#Carnets individuels | Simone Wambeke

# 40.

Il continuera dès demain matin, ce carnet. Les dix derniers jours me laissent essorée à trop cogiter, à me perdre et perdre la tête.

Je prendrai dans mes morts, ce qu’il y a de plus beau de plus chaud,

je prendrai loin si loin les souvenirs que j’ai d’eux qui font que je les ai choisis et aimé,

je les prendrai à l’aune de ces noms connus ou inconnus qui m’ont constituée au fil des années,

je prendrai soin aux jours de colère de ne pas m’attarder sinon sur ce que je peux faire.

Je prendrai le temps d’arrêter le monde au moins pour un instant en recopiant encore ces mots qui m’éclairent.

Je prendrai ma lampe, ma meilleure celle qui embellit le monde autour de moi.

Je prendrai ces nuages tournants et menaçants aux jours de faiblesse pour les changer en rêve celui qui me dit je suis rêve mais je suis vrai.

Je prendrai tout cela et puis je pétrirai la boue et j’en ferai de l’or.

# 39. Envoyé.

# 38. «Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant…» Souvent, oui, moins depuis quelques années, d’un long chemin qui prend des allures différentes selon ville ou campagne et que je n’aime pas car pas trouvé comment et quoi changer dans ma vie, c’est toujours la nuit pour la ville et le jour pour la mi-campagne, et j’y suis seule, toujours seule. Je ne m’impatiente pas, cherche, m’obstine, je ne râle pas, je ne dis rien. Pourquoi si régulièrement ce même parcours souvent en boucle et où je me perds toujours. Pas de sortie. C’est évident bien sûr et pourtant. Rien à voir avec ma journée, je crois. Toujours silencieuce je crois, aucune remémoration de paroles ou de musiques, et toujours noir et blanc, je crois. Pourquoi si rémanent ? Et j’arrive toujours dans une étendue terne et vide, où il n’y a rien, que de la lave. Là en écrivant bien sûr que c’est limpide, bien sûr que je le sais. Je n’ai pas eu le temps de lire Michel Butor, un peu Henri Michaux, mais j’entend encore cette phrase :« Le rêve te dit je suis rêve mais je suis vrai» ?

# 37. Quatre alexandrins…

« Le poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l’archer

Exhilé sur le sol au milieu des huées

Ses ailes de géant l’empêchent de marcher»

M’ont suivie longtemps depuis cette éducation de bachotage et de répétitions, d’où certains professeurs ont surnagé faisant de Baudelaire et depuis longtemps, un frère un ami, un même que moi. Je vais faire sûrement un écart dans les mots, mes études n’ayant pas été très longues. Relisant un Piero de la lune, à travers Raphael Imbert, son livre «Jazz suprême» et son album «Baudelaire jazz», Edouard Glissant et patrick Chamoiseau, la mémorisation, le souvenir des mots passe plus par le jazz, des hommes et femmes vivant communautairement sont devenus esclaves en Amérique, et se sont recomposé une architecture en improvisant, ils n’avaient plus la partition, des hommes et femmes de communications deviennent des hommes et femmes d’individuation. Et dans l’orchestre les individus se rejoignent, se stimulent et ça provoque des moments extraordinaires. Ainsi je comprends la transmission orale et la poésie et une mémorisation rémanente qui reste sous-jacente à ce que je vis apprends comprends depuis que j’ai quinze ans et cette recherche de l’extase des derviches tourneurs, de l’amour, de l’écriture et de la vision.

# 36. J’ai bien l’ordi dans la cuisine, si, tout le temps. Je ne cuisine pas, je déteste. La table est grande et pratique. Je lis les mails, personnels, puis les nécessaires. Je parcours les journaux en ligne, pas ceux téléguidés. Le petit déjeuner dure très longtemps. Une vidéo en appelle une autre, cet auteur, aller creuser ce qu’il dit. Prendre des notes, réfléchir. Parfois j’écris sur le carnet, dans la foulée. Parfois je mets l’ordi en veille. J’ai à faire ailleurs. Mais je me dépêche de rentrer, pour continuer. Je n’en voulais pas de l’ordinateur, en 1996. Il m’a dit tu as tort, tu devrais. Et c’est ainsi. Quelques cours dans une association, et puis hop, c’était parti. Les téléphones ? le premier, un tout petit rouge à clapet, vous vous souvenez les sms, abc, def, ghi, tapez une fois pour a, deux fois pour b, etc…alors un autre prêté, gardé longtemps. Juste pour téléphoner. Je viens de le rendre il y a peu pour un plus pratique, faire des photos, s’essayer aux podcasts. Pour lire, ce sera à la veillée.  Un truc bizarre, je ne lis plus quatre livres par semaine, sans regret du tout. Je lis autrement, hier après une courte vidéo sur Pascal Quignard, j’ai trouvé un long entretien avec lui. Des bribes, des morceaux, quelques pages, mais finalement beaucoup quand même. Jusqu’à minuit

