#LVME #01 | A sept heures cinquante, comme chaque lundi, tout recommencera

A sept heures cinquante, comme chaque lundi, tout recommencera, mais pour l’instant tout est calme. La lumière rasante du soleil d’hiver révèle peu à peu la grande structure métallique surmontée d’une sorte d’aile qui pourrait aussi faire penser à un navire. Des ombres commencent à franchir la grille d’entrée qui donne sur la esplanade légèrement pentue, qui mène à l’entrée Continuer la lecture#LVME #01 | A sept heures cinquante, comme chaque lundi, tout recommencera

#LVME #02 l un homme de passage

Peut-être qu’il est là, dans l’embrasure de la porte du sept. Peut-être que, malgré tous ses efforts pour se fondre dans le décor, la petite fille du quatrième le voit, sans comprendre, avec cette légèreté étrange qu’ont les enfants quand ils frôlent l’invisible. Il avance. Ou plutôt, il suit. Le rythme, c’est celui d’un autre. Peut-être qu’à force de marcher Continuer la lecture#LVME #02 l un homme de passage

les mardis #09 / A l’encre

En plein jour, un étrange dessin à l’encre, de maison en colombage blanc et bois. Puis des tâches de toitures de chaumes jaunes et brunâtres sur leur contour par le vieillissement et les pluies diluviennes qui n’en finissent pas de pourrir la matière. Les toits ne sèchent pas et les rayons de soleil sont absorbés par l’eau qui s’écoule en Continuer la lectureles mardis #09 / A l’encre

#LVME #02 l comme à chaque fois

En tenue jaune fluo de la tête aux pieds, le tronc sanglé dans un gilet orange tout aussi fluo, à trois mètres du bâtiment des sanitaires, à côté des douze marches qui mènent aux terrains de pétanque, un ouvrier communal poireaute au volant d’un imposant camion poubelle, moteur en marche, dans un froid comme on n’en a plus connu depuis Continuer la lecture#LVME #02 l comme à chaque fois

#LVME #02 | Blanc Intact

La nuit dernière il a neigé. Dans sa loge surchauffée, la dame de l’accueil vaporise ses orchidées. Avec le froid dehors, l’hygiaphone est couvert de buée. Elle leur indique l’escalier à prendre, le couloir à longer. Il faut attendre face au bureau du fond. Le hall est vide et silencieux. Le carrelage, lavé à grandes eaux, brille. L’homme et le Continuer la lecture#LVME #02 | Blanc Intact

#LVME #02 | un autre et un autre encore

Il se pose au centre du cercle. Toujours par beau temps. Jamais quand il pleut. Régulier, à l’heure où le soleil est plein sud. Dans sa main gauche un calepin à spirale qui ne le quitte jamais, son carnet de croquis. Il patiente. Il observe. Il attend une risée sur la mer, le passage d’un milan dans le ciel, le Continuer la lecture#LVME #02 | un autre et un autre encore

# 10 Ecopoétique | Caillois, Minéral comme trace d’une vie

Une pierre plate sur laquelle il est écrit « Hautacam octobre 2019 », une roche plus grise que noire avec des veinules ocre indiquant une légère présence de fer dans le minéral. Il faut s’approcher pour les voir. Est-ce un gneiss ou un schiste ? Je ne sais plus, mes cours de pétrologie sont trop lointains, j’étale tout ce que j’ai oublié. J’ai Continuer la lecture# 10 Ecopoétique | Caillois, Minéral comme trace d’une vie

les mardis #08/ vue du phare

Version 1 Il a fini sa ronde , on le voit surveiller la rotation de la lentille . Tout fonctionne bien. Il y a une tempête qui démarre dans exactement trente minutes. Il se place dans sa cellule, il l’appelle comme ça. Car finalement un phare, c’est une prison perchée… on sait qu’il dort dans la pièce principale, ronde. Son Continuer la lectureles mardis #08/ vue du phare

écopoétique #10 | notes qui roulent n’amassent (à propos de pierres)

  • Une pierre au temps long pour mon temps humain, pourtant la pierre a coupé court au temps colossal de la roche dont elle émerge, donc je peux penser à la pierre comme du temps court –
  • Pierre qui roule n’amasse pas mousse. C’est par l’instabilité de la pierre que nous vient sa morale. Ce défaut de permanence comparativement à la roche la rapproche de la cigale, son sévère défaut : chanter au lieu d’assurer sa stabilité –
  • Dans les itinéraires difficiles sans autre repérage possible, les pierres servent de balises. Les marcheurs et marcheuses débusquent leur passage de kern en kern. Le mot breton désigne la cime, le sommet, ou la pointe. L’amas de pierre tenant en équilibre, les marcheurs, marcheuses, j’y tiens, jouent un jeu de mikado en essayant de poser sur le tas une pierre supplémentaire sur le sommet du kern. C’est même parfois un château de carte plutôt qu’un jeu de mikado.
  • Les pierres peuvent simplement être jetées à terre pour conserver une trace éphémère. Quand les applications GPS tracent nos déplacements, elles renvoient à cette technique du Petit Poucet ou aux animaux pisteurs qui s’orientent à l’aide de leurs traces, et plus lointainement à notre développement cérébral : nous avons commencé à penser par l’intermédiaire d’une représentation abstraite de la trace parce que, debout, nous n’avions plus la possibilité de sentir nos tracés.
  • A l’âge de pierre nous n’avions que la pierre pour travailler et nous battre. Il nous a fallu plus de deux millions d’années pour fixer ces pierres sur des hampes de bois. Nous tenons un outil dans la main : nos outils « lithiques » relatifs à la pierre.
  • L’époque néolithique est l’âge de la pierre polie. Nous ne sommes plus des pierres qui roulent de campement en campement, nous nous sédentarisons et nous polissons nos pierres. Nous récoltons sur l’espace où nous avons planté plutôt que cueillir dans les arbres, arbustes et plantes qui nous entourent. Nous écrasons des graines, nous pétrissons des pâtes et nous pétrissons des pots en terre qui ressemblent à la pierre.
  • Entre la pierre et la terre : un ancêtre commun, la roche. La pierre s’en est séparée dans un petit morceau dur, la terre elle s’est ameublie. L’une abrite des composants, l’autre des habitants : insectes, organises souterrains, eau, air. La pierre est un ventre de minéraux, la terre une langue de vie.

#mardis #08 | Variations 2, Eleven am

Un air à la mode s’échappe d’une radio par une fenêtre ouverte. Joséphine ne sait pas de quel appartement vient la musique, elle s’en moque. Elle ressent une immense lassitude, elle n’a pas la force de s’habiller. Elle ne porte rien d’autre que ses confortables ballerines noires. Tout lui pèse. Le moindre vêtement l’oppresse, aggrave sa pensée. Joséphine ne s’est Continuer la lecture#mardis #08 | Variations 2, Eleven am