choisira le catalogue de l’expo les magnets les reproductions les affiches tout ce qu’il pourra ensuite étaler pour signifier je suis un homme de goût qui peut tout s’offrir. Il demande conseil sur des ouvrages complémentaires moins grand public pour se distinguer encore. En s’approchant de la caisse, il ressent un plaisir indicible à déposer tous ses achats à présenter sa carte gold à la jeune femme aux yeux grands ouverts de stupéfaction.

#19 | transactions

livreur DPD vous descendez non mettez le colis dans l’ascenseur 4e merci et bonne journée la voisine amie départ pour Strasbourg il me reste du fromage le veux-tu oui bien sûr pas de gaspillage à la prochaine tu reviens bientôt tu goûteras les miens bon voyage sonnerie téléphone les Médecins du Monde vous avez donné l’année dernière on vous en remercie et cette année on peut compter sur vous oui bien sûr et prenez soin de vous vous aussi ah il doit passer ce matin c’est lui il vient me rendre un bouquin et prendre un café rituel du lundi matin

#18 | recopier, c’est facile

« Là-bas comme un point fixe, on attend. Peut-être la nuit. Quelque chose de défini, de définitif sans doute. Là-bas s’allume un projecteur ou le phare au loin — l’ombre devant. T’entendre dire tout bas les longues phrases crissantes comme du sable plein la bouche, sous les dents, des meules — pierres rondes très adoucies par l’usure grise. Fausse odeur de l’usure, couleur des choses fanées, surtout des tons clairs de chair affaissée, repliée, aux ombres souterraines mais très nettes, à la verticale, chair attirée en cascade vers la terre. »

Minuit hésiter puis se fixer comme si le livre s’imposait. Ce sera lui écrit par elle. Je me souviens l’avoir trouvé d’occasion et avoir été emportée par sa puissance. C’est la première édition de 1972 dans la collection Change chez Seghers/Laffont couverture jaunie particulièrement marquée sur tout le pourtour comme si le papier avait été léché par une flamme une douceur au toucher les caractères en noir ou rouge la ravivent la tranche comporte de nombreuses taches brunâtres l’intérieur est comme neuf. Feuilletage de 192 pages toujours retour sur la page 85 décider de rejoindre « Là-bas comme un point fixe »

Natalino Andolfatto, Pensiero nocturne

   

   #17 | embellissements

Joue à devenir un aventurier dans ce quartier du bord de mer en rêve de métamorphose. Fais-tiens les nouveaux usages de toutes les générations et milieux présents ­­— donner recevoir rendre. Tu pourras | vivre des aventures loufoques impertinentes poétiques | jouir du parc public 24 h sur 24 en déambulant discutant à bâtons rompus adoptant le silence allongé sur l’herbe ou sur la toile multicolore des transats ou perché dans une cabane dans les arbres, choisissant l’écoute de musique de textes te restaurant à bas prix et haute qualité | constater l’absence de véhicules hors vélos | regarder les œuvres d’art installées dans le parc et sur le boulevard | apprécier l’interdiction des gros bateaux de tourisme et t’initier à la voile | proposer entraides, petits travaux | exprimer tes soucis calmer vite ta mauvaise humeur |  glaner dans boîtes à idées boîtes à livres disques | fréquenter le bar à tapas à volonté | te déplacer dans le reste de la ville par petits taxis gratuits | participer à une gouvernance en collège renouvelée tous les six mois | enfin dormir en paix

#16 | se couvrir par tous les temps

http://www.ceegee.fr/blog/index.php?post/Guerra-de-la-Paz-art-sculpture-textile

Cinq vestes, noire bleue blanche bleu-marine-imprimée de petites fleurs multicolores comme après un coup de vent noire-imprimée pastilles blanches aux formes irrégulières comme après une chute de neige robe longue bariolée façon hippy une nostalgie jupes aux genoux dessus dessous imperméable bleu outremer brillant pour rivaliser avec les gouttes de pluie manteau érotique fond blanc multiples lettres personnages en triangle s’embrassant avidement motif répété découvert seulement au retour à la maison avec port des lunettes, Desigual transgressif à ses heures, doudoune longue pantalons longs larges étroits de toutes les couleurs en tissu fluide ou en jeans trois chemises blanche bleue rayée rose et blanc pas de vêtements hypermoulants pour bien respirer dans mon emballage corporel lingerie majoritairement noire plus sexy et amincissante chaussures un bazar qui rend le jeu du marchand de chaussures aisé pour les jeunes visiteurs