#35. Il y a trois semaines on a passé un moment génial, en famille, il était revenu d’Islande fin aout où il avait fait seul plus de deux mille kilomètres en vélo. Il voulait nous montrer sa vidéo de cinquante minutes, on le voyait rouler il tenait sa go pro a bout de bras pédalant d’une seule main mais surtout par moment, on le voyait de haut et seul pourtant, puis on passait au dessus d’un lac, il pédalait toujours. Il a dû m’expliquer, il se sert d’un, d’un, ah! Mince comment ça s’appelle? Tu sais les enfants ils en ont eu comme jouet, il faut le charger ça monte à la verticale et ça se dirige où on veut avec leurs manettes, mais ça va revenir, dans deux heures quand tu seras partie! Je ne les aime pas ces trucs parce qu’ils s’en servent en Ukraine pour démolir tuer encore tuer, comme les snippers en ex Yougoslavie, tu te rappelles et bien maintenant ce n’est plus des snippers ce sont des drones…Ah voilà le mot que je cherchais, tu vois, il est revenu tout seul!

#34. Dans la neige et le verglas elle prend le car, un autre puis le tram un bus, un autre bus pour aller voir où en sont la grange et les travaux, retour avec écart plusieurs cars et bus, s’arrête au passage me voir on parle beaucoup des travaux qui durent trop, des gens qu’elle regarde vivre dans son travail. Il lui reste autant de bus et trams, cars, pour rentrer chez elle: Je songe à Joyce Carol Oates, cette longue déambulation de sa journée, elle en ferait la longue marche au fil des ans d’une famille après la mort du père et décrirait la reconstruction après la dislocation.

« Voici ton heure mon âme ton envol libre dans le silence des mots…tu te tais tu admires tu médites tes thèmes favoris la nuit, le sommeil la mort les étoiles» Walt Whitman.( Épigraphe du livre de Joyce.

#33. Quand on arrête d’y penser, on a l’impression de trahir, les bouleversements sont là, y faire tout ce qu’on peut pour chercher participer être debout avec vous tous, là où on est, les journées s’enchaînent si pleines, pas de pauses. Je n’écris pas libre pas encore, alors j’écris d’abord difficilement et après je fais le vide en passant de l’ordi au piano. De la concentration, oui, mais surtout une autre planète en immersion totale. De la musique oui mais dans un silence énorme.

#32. Ils ne me parlent pas ou je ne les entends pas ils sont toujours là pourtant mais dans ma tête. Ils sont où je ne sais pas ils disent quoi je ne sais pas ils pourraient fendre ce dur ? ils pourraient regarder derrière mon épaule je ne sais pas, ils pourraient venir à bout de cette opacité? ils jusqu’à ma mort pourtant. Chamanes, éveillés, sainte Thérèse d’Avila Hildegarde de Bingen Simone Weil vous donnez une trace, un indice?

#31.

#30. Chantage et sextape, fait divers ce 8 décembre 2022. Le conseil métropolitain s’ouvre au musée d’art moderne, sous haute tension. Le maire déclare se mettre en retrait de ses fonctions tourne les talons et s’en va dans un grand silence devant des élus sidérés. Fin du conseil, vote des élus: Soixante-treize pour la démission, trente-sept contre, neuf votes blancs ou nuls. Ho! Il ne s’agit que d’un chantage de huit ans du maire visant le premier adjoint très catholique filmé à son insu dans un hôtel avec un escort-boy aggravé par une rumeur calomnieuse envers un autre élu.

