#chroniques #02 | tenter atteindre

1•

Comment atteindre sans altérer aucun des instants qui précèdent

2• Dispositif Chambre Noire 

Codicille : ce dispositif "visuel" d'écriture est une mine d'or, expérimenté lors de l'atelier d'été, il est le "moteur" d'un des chapitres de Soleil Ogre - celui de l'amie dans la classe, penchée sur les enfants pendant qu'un regard circulaire révèle les lieux pour mieux revenir sur le groupe formé par l'amie et les enfants. Ici, c'est la Poète énervée des fragments 4 qui s'empare de l'idée et se met à tourbillonner. 

Poète énervée tourne en rond tourne court
Yeux et nerfs jadis solidaires
Se refusent à l’accord
Le flou l’imprègne et dilue le mur en face 
Dans le miroir taché de temps et d’humidité 
Une vague trace de tapisserie arrachée 
Et la porte battante, et le coin nu
Rien ne va
De l’armoire les moulures et la massive forme
Les vitres fines des fenêtres 
Aux cadres si anciens qu’elles vibrent d’un rien
Le gris du papier peint, feuilles d’acanthe
Centenaire, rien ne va,
La trace d’eau de pluie les défont
Jusqu’au lambeau
Le papier blanchi, oxydé délavé 
Dans un cadre des visages d’enfants
Quatre qui se ressemblent
Traits sans aspérités Stéréotype
Celui Des silences des familles
Elle fulmine Rien ne va 
Nerf à vif elle tire le drap sur un froid ancien
La cheminée et devant le poêle 
Inutile dans le volume stupidement immense
Comme le mur, et le miroir et le rien reflété
La fenêtre tremble au passage d’un train
L’armoire à hauteur d’un orgueil sans borne
Semble une carcasse noire et dédaigneuse
La porte étroite pour la pièce ouvre
Sur un sas et sur une autre porte, double 
Double porte double fond
Double discours Et autour le papier noirci
Les motifs disparus qui savent ce que l’on tait
Dans le cadre suspendu au-dessus du bureau 
Les yeux clairs des quatre frères et sœurs
Mensonges scellés des familles heureuses
Elle enrage Le pied du lit lui fait une cage
Elle se cogne l’œil sur une boule de cuivre
Le marbre de la cheminése lui entaille la pupille
Le miroir diffuse un brouillard piqué de rouille
Le papier peint comme mâché de pluie
Grise matièsre plombée 
La fenêtre au lourd volet qui se déplie 
Sur le vide Des seules apparences
Les joues rosies des bambins 
Devenus vieux, puis morts
Simulacre de l’enfance harmonieuse
Poète énervée tourne en rond tourne court 
Le miroir renvoie une illusion perdue.
La porte et la double porte retiennent les corps
La fenêtre aux volets intérieurs efface
Tout paysage, seul le fracas du train pénètre
Les visages des enfants s’échapp-nt
Sarabande de têtes qui dansent la polka
Dans un jardin d’acanthes dévasté

3 •

Codicille : l'étape 02 des Chroniques me ramène à Soleil Ogre, sorti l'an dernier, le comment de son écriture, et l'expérience qu'il représente, la question qu'il pose pour la suite, ici on y revient et on en propose un extrait (vous me direz si le lien fonctionne pour vous, j'ai un doute sur ma méthode, merci merci) 

