– Mais je n’en peux plus de tes livres, il y en a tellement que le mur sud de la façade de la maison est en train de se fissurer. Tu ne te rends pas compte du poids de tes bibliothèques. Le plancher aussi penche maintenant. Déménage tout à la cave … ou trouve une solution !
Peut-on porter plainte pour « maltraitance de bibliothèques ». Une attaque ne plein cœur. Comment toucher à mes fondations, ce que les livres ont fait de moi ?
D‘accord il y a des livres partout, je crois dans chaque pièce de la maison exceptée la salle de bain (trop petite).
D’accord, il n’y a qu’un semblant d’ordre, les livres support pour les ateliers, les nouveaux d’un côté, les relectures de l’autre… Dans cet air du recyclage, je ne donne que les livres que j’ai en double, et je relis les plus anciens surtout les poches tout jaunis.
J’ai donné les livres des enfants, à d’autres enfants. Priorité.
Les BD, les collections d’adolescences et tous les dictionnaires de poche, anglais, espagnol, que les professeurs nous faisaient racheter chaque année…Il y avait ceux des copains et des copines oubliés à la maison comme si c’était normal de les laisser s’échouer dans cette maison-bibliothèque.
Il y a les livres ma mère, qui a appris à lire toute seule, impossible de jeter ça, il y a ceux qu’elle a annoté avec sa petite écriture en pattes de mouche du temps où elle avait toute sa tête.
Il y a la bibliothèque de mon père celle qu’il a construite et qu’il n’a jamais remplie.
Il y a des maisons où l’on montre les livres que l’on n’a jamais lu, des bibliothèques vendues en kit ou même de fausses bibliothèques qui cachent des coffres ou des portes secrètes.
Mystère des bibliothèques. Dis-moi ce que tu lis, je te dirais qui tu es … Insondable désordre, ma bibliothèque, ne serait-ce une volonté de me dissoudre dans la multitude ? De me chercher encore et encore. Non, Ranger, classer viendrait rompre le charme de cette aventure sur mon territoire d’exploration.
Il y a cette liseuse qu’il m’a offerte pour calmer mon « goût pour l’accumulation ».
Non, je déteste les livres qui se déchargent, ça ne colle pas avec mes envies incompressibles de lire, de les tenir dans les mains, de les rapprocher tout prêt de mes yeux, de faire corps avec eux, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, de les feuilleter et de tomber, par hasard, sur des passages que je redécouvre comme si c’était la première fois… Et puis j’aime l’idée des piles, des titres qu’on lit la tête penchée ou à l’envers de haut vers le bas. Dans ce désordre, je connais la place de chacun de mes 300 titres, 600, 1000 titres ? Je n’ai jamais compter mais je connais même la place de ceux qui sont au fond de cartons que je n’ai pas ouverts depuis les déménagements successifs.
– Tu es impossible, je suis sûr que mes albums photos et mes diapos sont enfuis dans les cartons que tu n’as jamais ouverts. Fais de l’ordre !!!
– D’accord je ferais de l’ordre, un jour…
– Descends au moins les gros volumes et les beaux livres à la cave, il faut alléger, fais des petits cartons surtout…
– Autant dire que mes livres à la cave, c’est un enterrement de première classe, des obsèques, ça s’organise…
– Pitié, je ne vais pas te le demander à genoux !
– D’accord, je te promets , je vais faire un tri, mais il fait beau , tu ne veux pas sortir prendre un verre .
Je déteste « déherber ». Même ceux qu’on ne relira jamais, parce que, c’est sûr, il suffira qu’il ne soit plus là pour qu’on ait le besoin absolu de le consulter…
Exactement , c est toujours comme ça !!!!
Merci de ton passage