#29. Je n’aurais pas dû quoi ah oui pas dû lui dire pas du lui faire trop souvent s’accuser chercher ce qu’on a mal fait et pourquoi et comment je ne veux plus c’est se regarder regretter encore ratiociner non je ne veux plus j’ai touché le fond en dessous du font plus bas encore les tréfonds je me suis dézinguée démolie non non et non ça m’arrive encore mais de suite stop c’est comme ça que j’allège donne partage simplifie me démunit

#28.Ne plus ressasser long travail je m’abstrais de ses pensées elles sont là quand même je n’en veux plus pourtant un tas informe grossit s’obstine je fais de la daube ce n’est pas de l’écriture qu’est-ce que je fais là petite miette qui veut et n’accepte pas ses limites je veux tout comprendre tout embrasser tout sauver et au bout du bout cette contradiction toujours au bout de mes efforts je ne serai jamais Keith Jarret au piano pas plus que je n’écrirai comme vous ce que je cherche c’est d’être lumière être joyeuse sans aucune raison de l’être quoi d’autre

#27. Attirée ce matin sur l’ordi par les photographes Francesca Woodman et Vivian Maier, tu donnes un oeil. Tu te ravises, tu lis, réfléchis longtemps, va vérifier une référence qui t’échappes, te relis, puis tu ranges… non, pas encore, tu écoutes, huit minutes c’est rien, Grand corps malade, Gaèl Faye et ben Mazué ensemble. Alors après tu te dépêches de balayer, laver, cuisiner un peu, manger. Tu pars vite retrouver ton amie, le temps d’un café un scrabble tu es bien, mais il est cinq heure. Tu rentres et je sais ce que tu penses quand tu le vois arriver, ce n’est pas ce soir que tu pourras envoyer cet article!

# 26. Le matin très froid et un rayon de soleil, prendre la voiture, huit-cent mètres plus loin, les arbres, leur blancheur de givre, le gel est là, attention, rouler plus doucement. C’est juste pour un cours d’une demi-heure, plus que de l’attention, c’est de la concentration, un moment suspendu à part. En ressortant être pleine de vibrations toute entière enrichie. Rentrer et les tâches de tous les jours se passent et diluent peu à peu la joie intérieure. Mais savoir que se retrouvera tout à l’heure ce moment concentré qui demandera une acuité et une recherche précise.

#25. Cet homme corpulent—et si doux—la douceur de son regard—ne va pas avec l’énormité de son visage— Il est une force de la nature—comme un Pantagruel doublé de Panurge—C’est lui qui me parle d’Antonia—Elle a l’allure et les habits d’une simple paysanne—Mais il la voit encore en son rêve de petit garçon—ses vingt ans—à elle sa nourrice—au dos magnifique—son allure de reine—Ses jambes merveilleusement sculptées—Elle a La tête haute—comme portant une charge en équilibre—les chevilles si fines—son corps mille fois plus vivant que celui de ses déjà nombreuses maîtresses.

#24. Ne voir et n’entendre personne. Prendre la voiture. Rouler. Vider la tête. Comme une barque, on vient de lâcher la corde, elle glisse au fil de l’eau. S’arrêter, être saisie par le froid, Marcher vite, revenir vers la voiture. Ça se passe, c’est tout. Corps gelé mains gelées, rentrer chez soi. Le vélo d’appartement va soulager les jambes engourdies, les pieds ankylosés. Allumer la télé, enfiler les kilomètres, et voir la fin d’un film: elle attend depuis le début, ça te revient. Elle flotte entre lui et lui, en suspens comme toi, elle laisse faire le temps, ah! Rosalie!

# 23. Je ne peux plus compter. Je ne sais plus compter. Je les nomme un par un. Ils sont où tous. Il m’en manque. Mais je compte quand même. En somnambule et en silence. Nul n’entend mes comptes et décomptes. La nuit le jour je les compte. Mon cœur n’a pas lâché. Pas besoin de les écrire. Ni de les dessiner. Combien sont-ils donc. Je les compte et les compterai jusqu’à ma mort.

