#chroniques #01 | mémoire

1 | DU MONDE

Un monde qui ne protège plus ses zones humides ne mérite plus qu’on le sauve

[ Un slogan écrit pour le rassemblement de protestation contre la construction de la LGV Bordeaux-Toulouse ? ]

2 | LE RÉEL, LE RÉEL, ENCORE LE RÉEL

Carrefour entre le pont Saint-Esprit sur l’Adour à Bayonne et la rue d’Alsace-Lorraine longeant le quartier Saint-Esprit. Traverser, ne pas traverser le pont. Trop chaud. S’appuyer à la balustrade et observer pour plus tard se souvenir et écrire. Quarante degrés, dix-neuf heures, le pont est presque désert. Deux personnes s’abritent sous une ombrelle direction le cinéma Atalante. Un cycliste. Un groupe de cinq ados se dirigent vers le centre ville. Un bus-tram, 100 % électrique écrit sur la carrosserie en grosses lettres blanches. Destination les Hauts de Bayonne. Dans l’autre sens un bus en route vers les plages d’Anglet. Le pont aux couleurs des fêtes de Bayonne. Les drapeaux des pays étrangers ont été remplacé par ceux de la ville de Bayonne, du Pays Basque, d’autres rouges et verts aux couleurs des fêtes. Un brin franchouillard. Feu le drapeau de Palestine. Il reviendra, on l’espère après cette période d’agitation. Déjà en place, des panneaux pour diriger les foules pendant les fêtes. Les festivités débutent en milieu de semaine prochaine. Carrefour de deux ambiances urbaines. Carrefour de l’écriture. D’un côté, écrire sur le quartier Saint-Esprit commune autonome jusqu’en 1857. Là se sont installés des Juifs ibériques, chassés d’Espagne et du Portugal à la fin du XVe siècle. De l’autre, écrire sur la ville forteresse et maritime du centre.

3 | ÉCRIRE AVEC CLARICE LISPECTOR

Aller ou ne pas aller dormir en cette période caniculaire. Dilemme veiller pour bénéficier de la presque fraîcheur de la nuit ou aller dormir. Fatigue accumulée, quarante degrés quotidiens. Aller au lit. Débuter la valse du drap. Le monter très haut pour gruger les moustiques, trop chaud, l’enlever. Plus tard le remonter, avec l’arrivée de la brise nocturne. Somnoler. Penser à l’ami B, qui toute sa vie a travaillé en deux ou trois huit. N’a plus jamais dormi des nuits complètes. Si au lui demandait as-tu bien dormi ? Invariablement, il répondait, j’ai somnolé. Tenter de ne pas brasser dans sa tête l’actualité. Les incendies, le feu qui progresse partout. Ressentir la montée de l’insomnie, de l’angoisse. Souvenir des incendies girondins de 2022. Dune du Pilat, trente mille hectares dévastés, la forêt usagère, les animaux, la biodiversité. Tout se mélange dans la tête. La Teste de Buch, la Drôme. Pourtant aimer voir défiler ces heures entre jour et nuit. Ne pas se lever. Arrêter de penser. Juste savourer ce temps de l’entre-deux. Douceur de l’heure bleue. Le moment où le ciel est plus bleu que le bleu du ciel. Un bleu presque noir. Être réveillé en sursaut par la radio allumée… pour tenter de s’endormir. Une voix d’un autre temps. La chanteuse Damia évoquée par Mouloudji et Cora Vaucaire. Se sentir d’un autre temps. Qui connaît encore Damia. Ressentir la fraîcheur du petit matin, voir le ciel de nuit se fissurer et apercevoir la lumière qui tente d’exister. Aimerait pouvoir arrêter le temps.

4 | DE SOI-MÊME, ET D’ÉCRIRE

Toujours le même texte en chantier. La tête dans les nuages depuis plusieurs mois, travaillé lors de l’atelier d’été de l’an dernier, complété durant l’année. Un texte sans doute perpétuel puisqu’il est basé sur mes lectures, sur l’observation du ciel. Je pensais poursuivre le travail pendant cet atelier. En faisant du tri dans le dossier écriture de mon disque dur externe, je retombe sur un projet d’écriture sur le lien d’une femme à la Méditerranée. Un texte ébauché, jamais terminé. La semaine prochaine je pars à Sète pour assister au festival Voix vive. Si c’était le moment de le retravailler. On dit que le hasard fait bien les choses, je n’aime pas trop les dictions, mais j’apprécie avoir ré-ouvert ce fichier.

