#Chroniques#02 Laisser une trace

1 Comment vivre sans mots (à) dire 

2. Des couleurs 

Ne pas bouger, évaluer la distance, à hauteur de regard – une affiche rectangulaire de Miro accrochée au mur, colorée, un bonhomme comme le dessine les enfants, chapeau pointu, deux yeux ronds un rouge, un noir, des bras, l’un plus long que l’autre, souvenir du musée à Barcelone – Juste à côté un petit dessin encadré sous verre, un bonhomme dessiné par un enfant – une vitre longue et étroite qui renvoie le vert des bambous dont les feuilles oscillent au gré du vent – au mur, un nouveau dessin offert par une amie peintre, un arbre et des oiseaux de toutes les couleurs, au pied de l’arbre un petit personnage et  un grand livre, titre du dessin la liseuse – une deuxième vitre identique à la première, des feuilles, des feuilles, le vert toujours présent – au mur encore, une carte postale achetée à Brooklyn – le regard entraîne un mouvement de la tête vers la gauche, troisième rectangle vitré,  pour redécouvrir dans cet univers familier, des objets suspendus à des branches de bois flottés ramassés à Galéria – la tête entraine le corps à regarder à l’arrière une photo de famille prise le dernier jour de nos vacances dans un village proche de Patras, encadrée par un cadre en bois tombé un jour sur le sol, la vitre s’est brisée, j’ai pu y rajouter de nouvelles petites photos des enfants devenus adultes, d’un compagnon et de leur fille – mon regard circulant et circulaire rencontrent encore des photos,  des dessins –  à ma droite des étagères de livres, carnets, livres posés horizontalement ou  et verticalement, des titres se détachent « Éloge des bistrots parisiens,  Flaubert à la Motte-Piquet, les lieux de Duras » – nouveau mouvement des yeux qui se fixent sur une grande photo en noir et blanc, prise lors d’un atelier, gros plan sur mes mains – un diptyque composé de deux tableaux qui se complètent – Entourée de toutes ces choses, faites de mots, de couleurs, je pense au livre de Sei Shônagon et ses notes de chevet.

3 Inachevé 

Inventer un livre de voyage, si le voyage me parle, le livre est une autre histoire. J’ai des carnets de voyages qui ne sont ni des récits, ni des histoires, tout au plus des petits fragments, souvenirs qui me permettent de retrouver des moments, des dates précises avec à l’appui dessins, tickets, photos et autres petits papiers amassés et collés témoins de la petite anecdote qui pourrait éventuellement se transformer en récit. 

J’ai des carnets qui ont accompagné les ateliers d’écriture suivis et animés, mémoire de propositions qui me permettent de créer

J’ai des carnets sur ma vie professionnelle pour rendre compte du métier, récits d’expérience commencés jamais finis – 

« Un homme venu d’ailleurs » oui, sans doute un titre prometteur qui raconterait la traversée en des temps où le voyage se ferait plutôt par les mers que par les airs. L’image du personnage est sous mes yeux, un homme au visage buriné par le soleil, un marin, un scaphandrier peut être. Alors là, je devrais commencer par me renseigner sur ce métier, évincer l’image de Tintin engoncé dans son costume avec ses tuyaux qui lui permettent de respirer, inventer ce voyage et ces moments sous la mer à la recherche d’un quelconque, quoi trésor ? non je ne suis pas une conteuse, bref en écrivant, la tâche me semble aussi séduisante qu’ardue Trouverais-je suffisamment de mots pour écrire un récit qui tiennent ? Bien sûr, je pourrais m’appuyer sur mes traversées d’une rive à l’autre, mais je ne connais rien à la vie sous-marine, comment une telle idée peut-elle émerger ? 

Dimanche 12 juillet 2026

7h30 – installée sur la terrasse, entourée par la fraicheur matinale, un café à proximité, je démarre la lecture du livre d’Erri De Luca « l’âge expérimentale », la vieillesse comme expérience positive, ses mots s’imposent, se posent et résonnent comme une merveilleuse mélodie qui invitent aussi à l’écriture – me plonger dans les nouvelles propositions de F.B, repenser à l’atelier de samedi matin et construire un cycle pour l’année à venir, je vais le nommer « Traces ». Certains livres racontent des histoires, d’autres donnent envie d’écrire, d’autres sont là en attente, attente parfois par leur couleur, leur forme, leur titre comme des promesses de possibles à venir. Par où vais-je commencer ?  

5 Complément 

Mots absents, oubliés, notés mais laissés, mots dans sa tête, mots dits, perdus, nombreux mots restés en suspens, longtemps, je n’avais pas le temps, je choisissais le boulot, les enfants, les vacances celle au bord de la mer, les copains, la paresse, la lecture qui prenait le pas. 

S’offrir à l’occasion une parenthèse d’écriture en atelier, des possibles s’ouvrait alors que j’oubliais ensuite, je n’avais pas le temps, je choisissais le boulot, les enfants, les vacances celle au bord de la mer, les copains, la paresse, la lecture qui prenait le pas. 

Le pas, pour revenir à la vie comme si « l’écriture ou la vie » ?  (titre emprunté à J. Semprun)

A propos de Caroline Burgy

Lire, écrire, faire écrire, trois mots, marqueurs de ma vie, animatrice d'ateliers d'écriture, ils ont jalonné ma vie depuis quelques années, des rencontres avec quelques passeurs m’ont donné l’occasion de soutenir cette place avec les autres. Marguerite Duras écrivait "l'écriture c'est l'inconnu. Avant d'écrire on ne sait pas ce qu'on va écrire..." sans doute suis je portée par cette part d'inconnu à découvrir au fil du temps...

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