#22. Je ne peux pas. J’essaie, mais non. Impossible, pas celui-ci, pas celui-ci, Jean-Marie Gustave Le Clézio, je garde, martin Winckler aussi et Simone Weil encore plus, la pile s’allonge de ceux que je veux garder. Et cette pile, d’abord de ceux que je veux garder, elle intéresserait qui ? En colère d’avoir une pensée aussi mesquine que de vouloir décider pour les autres. Peut-être deux, que j’ai beaucoup aimés, Régine Détambel, «Le chaste monde» ou de Malika Bellaribi, “«les sandales blanches». Je n’ai plus le temps de sortir, demain je porterai les deux. Ô douleur.

#21. Contrariée de le voir là lui tout jeune vingt ans à peine assis devant le magasin avec un gobelet carton à la main, par ces six degrés, stopper net à trois pas de lui, reculer derrière le poteau, tirer deux euros du portefeuille, compliqué avec les doigts vieux gantés et gelés, revenir vers lui, mettre la pièce en le regardant, essayer de le joindre, comprenant que non, lui dire française en se montrant du doigt, le montrer, lui, ha! Roumain. Échange impossible, impuissance blocage, colère rentrée. Se jurer que demain…

#20.

#19. Ce matin,— Entrez, Madame, vous cherchez, là pour la sécurité … en riant :— c’est pas parce que je suis vieille que je cherche de la sécurité! Une petite, neuf ans, avec l’écharpe tricolore, vous voulez que je vous aide? —Je veux bien. Une femme, —oui je suis allée à un café senior, c’est drôlement bien, on parle au moins, venez ? À midi, en rentrant, —Je m’arrête pas, je me dépêche, au revoir. Plus loin,—j’y vais là, je vais le chercher, à plus. Lui revient du boulot —Bonjour, vous allez bien ? N’hésitez pas, si vous avez besoin d’un coup de main? —Des fois, je veux bien pour monter les sacs. Merci beaucoup.

#18.

«Je veux dire avec tout le respect que je vous dois, que les choses doivent être considérées dans leur juste proportions, je n’ai pas de préjugés comme tu le sais bien. Si tu voulais abandonner cet emploi que tu as aujourd’hui dans une université à mon sens médiocre je recommanderais immédiatement qu’on t’offre un contrat à Burton Collège. Combien de juifs y avait-il en Allemagne il y a deux ans ? Cinq cent milles ? Combien d’entre eux devront partir ? Et si en Allemagne il n’y a pas de place pour eux tous, comment se fait-il que leurs coreligionnaires et amis de France…»

En vitesse, ce matin, autant de temps à corriger mes fautes qu’à écrire, pas d’orthographe, de frappe, mes doigts ne vont plus toujours où je leur dis. J’aurais pu continuer plus longtemps très intéressant écrire et découvrir en même temps. Sur un coin de la longue table de la cuisine, à côté du petit-déjeuner fini mais pas rangé, plissant les yeux pour lire, économie d’énergie et tout le bastringue, on y est. Et une tasse de café, la troisième, du café soluble, ça va plus vite et ça tient chaud. J’ai écrit là où j’en étais hier soir, exactement. Je repose bien en place le marque-page.

#17.

#16. Un homme de quarante ans attend chez le dentiste, son deux pièces est tout noir, un veston et un jean, un peu mou.| Un autre même âge, assis sur la chaise à côté, habillé tout pareil, seul son téléphone rouge tranche.| Toute noire sa robe informe de vieille femme  l’enveloppe de la tête au pied, toute accroupie qu’elle est devant le supermarché.| Sur la tête, une sorte de coiffe en gaze encercle ses cheveux de dentiste au travail. | En ce mois de novembre elle est habillée chaudement mises à part ses petites chaussures à brides d’été.| Ce jeune qui passe a des baskets gris foncé presque noir, tellement avachies qu’il est difficile de savoir si elles sont communes ou d’ une marque très chère à la mode.| Il quitte son blouson en entrant, on voit très bien son tee-shirt informe fabriqué par des encore plus pauvres que lui.| Manifestement de très bonne coupe son trench femme d’affaire noir lui donne une silhouette légère.| Celle qui monte l’escalier devant toi a sûrement acheté sa parka au marché, on voit les mêmes partout.| Il n’a pas levé sa casquette laine d’Irlande à chevrons gris en lui disant bonjour, il pleut.