#15 | cut up

le portail ne s’ouvre pas oui c’est le plombier recommencez avec le digik toujours pas non je descends quelle affaire un café pas tout de suite tu n’as pas l’air bien ce matin tu tousses prends ton thé le chat va s’échapper c’est quoi le truc pour dormir choisis des plantes oui je suis là un morceau de tuyau est à changer on repart on revient plus tard pas de problème pour tout ce qui est sur le palier ils veulent toujours pas négocier pourtant de plus en plus on le réclame drôle de guerre dur de s’y retrouver où ai-je mis mon carnet bleu t’as vu l’heure on va préparer le repas non reste tranquille je m’en occupe ouf un peu de calme ah j’en peux plus on recoupe l’eau demain après-midi des travaux partout dans la rue des camions qui empêchent l’entrée ou la sortie des garages c’est prêt on peut déjeuner ils vont bientôt revenir fais plus de café pour eux ah les voilà voyez le tuyau à remplacer en effet on a risqué le pire vous prenez votre café maintenant pourquoi pas bon on continue merde alors il y a une coupure d’eau c’est sûrement à cause des travaux dans la rue un incident que faire on reviendra demain matin

#14 | rien qu’une seconde

Tendre soleil sur la terrasse deux tourterelles fidèles au lieu serrées l’une contre l’autre rapprochant leurs becs si délicatement si lentement pour glisser ensuite l’un sur l’autre, éclosion d’un baiser d’oiseau, les plumes du corps s’animent de l’émotion et du léger souffle de vent arrivant de la mer

#013 | arrêter le monde

Debout tout en bas devant le coffre ouvert de la voiture blanche la perplexité d’un homme aux cheveux blancs dos voûté chaussures blanches pantalon noir veste noire écharpe rouge bras le long du corps tête penchée regard ciblant le carton rouge tapissé de blanc vide hayon relevé mordant le front fatigué

#012 | les dessous

Henri Michaux

Longtemps travail d’écriture suivant un parcours ressemblant à un anneau de Moebius. Ni endroit ni envers qu’un seul bord qu’un seul côté. Autant dire tourner en rond torsionné avec l’illusion d’avancer. Ce n’était pas ça écrire. Changer de méthode. Se projeter en funambule rigoureux préparant le fil, vérifiant le taux d’humidité la qualité du sol, observant sans cesse. Alors se moduler en écriture funambule, en construisant des « dessous » en pratiquant des gammes sans bruit en posant une à une les fondations de mots, d’images de rêves, de références, de sons, d’ébauche d’architecture de prémisses d’un univers. Jubilation de voir surgir parfois des fissures du sol des phrases tressées rythmées sonores et une lueur qui inonde le tout

#011 | c’est dimanche

D’abord dessiner des frises décoratives sur le Cahier d’Écriture bleu d’une main gauche alors peu appréciée en milieu scolaire. Lettres tracées en plume sergent major héritage insoupçonné du scribe mésopotamien. Appétit de lecture frénésie de déchiffrage de tout ce qui était écrit sur les boîtes de conserve les papiers qui traînaient dans la maison les affiches dans les rues, jeu de lecture à haute voix ouvrant sur un monde sans limites. Assaut de la Bibliothèque Verte convoitise devant la Rouge et Or puis ascension de la montagne des livres choisis compagnons de toute une vie et aiguillons de l’écriture

#010 | pendant que

kazuo Shiraga, 1964

Je publie ici l’ensemble de mes fragments

Pendant que je suis assise à mon bureau des gens souffrent à l’hôpital

Pendant que je lis mon journal les femmes et les hommes se révoltent en Iran

Pendant que le voilier s’engage en haute mer je réfléchis à la montée des eaux

Pendant que la grue en face décharge des gros sacs je ferais bien de déposer mes boulets intérieurs

Pendant que je marchais sur le chemin douanier en bord de mer sous un ciel tout bleu j’avais oublié le poids des ans