Je me souviens t’avoir rencontrée à Bordeaux au moment où tu commençais tes recherches sur la Méditerranée. Tu disais que depuis ton séjour à Sète l’été précédent, tes liens avec la Méditerranée s’étaient réveillés. Comme une évidence. Sans comprendre vraiment la raison profonde. Ou, si. Pour comprendre qu’entre souvenirs d’enfance et ancêtres corses, cette mer participait de ton identité. Parce que fille de l’Atlantique depuis une vingtaine d’années, en foulant à nouveau les terres méditerranéennes, la première fois depuis 40 ans, tu as ressenti un lien profond avec cette mer. Étonnamment. Profondément.

Tu projetais d’y retourner l’été suivant. Les mois précédents ton départ, quand je te voyais tu me parlais Méditerranée. Je te questionnais, tu me répondais passionnée, me racontant les avancées de tes recherches foisonnantes, tes découvertes exaltantes, ta quête était devenue un peu la mienne. Je me replonge dans le texte avec plaisir.

Les deux personnages sont-ils nécessaire ? L’écriture le dira sans doute. Ce n’est pas un texte documentaire sur la Méditerranée. Juste le ressenti d’un personnage face à un lieu.

Un soir un peu après minuit, tu m’envoies un message. J’ai trouvé un truc génial, pour savoir si je suis côté atlantique ou méditerranée, la ligne de partage des eaux. On a l’habitude d’échanger des messages, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Pour s’envoyer une phrase de la lecture du moment, la photo d’un travail en cours, ou « un truc génial » comme ce soir.

Relire effacer réécrire plus très sûre revenir aux nuages

Tu m’expliques la frontière entre les bassins versant des fleuves. Les lignes de crête : grosso-modo, ce sont les lignes de partage des eaux. Les gouttes de pluie tombant d’un côté ou de l’autre de cette ligne alimentent deux bassins versants contiguës.- Donc pour le territoire qui t’intéresse, cette fameuse ligne serait comme une frontière entre les eaux qui coulent soit vers l’Atlantique, soit vers la Méditerranée, je te répond. Exactement. Et donc quand le train coupera cette ligne de partage des eaux, j’aurai basculé de l’autre côté, en pays méditerranéen. A voir l’influence de cette traversée sur les paysages.

Penser à Emmanuelle Pereyre entendue récemment lors d’un débat. Avant de commencer un texte elle se documente, émissions radio, documentaires, article de divulgation ou scientifique. Elle brasse, découpe, classe. Elle parle de collage de paragraphes plus techniques dans ses textes.

Hubert Reeves raconte que l’eau, qui tombe du ciel de nos jours est exactement la même que celle que buvaient les dinosaures il y a 250 millions d’années.

5 | ANIMAL TOTEM

La petite route entre Tursac et Les Eyzies, dans le Périgord noir, un soir d’automne. Tu la connais par cœur cette route. Empruntée plusieurs fois par mois du temps de ton activité professionnelle quand tu parcourais la vallée de la Vézère. Chaque virage, la montée à la sortie de Tursac, la petite portion de ligne droite, là ou l’été on pouvait doubler les vacanciers roulant au pas émerveillés par la beauté des paysages. C’était juste après la petite maison abandonnée cachée dans la forêt, squattée une partie du printemps. Tu roulais prudemment, on t’avait dit que souvent des cerfs ou des sangliers traversaient.Tu pensais à ta journée du lendemain, aux rendez-vous planifiés, à la possibilité entre deux d’aller voir le site d’un futur projet de hangar agricole. Soudain, tu aperçois une silhouette animale, en un instant tu reconnais un cerf. Eclairé par les phares de la voiture, son pelage est beige presque blanc. Vision surnaturelle. Il avance avec aisance. Il passe devant la voiture, tu as le temps de freiner, ce n’était pas nécessaire. Tout va très vite, l’espace d’un instant le cerf majestueux tourne la tête, te fixe dans les yeux, ses longs bois sinueux accentuent la majesté du mouvement de la tête. Tu as l’impression qu’il te salue avant de rejoindre la forêt. Ou alors il te donne l’autorisation de traverser son territoire. Il est chez lui le cerf, la route est juste venue traverser son habitat naturel. C’est la saison des amours, la période ou on peut entendre le brame du cerf. Il est pressé de retrouver les siens, il ne s’attarde pas.
Une amie t’a dit que le cerf était ton animal totem.

A propos de Isabelle Vauquois

Vit à Mérignac, à deux pas de Bordeaux. Lieux d'inspiration : Vallée de la Vézère, Bayonne, Bordeaux, l'Adour et la Garonne, la côte sud landaise. Découvre l’écriture avec les ateliers de Claire Lecoeur. Première expérience Tiers livre en 2023 avec "le Grand carnet". Plus j'apprends à écrire, plus j'apprends à lire ! Un projet en cours sur les nuages, l'atelier L'énergie collective du Tiers livre, boostant pour avancer.. .

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