#15. Mais c’est que je n’ai plus de force pour remonter. C’est fini, là de charger ? Maman à l’école j’ai…arrête un peu de parler tout le temps. Oui, là, comme ça, c’est bien. Je préfère pas que tu lui en parles, ben j…mais tu m’emmerdes.

#14.  Il pleut le vent vente tourbillonne dans le parc. Marcher par tous temps, tous les jours. De grands pas, marcher dans le parc et du toboggan immense surgit une fillette, interloquée par la pluie, à peine le temps d’être heureuse de voir sa bouille déjà loin toujours les échos de là-bas me reviennent empêchant un début de jubilation.

#13. Le petit garçon sur la grande place suit son père lâche sa main regarde par terre et se fige le visage décomposé les bras écartés. Le père a compris ne s’affole pas, il en a vu des enfants surpris par leur ombre qui les suit, le petit est immobile baisse les bras, les relève pointe un doigt vers un oiseau, il se met à sauter faire le clown et court après son père en éclatant de rire et remet sa petite main dans la grande.

#12. Aujourd’hui, il me faut creuser très loin, pour trouver le dessous, comme Cézanne. Il dit : «Quand on ne sait pas, ceux qui savent vous prennent par la main et vous font gentiment à côté d’eux balbutier votre petite histoire.». J’en suis là. Des livres lus beaucoup, et là, j’ose sur ce fond amassé écrire, Beaucoup de brouillons, ça m’aide. Mais je veux fortifier ce qui m’importe. Ecrire et élaguer, ensuite retravailler, pour que les sensations, couleurs, formes, circulent peu à peu, je vais sortir de ce fond de terre avant que le jour ne se lève.

#11. En 2001, à «Tissage colorée» association pour faire se rencontrer les gens, j’ai participé à un premier atelier d’écriture où Sylviane Crouzet nous a fait écrire sur les dix mots de «Le français comme on l’aime» deux années de suite. Donc très tard dans la vie, vraiment la première fois que j’osais, après beaucoup d’années de lecture, écrire ce qui venait de moi, dans une ambiance très chaleureuse.

#10 . Pendant que je fais quelques courses en surveillant les prix, je passe en revue tout ce que j’ai à faire dans la journée. Pendant qu’elle agonise, ils poursuivent chacun leur monologue intérieur tandis que l’un des fils finit son cercueil. Pendant que je pense mon mari décédé depuis quatorze ans encore si près de moi, les petits-fils disent du tout électrique en deux mille trente: Mais on n’y est pas encore!

#9. Ne pas s’attarder sur les ennuis. Hier, quatre heures pour l’assurance, je suis excédée. Ne pas s’attarder. Ne pas s’attarder  je ne sais pas dire non, Et hier, j’ai dit non. Ne pas s’attarder. Ne pas s’attarder, là, les guerres partout qui menacent ? mais d’autres aident, accueillent.  S’attarder là, s’acharner là, dans ma petite ville, Il y a des syriens, des ukrainiens, des… S’attarder encore.

#8. Paul Klee Davis Perrault Jules Ferry Michel Rondet Jean-François Manier Michel Cannonier Salvador Allende Rovère Maryse Horvel Frederic Nguien Michelet Marie Curie Jasques Lartigue Nadia Lintz Marthe Kotezinska Marie—Françoise Chasseneuil Alain Beraud Serge De Meaux Blanqui Brad Mehldau Henry Michaux Auguste Blanqui Fabio montale

# 7. Quelqu’une ses yeux qui te fusillent de celle qui en passant à sonné à ta porte sa bouche marmonnant tandis qu’elle se détourne | Quelqu’un sa tête enfarinée de boulanger impavide derrière ses yeux se demande s’il pourra aller au bled | Quelqu’un sa petite figure illuminée de sourire et ses yeux brillants racontent sa journée il n’a rien compris mais c’était super |

# 6. Fenêtre jamais allumée, on a l’habitude, Ce jeune couple arrivé dans la rue depuis six ans, m’a dit « Personne ne nous parle ici ». Là ils ont dû partir quelques jours. Personne d’autre que moi n’aurait remarqué ce qui lui manquait aujourd’hui. Je l’ai vu sortir de chez elle, furtive toujours, sa chienne se précipitedevant faisant sa folle. D’habitude oui, mais aujourd’hui, pas de chienne. Elle me parlait un peu, ils ont passé dix ans dans la rue à Paris avec elle, sa «Pépette» elle me disait.

