Sommaire
01 | lucie
3 | soleil
réveillé comme on se serait échoué sur une plage, abandonné au soleil, les draps en nage, les coups du ressac dans la tête et ce vent acouphène qui reprend de plus bel, électrique, comme ce membre devenu fantôme — un bras ? quel bras ? cette branche morte sous le tronc ? c’est ça qui coince ? c’est ça qui pèse ? comment ça se retourne ? — la trotteuse du téléphone aux environs de trois heures — le flanc gauche déchiré en roulant sur le côté, une même corde de l’arc électrique vient de lâcher, de la base du cou aux doigts de pied, en passant par le bras, le bout des doigts, même la pointe de la langue s’en souvient, du grésillement, comme de la neige sur un vieil écran, bloc d’électrons libres — mais qu’en dit le cœur, qu’un groupe de jeunes aiguilles, joueuses, taquinent ? — torse nu, allongé en croix les bras tendus, le reste noyé dans les draps, léché par un filet d’air et les stridulations de sauterelles et criquets, et ce chien qui se barre sur le chemin blanc tel un nuage noir poussé par la brise en direction de la lune — la lumière, la lampe de chevet et le drap sur le visage, non, lampe frontale, lumière rouge, et rien ne filtre du volet, que ce soupçon d’air et les radiations de la nuit, et que faire de ce corps balourd d’un côté et spectral de l’autre, essaim d’électrons ? — Lève-toi et marche, dit-il — la langue pâteuse et vibrante, j’attrape la gourde, et quelques gros mots pour étancher une soif expectorante et un bain de bouche tiède, parfum caoutchouc, qui finira dans la cuvette — combien de temps il a couru ? pourquoi il a aboyé comme ça ? pourquoi il s’est dissous aux abords de la pleine lune ? pour me réveiller ? — toutes les surfaces, tous les angles rouges, le reflet saillant de mon œil frontal dans la crédence, pour un verre d’eau fraîche en prise directe au frigo qui clappe, je le bois d’un trait, couvert de fourmis sur la jambe, le bras, une poignée dispersant leurs derniers jets d’acide sur la langue — pendant que la tranche de brioche frémit doucement dans le grille-pain, la petite lumière verte de la cafetière a des airs de ver luisant à 4:55 — j’ouvre volets, fenêtres, porte-fenêtre, baie vitrée, la pâte croustillante fondant sous les roulements de la langue j’avance sur la terrasse encore chaude, sur l’herbe craquante, sous les étoiles qui stridulent et brassent un petit vent instable et les assauts ronflants des phares d’une voiture — neuf heures étaient passées quand un chien me réveilla, le soleil dans toute la chambre — on ferme
1 | Lucy Fairy — et cette magie du monde qui vous éclaire plus juste (fermes de lucioles et vers luisants d’appoint)
(Et ce serait inscrit comme sur une grande affiche publicitaire. Manque l’image et le logo de l’entreprise.
— Moi, je verrais bien aussi une promotion pour une gamme d’éclairage sous forme de guirlande nommée Lampyr.)

2 | trottoir sans fin
… c’est comme le rond-point de la structure, tu sais, quand on en sort, il est bizarre ce rond-point, c’est pas un vrai rond-point qui te fait la circulation, il est tout petit, même avec la route qui fait le tour c’est plus petit que les ronds-points à l’entrée de la ville, et puis avec le stop qu’on se tape pour y entrer il est pas fichu de libérer la circulation, en même temps, il la bloque pas non plus vu qu’on lui passe dessus, s’il était pas si petit, si c’était pas si serré, je ferais peut-être le tour, des fois ça m’arrive, si y a quelqu’un en face, mais sinon c’est presque comme s’il existait pas, d’ailleurs t’as vu comme il est fait, il est tout quasiment sans relief, et c’est jamais que des pavés en cercle, tu sais, ce genre de pavés légers, pas chers, pour des trottoirs pas beaux, rouge orangé mais c’est quasiment passé tellement ils ont été délavés et brûlés, au milieu c’est quatre quarts de cercles, et je sais pas si c’est des pavés qu’on a taillés, et puis après des cercles, des anneaux de pavés tout autour, toujours plus grands, une vingtaine je dirais, bordures de trottoir comprises, et en fait c’est ça, un rond-point comme un trottoir, un trottoir qui tourne en rond, un trottoir sans fin, et ça fait comme un manège à piéton…
4 | le dernier texte
Arrêter d’écrire. peut-il vraiment s’agir d’un projet ? Arrêter d’écrire. Écrire comme si c’était fini, après, parce que Dieu sait de quoi les lendemains sont faits. Ou écrire comme si on en finissait avec l’écriture, enfin, et bon débarras. Arrêter d’écrire. J’ai déjà évoqué ça, je ne sais plus quand, dans un autre atelier d’écriture, il y a quelques années maintenant. Et je dois dire que, depuis, si bien d’autres textes se sont malheureusement accumulés, ce projet de la fin de l’écriture me semble en même temps avoir bien avancé. Arrêter d’écrire. Ne pas parler de soi. Non, ce n’est pas le but. Que ta vie serve seulement de point d’appui, de soutien, de support. Comme dit l’autre, dans le film, Quand je regarde comme ça, on me voit. Si je regarde comme ça, on me voit plus. On me voit, on me voit plus. On me voit… on me voit plus. On me voit plus, on me voit. On me voit un peu, on me voit plus. Arrêter d’écrire. Éviter la fiction. Ou plutôt non. Il ne s’agit pas spécialement de l’éviter, mais la fiction en soi n’est pas un objectif. De toute façon, avec le langage, elle revient au galop. Dire tu, écrire