Pendant que j’écris je suis une autre ou plutôt vraiment moi-même

Pendant que je pense à lui les frontières du temps de l’espace de la mort n’existent plus

Pendant qu’il fait la cuisine il se refait un équilibre

Pendant que je vieillis et le constate tous les jours je me dis que j’ai encore la chance d’être là

Pendant que je m’imagine en stylite installé au sommet d’une colonne il ne faudrait pas que survienne un tremblement de terre

Pendant que je contemple l’Assomption de la Vierge du Titien dans l’église des Frari à Venise je rêve de sa légèreté, de l’éclat de ses couleurs et de sa sensualité

Pendant que je fais le marché j’imagine que je pourrais changer de vie et planter des grenadiers

Pendant que je suis là sur ma terrasse au milieu des succulentes je voudrais être en même temps au bord de l’étang

Pendant que la mygale bleu-saphir attend dans la chambre je sais qu’elle est seulement dans le texte que j’ai écrit

Pendant que les loirs grignotent le toit les souris dévorent le fromage oublié sur la table

Pendant que je cherche des idées, des mots, des sons je ne sais pourquoi mais mes grands- parents et mes parents sont debout là près de moi et me sourient

Pendant que tu te bats contre l’anémie galopante que tu subis je prends peur et me désespère

Pendant que tu te prépares à ton concert tu songes à tes frères disparus

Pendant que je pense à la fin de vie et à l’éventuelle disparition de l’autonomie j’affirme que je ne jouerai pas les prolongations

Pendant que mes enfants et petits-enfants témoignent d’un goût de la vie et d’un esprit libre je reprends confiance

Pendant que je rêve du Pic Saint Loup tu sais à quoi je pense

Pendant que le soir tombe tu te demandes quel sera le rêve que tu feras dans quelle contrée singulière il te conduira

Pendant que je m’apprête à entrer dans la piscine désertée je revois la scène étrange de Nostalghia de Tarkoski, la bougie qui après plusieurs reprises ne s’éteint pas

Pendant que j’ouvre sérieusement les oreilles je sais que je découvrirais d’autres sons

Pendant que j’écoute ces pseudo-intellectuels je repense avec nostalgie à Barthes, Foucault, Derrida, Deleuze

Pendant que le temps passe ce n’est pas lui qui s’en va mais moi

Pendant qu’ils déblatèrent sur les ondes les embarcations chavirent dans la mer cannibale

Pendant que tout est bleu ici la noirceur grandit

Pendant qu’on partage un joyeux repas entre amis on sait que c’est pour mettre entre parenthèses les horreurs et reprendre des forces pour résister

Pendant que je me torture l’esprit à réaliser ces variations je pense que le cerveau est un muscle et que cela ne lui fait pas de mal

Pendant que je me livre à toutes ces opérations exploratoires et projectives je sais que le cerveau peut me jouer des tours, du genre illusions, reconstructions, affabulations

Pendant que j’écris, cherche encore, arriverai-je aux 40 propositions, une tribu d’une centaine de personnes est sûrement en train de faire la même chose que moi et je me dis que toute cette énergie en branle va finir par faire un feu d’artifice

Je vais en rester là, à 32 sur cette lumineuse évocation et laisser le champ libre au sommeil qui m’appelle. Le rêve continuera peut-être l’aventure.

#09 | ne pas s’attarder

ne pas s’attarder ni sur le regard sombre ni sur le geste de l’homme indiquant le large derrière la brume ne pas s’attarder en refusant de s’arrêter et de tenter l’ouverture de la porte dérobée s’ouvrant sur un souterrain inondé ne pas s’attarder pour tenter de résoudre l’énigme des notes de musique qui magiquement s’inscrivaient une à une sur les parois humides bien qu’ému par les larmes de la femme sous le porche ne pas s’attarder pour la réconforter surpris par la présence de l’enfant masqué seul la nuit sur le pont ne pas s’attarder pour tenter de le secourir sur quoi donc alors s’attarder HA

#08 | les noms c’est du propre

Franck Pilatte Jean-Dominique Cassini Giuseppe Garibaldi François-Charles-Ernest Octobon Jeanne Marlin Ingeborg Bachmann Françoise Renaud Jim Harrison Pascale Sablonnières Mila Julia Robert Blue-eyes livreurs anonymes d’Amazon