#5 . Une nuit d’été silencieuse le ciel parlait de choses muettes avec les nuages, la voie lactée étincelait, comme cette aurore boréale où, au bord des sphères étoilées, ce pianiste, recouvert d’un manteau très chaud jouait au piano cette musique limpide, la même que celle qui aujourd’hui renverse mon cœur au souvenir de cette beauté perdue.

#4. Ce matin, réveil instantané, comme écrit à l’avance. Lucide instantanément sereine tu es, comment ça s’appelait ? serre, non essai, non Ah Essaouira, j’irai chercher sur internet, je vais prendre mon crayon, écrire de suite, si lucide ce matin et longtemps. tu penses à et à tu redors, sensation si légére.

#3. Hier matin, j’ai fait quelques courses, je pensais à cette journée à venir, pleine de travail. Je traverse la place, mince, et l’expo! Je m’engueule toute seule: Notée sur l’agenda, sur un bout de papier sur la table, mais comment tu as pu faire pour la zapper. Du coup, je m’arrête, qu’est-ce que je fais, j’y vais ? Mais non, non, impossible, La contrariété te fait marcher plus vite, tu le vois ce mail de la médiathèque, tu le vois!

#2.C’était au-dessus d’une plage en pleine chaleur, avec de grandes mouettes et leur cri, cette odeur salée et une lumière toute bleue. On marchait sur cette longue esplanade. Et là, dans les encoches de la muraille, un choc, j’étais dans le fût d’un canon, un tir et propulsée dans le fond de l’océan. Je me réveille un peu glauque ils tirent encore, et les gens où sont-ils hagards ils se dispersent, courent aux abris, meurent là par terre, encore et encore et tout le temps. Mais c’est où, , c’est où tout ça ?

#1.Juste la rue à traverser pour le voir, Jean-Pierre. Il vient d’ouvrir son garage archi plein, il n’a pas de voiture mais une moto. Il bricole.”Je ne roule pas, je ne peux pas” : Il attend de pouvoir changer son pneu avant. SW.

Prologue. Après le Kashkool. Ce petit carnet bleu, indispensable à 7 ans, perdu depuis, ( il vaut mieux ! ). Vers seize ans, plutôt quelque cahiers de dessins, des visages d’acteurs, d’enfants puis une attirance pour la nature, des fleurs avec tous leurs détails, des arbres et leurs feuilles, et des chansons, beaucoup. Il t’a fallu longtemps avant de découvrir le Kashkool, tu ne vas pas écrire, pas inventer, non, tu rêves! après tout ce que tu as déjà lu ? Pour l’accouchement de ton premier enfant, tu as posé sur le lit de la clinique « les raisins de la colère » —Vous n’avez pas quelque chose de plus léger à lire?—moquerie du gynéco qui n’ attendait même pas de réponse, Ben oui, je lisais ça à ce moment là. Le kashkool est un cahier de prisonnier turque, qui note ce qu’il voit, ce qu’il entend, les poèmes qu’il aime redire tout haut, un dessin au crayon, des anecdotes, des phrases parlantes pour rester vivant. Ravie de le découvrir, tu l’a tenu un an, décoré, en couleur, des coupures de journaux ,des articles sur les films ou livres ou la politique et au fil des années, il s’est transformé en papiers épars, mais datés, consultés souvent, classés par thèmes…tout ce qui t’évitait d’écrire. Et depuis vingt ans, c’est écrire, beaucoup, mais des comptes rendus de livre, des notes prises à la volée d’une vidéo, sur feuilles volantes et non lignées, Si par hasard ces pages de brouillons sont à carreaux, tu ne peux pas écrire droit, tu ne veux pas. Ces empêchements d’écrire ce que tu veux, d’écrire droit, et tant d’autres empêchements tu auras lutté très longtemps contre. Et puis tu as commencé à écrire tes rêves, le matin avant de te lever, un petit carnet sur la table de nuit, tu voulais les comprendre ces rêves. Et un premier atelier d’écriture à la médiathèque, Alors tes feuilles volantes prennent de l’importance, tu sépares celles qui viennent de toi, de celles relevées pendant une émission ou une vidéo. Puis un atelier à hautes doses, tu découvres tant d’auteurs, comprends, articule tant de pensées, Il te faut un répertoire, deux même, pour avoir sous la main les blogs, les sites des uns et des autres, et les écrivains et leurs titres de livres. Et maintenant, tu as ouvert un autre cahier, grand format, où tu écris, vraiment ce qui vient de toi, et tous les jours. Enfin, pas tout à fait, de temps en temps, c’est impossible, oui oui, même à la retraite depuis longtemps, tu as beaucoup à faire. Si tu prends le stylo et n’a rien à dire, tu as recopié deux pages de contraintes en trois quatre mots, et tu écris. À quatre-vingt-deux ans il était temps. « Sicut paléa » dit Claudie Hunzinger, dans « Un chien à ma table », elle traduit « On s’en fout » et « C’est de la balle de blé », toi tu écris OSF et tu es légère, légère.