Dans les esquisses des ateliers d’été, se cache un livre de voyage. Deux personnages, des femmes, l’une pensant, évoquant, rencontrant l’autre, la seconde le plus souvent extérieure aux épisodes malgré qu’elle les structure, les motive, les détermine. Elle finira par renier son statut de personnage, réclamant sa vérité, celle qui la sortirait de la fiction, la laisserait retrouver qui elle est vraiment, dans sa vie, dans le monde, non pas cette fille captive des lignes, des phrases et des visions de celle qui, en ne voyageant pas ou presque pas, se targue de lui faire faire le voyage de Corée, de raconter sa vie en Égypte — Jane est égyptienne —  et sa venue en France lorsqu’elles se sont rencontrées, et d’évoquer l’épreuve qui a laissé le cours de cette vie aller nonchalamment, vie si prometteuse plongée en apnée, ou plutôt en survol, depuis la nuit tragique. Le projet Soleil Ogre a partiellement rempli ce rôle, on y découvre deux amies, l’une raconte, l’autre est racontée. Les scènes de voyage portent une bonne partie de l’argument. Elles sont précises, voire pointilleuses, venues de quelques conversations, documentées avec soin sans être des fiches Wikipédia ni des comptes rendus de vidéo YouTube, alimentée par des articles de journaux, parfois une photo, mais ai-je le droit de les inventorier, ces voyages que je n’ai pas fait. La scène du train qui déraille combine tous ces éléments, reste la question : l’anecdote de la fillette et du chocolat l’ai-je entièrement inventée liant son amour du chocolat à toute heure et sa passion pour les enfants ? Ou un jour m’en a-t-elle parlé ? Ces questions traversées pendant l’écriture du manuscrit, aussitôt le livre en main, ont disparu. Il me reste le projet de scène :  e train déraille sur un haut plateau sud américain, elle donne du chocolat à une petite fille effrayée. Le travail lent d’écrire donne volume et surface au récit, de pure fiction je ne sais pas, de littérature j’espère, donc de fiction. L’histoire de Jane, de la narratrice et de la Corée reprend ce dispositif. Seulement peut-on écrire deux livres sur le même dispositif ? Évidemment ! À condition de trouver la variation qui en fera un objet unique. Philippe Toussaint, mais aussi Jean Echenoz y sont particul,ièrement doués, je suis moins sensible à la manière de Maylis de Kerangal, mais elle aussi joue de la variation dans des dispositifs chorals souvent comparable, c’est l’accent mis sur un point précis qui fera le livre, le trompe l’oeil, la traversée de la nuit, le rythme d’un fleuve q’’enjambe un pont magistral, le corps d’un enfant qui plonge. Il s’agit donc d’accepter la modestie du chemin pour construire le voyage, pensez à ces minuscules terrasses qui traverse les prés d’herbe rases en montagne, le pré glisse et un faux pas entraîne vers la chute, la confiance dans l’étroit replat vous conduit au bout du pré, là où un virage en épingle monte de quelques mètres et vous entraîne à la découverte des crêtes, vous les longerez, à peine plus large que l’étroite encoche, la larguer à peine d’une chaussure, pour atteindre un cirque, un col, parfois un lac, et une descente plus douce. Pareillement, le prochain roman, si c’est L’histoire de Jane, cherche son étroiture, son lac, sa pente, les frissons de la chute possible, son pied haut levé par-dessus des pierres. Le penser ainsi, à l’instant ouvre à la reprise de ce qui pourrait, en parallèle au manuscrit de La poète énervée, retrouver le devant de la scène, ou au moins la moitié. Deux filles en Corée, plutôt que L’histoire de Jane, serait déjà un titre plus dynamique, il n’est pas question du titre ici, mais de ce qui doit faire l’unicité du sujet, au travers des scènes de voyage dont la narratrice le réalise, quand l’autrice le compose.

4 • La poète énervée

Écrire sur commande, orientée par, guidée par, inspirée par, suggérée par, avec, en piquant à, c’est ça, c’est comme ça qu’on fait nous, on pique, voilà, on fait ça, on recycle, on taille, on vole, on emprunte et on oublie de rendre, on dit rien — on le fait, on en rigole avec les autres qui le font, on le murmure comme un mauvais secret mal gardé, éviter de tourner en rond, faire les choses à plein, pas à moitié ou alors exprès, comme de reprendre le vieux bois de l’an dernier pour la cabane de cette année. Attention aux araignées.

5 •

Le titre de la revue La moitié du fourbi
Le passage de la chanson La moitié d’un tout
La consigne La moitié de la baignoire
La contrainte La moitié du temps
L’offre La moitié d’une pêche 
Le but La moitié moins
L’annonce La moitié d’un ange
Le pull La moitié tricotée
Le verre La moitié etc.
Le mur La moitié bâtie 
La voiture La moitié payée 
La randonnée La moitié du chemin 
Le jeu de carte La moitié posée 
L’oubli La moitié racontée
La consigne La moitié à l’ombre
Mi le mi c’est la moitié d’un tout
La moitié du fourbi une scène proportion 

https://www.tierslivre.net/ateliers/chroniques-01/



 : #chroniques #02 | tenter atteindre

A propos de Catherine Serre

CATHERINE SERRE – écrit depuis longtemps et n'importe où, des mots au son et à la vidéo, une langue rythmée et imprégnée du sonore, tentative de vivre dans ce monde désarticulé, elle publie régulièrement en revue papier et web, les lit et les remercie d'exister, réalise des poèmactions aussi souvent que nécessaire, des expoèmes alliant art visuel et mots, pour Fiestival Maelström, lance Entremet, chronique vidéo pour Faim ! festival de poésie en ligne. BLog : (en recreation - de retour en janvier ) Youtube : https://www.youtube.com/channel/UCZe5OM9jhVEKLYJd4cQqbxQ

Laisser un commentaire