#07 | Visages traits

le facteur aux yeux caméléonesques captant en extérieur les couleurs ciel et mer selon leur état d’âme du bleu azur au bleu marine et saisissant aussitôt en intérieur une profondeur gris argent | le vieux médecin au visage lunaire percé de larges oreilles berceaux hospitaliers de plaintes sûr qu’elles ont grandi au fil du temps | le livreur d’Amazon et sa chorégraphie une remise en main propre du colis sourire mots échangés suivie d’une leste giration sur lui-même sans mots comme s’il renfilait son habit de robot sans humanité

#06 | Personne d’autre que moi n’aurait remarqué que

Personne d’autre que moi n’aurait remarqué que cet homme silencieux habillé de noir indiquait l’horizon le large derrière la brume du Lido, que la porte dérobée s’ouvrait au niveau de l’eau sur un souterrain inondé, que des notes de musique s’inscrivaient sur les parois humides qu’une jeune femme pleurait sous le porche qu’un enfant masqué traversait le pont. J’errais seule dans ces lieux je rêvais.

#05/ Ciel du matin

Dans la loge des heures qui passent le ciel communique avec la mer, les nuances de son propos sont visibles dans les variations de couleurs. Ce matin, à l’aube il était lourd uniforme peu à peu il s’est drapé de nuages gris transparents s’agrandissant sans cesse, avec une lumière d’un blanc étrange sur la colline et un éclaircissement à traîne au-dessus de la mer. À l’instant entre ses plis gris noir, des filets bleu pâle s’insinuent hésitants tels des poissons volants voulant rejoindre la mer. Découpé par les arbres, les immeubles, frise hantée par la métamorphose il résiste à coups de mots inaudibles et se marie avec la mer

#04/ Phrase au réveil

Avanti. Un seul mot au réveil secouant un corps engourdi surchauffé. Clignotement de lambeaux d’images du rêve qui s’étire et se noie — rattraper celle de la pluie qui coule encore et rafraîchit le corps transpirant, celle du corps qui court dans les venelles d’une ville ancienne et veut attraper l’échelle rejoignant l’arc-en-ciel, celle d’une chute sur le sol glissant et la voix criant avanti. Ouvrir la fenêtre, dessiller le regard, entendre le bruit de la rue et la corne de brume du bâteau qui s’en va.

Henri Michaux, sans titre

#03/ Il aurait fallu.

Ils marchaient dans la forêt ils s’étaient éloignés l’un de l’autre. Plus parler plus se déplier plus extirper le sens caché — il aurait fallu — plus tirer le fil plus arpenter leurs toiles d’araignée leurs ombres — il aurait fallu — pas çà pas répéter ça le tordu le on verra — il aurait fallu — ne pas glisser sur les mots — ils en avaient le temps — ne pas rester là figés — ils ne l’ont pas fait — comprendre leurs gestes, leurs sourires leurs grimaces le frémissement des lèvres — ils n’ont pas su ­— abîmés à jamais de leur perte

#02/ Si loin, si loin.

Je me souviens le ciel vibrait de mille couleurs la forêt s’éveillait les branches des chênes retenaient nos cheveux griffaient nos mains les coulemelles embaumaient nos bras se nouaient sur nos épaules nos bouches se dévoraient­ — je n’entends plus le son de sa voix je ne revois plus l’exacte couleur de ses yeux — le voile s’épaissit, espace vidé exsangue, jusqu’à son départ définitif sans mots. Ébranlement vide silence cicatrices à vie. J’ouvre les yeux. Plaies à vif sur l’Ocean Viking.

#01/ Imprévu.

Visite imprévue d’un ami. Surprise de découvrir un curieux personnage à tête de plante verte luxuriante, son vrai visage étant caché par le feuillage abondant de la plante tropicale offerte, un draecena monstera aux grandes feuilles lobées perforées et aux tiges parcourues de racines aériennes. Après son départ, opération nettoyage des traces de terre sur les feuilles à l’aide d’un coton imbibée de bière. Quelques instants après l’avoir posée sur l’angle gauche de mon bureau son feuillage tremblait et bruissait en se penchant vers moi

A propos de Huguette Albernhe

Plusieurs années dans l'enseignement et la recherche. Passion pour l'histoire de l'écriture, la littérature . Ai rejoint l'atelier de FB en juin 2018, je reste sur la barque. Je vis actuellement à Nice mais reste très attachée à ma région d'origine, l'Étang de Thau, Sète, Montpellier et les Cévennes.