Cet article a été posté dans ##le_grand_carnet#carnets_individuels avec les mots-clefs cahiercanoncarnetContraintesesplanadeFeuilles volantesgarageInventerKashkoolmouettesplagerépertoireréveilRêves par Simone Wambeke. Enregistrer le permalien.Modifier

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6 commentaires à propos de “# Carnets_ individuels. Simone Wambeke.”

70 commentaires à propos de “#Carnets individuels | Simone Wambeke”

  1. Merci beaucoup, Gwenn. A cinquante-trois ans, vous avez fait plus de chemin que moi, c’est ce que je dis aussi à mes filles, elles me font avancer, on se fait avancer mutuellement. ( je veux bien vous dire “tu” si ça vous va ? )

    • J’ai tellement été sidérée de lire tous les #13 où je ne comprenais rien, mais rien! j’ai failli enlever le mien, me disant que tous les participants étaient trop callés pour moi.
      Merci beaucoup de votre commentaire.

    • Tu me fais du bien, Laurent, hier, en lisant en entier, pour une fois, la compile #13, j’ai pensé que je faisais de la daube, bien loin de tous ces écrits.
      Tu arrives à prendre du temps pour lire ? C’est sympa, je te remercie.

  2. Jean-Luc, oui, ce qui rend je pense de l’étrangeté, c’est d’avoir dû tailler, retailler, quatre à cinq fois pour être dans les 480 signes ! J’ai eu du mal. Mais votre commentaire me fait relire autrement mon texte. Merci beaucoup.

  3. Simone, bonjour,

    Comme votre carnet continue à si bien nous emmener dans votre quotidien, vos questions, comme sans y toucher, comme presque pas, comme petits signes légers, pour dire tant, avec un rythme de petite mécanique qui sautille, presque toujours joyeuse, même sur les sujets graves, c‘est un bijou, ou plutôt un très beau caillou poli par le temps,

  4. Premier carnet que j’ouvre, Simone, et joie de te lire à nouveau. Je m’y sens bien, sagesse et partage d’état et de sensations, beauté des photos aussi. Tu me donnes envie de rajouter des photos au mien et même de le publier. C’est bien cette suite de textes courts au final. Tu m’as convaincue avec le tien. Oui, ta suite de textes c’est très beau et on ne s’ennuie pas. C’est un blog ça en fait.

    • François disait “Ecrire libre” je n’en suis pas là. j’écris en tension et ensuite je pars dans la musique, mais j’apprends seulement tard, mais tant pis. Brigitte vous avez une connaissance énorme en musique, j’aime “Paumée” aussi pour ça, sur le côté, je lis toutes vos archives, n’ai pas le temps de tout explorer, mais c’est énorme. Et merci pour Rosmerta .

  5. J’aime bien cette idée qu’un mot revienne tout seul. Ils peuvent partir à plusieurs mais il y en a toujours un qui revient tout seul. Et on se demande forcément où il est allé. Merci Simone pour ce trait du quotidien.

    • Et bien on recommencera, alors. À mesure, j’aurai du temps pour lire à fond mais ces 40 jours, je n’avais le temps de rien! Hier, j’ai lu “Écrire l’automne”, c’est bien de rester en automne longtemps.

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