# COMMENCEMENT # 1(3) | comment recommencer

C’est peut-être ça le début de l’histoire… On allait. On jouait à saute-mouton tête renversée dans le sable, à qui courrait le plus loin par-dessus les nuages, ces chimères plus rapides que des oiseaux de mer. Retenant notre respiration on était, en plongeant, des mammifères marins ou, des Indiens. Et s’ensevelir, avec une paille pour respirer, faire la morte assez longtemps pour y croire. Après ça criait pour qu’on rentre. On pédalait la peau marbrée de sable, les mains et les genoux plein du cambouis de la chaine; elle avait préparé de grandes tartines beurrées avec ou pas de confiture celle en pot d’un kilo, à la fraise au léger goût de moisi, ce vert qu’elle retirait avec le doigt pour l’écraser sur le bord de l’évier; jaune beurre frais le beurre, –la vraie couleur–, suintant de cristaux  de sel à rouler sous la pulpe du doigt – Et négocier notre tour de tub pour rester encore dans notre peau de sable. Savonnés et rincés d’un broc d’eau, sous l’auvent : les martinets noirs qui se glissaient à la vitesse d’un avion de chasse dans la faille minuscule du mur. Courir nu autour de la grande bassine de métal. Ce besoin récurrent de tracer des cercles. Se poursuivre en tournant autour de la chaise ou de l’arbre. Tourner comme une toupie et marcher ivre, en cherchant l’équilibre . Faire avec la bicyclette des tours de plus en plus rapides : c’est sur une piste imaginaire dans la cour grise : c’est devant le chai où la lumière n’entre jamais : on tournait… Oui, c’était peut-être ça… quand on grimpait quatre à quatre les marches de l’escalier tout en bois jusqu’aux murs, lambris de veines et de nœuds comme autant de dessins à déchiffrer – mais, pas le temps–, on courrait. La vitesse emportait tout. Là-haut, dans la chambre comme un chalet de montagne –et pourtant c’est la mer–, de la maison louée pour les vacances, toujours la même – qu’à force d’y revenir on la croirait à nous –, on enfile nos chemises les mêmes avec plus ou moins de nos jambes maigres qui passent en dessous. On a fermé les volets, éteint le plafonnier, une grosse ampoule avec un filament, la torche électrique passe de mains en mains sous le duvet synthétique bleu ; entrailles de plumes traversés de  lumière : tente d’indien pleine de sable irritant la peau brûlée par le soleil – on ne disait rien de nos brûlures à cause de la crème qu’elle vous collait en trois centimètres d’épaisseur et qu’il faudrait garder plusieurs jours sans sortir. On trouvait de tout dans nos tentes : quignon de pain, trognons de pommes, pommes de pin, bonbon –les papiers surtout – ; figurines désarticulées, mini voitures, montures de lunette à une branche, feutres avec toutes sortes d’écritures mystérieuses sur des réclames ramassées dans la poubelle à feu… Nous savions que tôt ou tard il y aurait l’inventaire et le rangement mais le plus souvent elle laissait faire. Elle nous aurait tout donné. Mais elle était partie. Il faudrait descendre dîner, sans elle. Tourner la cuillère dans la soupe. Écraser la pâte de fromage sur le pain avec le couteau à bout rond pas plus long qu’un pouce : qui aurait l’image de la boite ? Tirer à la courte paille pour savoir : une allumette à bout cramé. Attendre encore pour savoir si le dessert valait ou non d’être attendu. Mais elle était partie par le car du matin et notre mère et notre père sont arrivés. Ils portent, elle une robe claire avec des fleurs, lui une chemise à carreaux américaine. Ils sourient. Ils racontent la grande ville sous le soleil, le bal des pompiers où ils ont dansé. La main de notre père cherche l’épaule de notre mère, les cheveux de notre mère autre chose. Ils ont des yeux plus grands que les jours ordinaires, sans doute parce qu’ils ont pris le temps de regarder les choses. Ils nous racontent la traversée sur le bateau, une mouette s’est posée si près que j’ai pu la toucher, dit notre mère. Et regardez ce que l’oiseau m’a laissé pour vous. Elle tire de sa paume une plume blanche, c’est comme de la magie : une, puis une, puis… Nous portons leurs valises jusqu’à leur chambre à deux pour la plus lourde ; ils nous offrent des albums en couleur. Vous les lirez après a dit notre père. Nous avons marché vers le port. Jusqu’au bout du chenal vers l’estuaire. Toute l’eau en allée. L’épaisseur des fonds à nue. Nous avons scruté la surface de la vase piquée de bulles minuscules, cherchant les pièces et les babioles tombées des bateaux de plaisance. Tous ces Bateaux penchés sur la vase, tristes comme des oiseaux à quai. Nous avons compté les bateaux. Quarante pour notre mère. Quarante-huit a dit notre père : On ne compte pas les barques C’est triché. Au bout du chenal on voyait les amers affalés comme des quilles : Si quelqu’un s’est noyé on le verra aussi ? Le soleil est tombé rouge dans une nappe d’eau et ils nous ont offert des glaces chez le marchand du port. Les guirlandes d’ampoules de couleurs, les fanions en haut des mâts, le cliquetis des drisses, donnaient à cette soirée un air de fête. Mais elle était partie par le car du matin et le lit dans l’alcôve de notre chambre resterait vide. En bas de l’escalier Maman nous a serrés très fort elle sentait comme les fleurs. Elles nous serraient chacun à part, puis elle nous rassemblait dans ses bras brunis. Nous quatre. Je n’étais pas la plus grande mais en me hissant sur la pointe des pieds j’attrapais au vol un baiser et elle me murmurait mon nom secret. Maintenant, filez ! Je ne veux plus vous entendre. Dans l’obscurité de la chambre où il faudrait se taire, dormir –ou faire semblant–, le temps se dresserait appelant à lui les formes menaçantes, et personne ne viendrait nous sauver ; on ne saurait si l’un ou l’autre veillait encore qu’en grattant du bout de l’ongle le rebord du sommier suivant un rythme définit par nos codes. Cette nuit-là aucun grattement ne vint repousser le silence et j’endurais seule les ombres…

 on dépèce les disques durs, plein de choses courtes plus ou moins avancées: on trie on jette. Qu'est-ce qui fait chemin possible. Histoires d'enfances, ce serait un motif ? Un premier texte : Les enfants. c'est l'histoire courte d'une fratrie de quatre en vacances au bord de la mer, ce sont leurs jeux puis la noyade de l'un . Et comment faire revivre un texte laissé en plan. Comment repartir.

A propos de Nathalie Holt

A commencé en peinture, a vécu de théâtre et d’opéra, des années de scénographie plus tard ne photographie pas que son lit, tient son journal en images, écrit et marche chaque jour a publié un peu pour aller au bout d’un geste ( Ils tombaient ) ( Averses) https://www.amazon.fr/stores/author/B09LD7R2KY . Écrit pour lire.

5 commentaires à propos de “# COMMENCEMENT # 1(3) | comment recommencer”

  1. Ils ont des yeux plus grands que les jours ordinaires, sans doute parce qu’ils ont pris le temps de regarder les choses.
    Poser un regard plein de vie sur les choses
    Changement, elle est partie, une absence subit et plus loin
    Si quelqu’un s’est noyé on le verra aussi ? annonce ce qui sera demain.
    Bravo et un grand merci pour votre texte. J’aimerai ecrire avec votre poignante legerete.
    Martine Lyne.

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