161 commentaires à propos de “Carnet individuel | Huguette Albernhe”

  1. Quel beau carnet ! Je suis frappée par l’unité qui se dégage tout en englobant de grandes variations de ton (émotion de la #2 et #3, drôlerie très picturale de la #7, ouverture possible au fantastique dans la #1 et la #6). Bravo ! et personnellement j’aimerais beaucoup lire une suite de la #6

    • Touchée Muriel de ces mots, repères pour moi.
      je suis étonnée de ce que produit l’écriture du carnet. J’ai l’impression que de réduire les textes au maximum engendre une concentration sur quelque chose qui devient essentiel.
      Curieux , j’ai pensé comme vous qu’il me faudrait tenter de poursuivre la 6.

  2. “Pendant que j’écris je suis une autre ou plutôt vraiment moi-même”… c’est là que la méditation commence… se donner les moyens de… et c’est peut être la grande folie de ce carnet de 40 jours qui nous offre cette possibilité de s’infiltrer loin
    (et qu’est ce que j’aime que tu aies cessé d’utiliser des virgules partout !! sourire bien sûr !!)
    bonsoir chère H.

    • C’est bien le sentiment grandissant que je ressens, “s’infiltrer loin ” comme tu le dis, à l’occasion de ce travail d’écriture quotidien
      oui les virgules collent moins à ma peau !
      merci de tes mots chère F.

  3. Merci Clarence de votre lecture et appréciation.
    Un aveu à vous faire, je n’ai pas encore pris le temps de vous lire et bien d’autres participants. C’est frustrant mais je patiente en observant mes limites ! je vais me rattraper

  4. Surprise aussi par ce double masculin (moi qui ait pourtant souvent des narrateurs hommes), on sent la bienveillance à son égard, une douceur, la proximité.

    Ecriture sensible, impressionniste souvent du carnet, ces flous-nets qu’on retrouve ailleurs que dans le paragraphe dédié. J’ai noté aussi l’écho surprenant dans l’attente, dont on imagine un raté dans un enregistrement.

  5. Non, je ne vis pas dans les Alpes-Maritimes. J’ai juste tapé “faits divers” dans la barre de recherche sur internet et je suis tombé sur un site assez sordide http://www.faitsdivers.org dans lequel était relaté celui dont on a parlé (et autres horreurs). Moi non plus, pas sûr d’avoir bien compris la consigne, je l’ai fait au feeling. Dans ma proposition, mon 2ème fait divers est inventé (et le troisième !). J’ai eu envie de rebondir sur cet énoncé brut. Pas sûr d’avoir bien compris…

    • si on s’entraîne à observer le réel, le monde dans plusieurs propositions, alors on ne peut faire l’impasse de la douleur de la misère. Essayer d’intervenir comme on peut et le plus nombreux possible
      bien avec toi F.

  6. #34 – on est dans un rêve, n’est-ce pas ? au fait existe-t-il des salamandres blanches ?
    on passe les portes et puis on marche dans la luxuriance jusqu’à découvrir la majesté d’un temple
    (je me souviens avoir découvert Tikal, ou plutôt deviné car il était encore dévoré par les lianes)
    un texte étrange qui réveille en nous des tas d’images…

    • oui on est dans un rêve comme souvent chez Cortazar. C’est ce que j’ai voulu signifier par “Images de la nuit bouleversant le jour.”
      oui il existe des salamandres blanches du nom plus savant de protée anguillard (Proteus anguinus), aussi appelé olm,
      elles vivent dans les grottes. Mais dans le texte elle peut vivre en dehors elle n’a aucune limite dans le cadre d’un rêve
      Chance que tu as eu d’approcher de Tikal
      merci de ta lecture chère F.

  7. #36 tout un programme…
    la fin me semble importante (peut être plus que le commencement) : “tout devient événement, situation, objet, sensation, odeur à évoquer”
    et avec ça , la magie de la nuit
    la magie survient au-delà des rituels, plus tard quand le corps repose… et aussi dans l’écriture…

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