il ou elle, à la place de je — et inversement : et voilà, elle est là. Même quand on veut être au plus près du réel, de ce qu’on voit, de ce qu’on entend, etc. les tours et détours que prend l’écriture pour le formuler, d’affirmations en ajouts, suppressions, négations, corrections… la seule réalité qui vaille est celle-ci, du jeu de la langue. Arrêter d’écrire. S’en remettre aux projets d’écriture des autres. Au début, c’était les ateliers d’écriture. T’as envie d’écrire ? mais tu sais pas trop sur quoi ? tu sais seulement ce sur quoi tu ne veux pas écrire, ta vie ? tu crois que tu ne sais pas, et ne veux pas, écrire de fiction ? bref ! tu veux écrire, mais par où commencer ? Eh bien une dizaine d’atelier d’écriture, d’abord, pour une bonne trentaine de thèmes et des centaines d’exercices, de consignes, de conseils, de techniques, d’astuces, de farces et attrapes aussi — ça dépend qui anime, et on a bien le droit de prendre le parti d’en rire — et ne pas croire que ce que t’écris c’est bon, ne pas croire que c’est mauvais non plus. Arrêter d’écrire. Avec l’eau de David Foster Wallace, pourquoi pas, peut-être : « Et j’avance que, au-delà des conneries, la valeur d’une éducation aux sciences humaines devrait être la suivante : comment faire pour traverse votre vie d’adultes à l’aise, prospères et respectables sans être morts, inconscients, serviteurs de votre esprit et de la configuration par défaut qui vous veut solitaires, royalement seuls, jour après jour après jour. […] La liberté la plus importante nécessite de l’attention, de l’ouverture, de la discipline et la capacité de s’intéresser pour de vrai aux autres, de se sacrifier pour eux, encore et encore, chaque jour, avec une infinité de petits gestes pas très sexy. » Arrêter d’écrire. Et pourquoi pas, après, en même temps, ou avant mais ce ne fut pas mon cas, une espèce de correspondance. Tu te fais correspondant PHR, tu vas ici et là, d’un concours de boules à un moules-frites, des vœux du maire à l’ouverture de la piscine, du loto de l’école à la remise de diplômes des cadets de la sécurité civile, de la randonnée nocturne à la frairie traditionnelle, du stage d’été de l’école de danse au spectacle folklorique des enfants d’Ukraine… et à chaque fois un article, un petit texte, que tu travailles un peu. Voilà, ici et là, en routard local, tu viens voir, écouter, goûter à l’occasion, tu notes, tu transcris, tu écris au mieux. Voilà. Sans projet d’écriture. Tu vas, ça vient. Même si, c’est vrai, parfois, ça vient pas vraiment. Parfois, le petit événement, la grosse manifestation, c’est comme un obstacle. Mais c’est peut-être justement parce que tu en attends trop sur le plan de l’écriture ? Arrêter d’écrire. D’un dernier texte à l’autre, est-ce que, tous réunis, ça fait un dernier livre ? Et si, de cette espèce d’écriture à l’aveugle, sans finalité ni fin, naissait quand même quelque chose, avec un peu de recul, dans la masse, comme un projet d’écriture ? Après le chasseur, quand tout a déjà été écrit, le cueilleur ? Pour une soupe ou de la confiture ? Arrêter d’écrire. Cessons là. À force d’en parler, il s’agira moins d’arrêter que d’arrêté. Et nous, les formalités… c’est pas dans nos projets. Arrêter d’écrire. Qu’est-ce que j’ai oublié ? — Laura Vazquez, en idiote du village, entre autres : « je ne sais pas comment m’y prendre | il faut tomber | une enquête sur rien | je ne suis pas là | l’eau ne s’exprime pas | pour bien réfléchir/ne pas réfléchir | ne commence pas | le café aide »
5 | essai de vers luisants
tous les soirs ou presque on l’aperçoit dans le jardinc’est juste une ombre qui va et vient
parfois on la perd de vue elle se confond dans la masse des feuillageson en devine mieux la forme les mouvements le trajet avec le ciel par-dessus la tête
et si on ne la voit pas on l’entend cette bête-là ne sait pas chasser elle ne sait pas arriver à pas de loup encore moins se camoufler et flairer sa proiemais ce n’est pas ce qu’elle recherche elle ne chasse pas guetter contempler fouiller un peu du regard
c’est une bête qui observe elle préfèremais c’est tout nous surprendre parfois rarement
et quand elle croiton avait déjà senti en fait sa présence
depuis un certain temps même à sa façon de faire vibrer le fantôme de son regard de son plaisir
nous on reste tapis là sous les feuilles d’herbe
la tête en bas prêts à s’enfouir plus profond dans un interstice de la terreet en se défendant de toute la lumière possible de notre abdomen
de façon à créer ce cocon de lumière qui nous sert de bouclier en trompe-l’œil
si possible à aveugler ce géant qui vient nous faire de l’ombrequi nous empêche de scintiller de dialoguer avec les étoiles
de leur faire la cour les grands soirs d’orage électrique en n’en finissant plus de clignoter
00 | le stagiaire
Ouf ! j’ai fini par trouver du temps et un peu d’inspiration. En revanche, les 5 400 signes… On réglera ça au prochain tour (peut-être).
4.
sur la plaque de verre transparent, un grand tapis noir représentant la carte du monde sur lequel erre ma souris (ergonomique) | le vieux clavier Compaq (une vingtaine d’années), un peu de poussière, sa petite lumière orange, une languette aide-mémoire pour me rappeler de retrouver le beau discours d’Anne Bouvier (c’est la note) depuis la cérémonie des Molière (du 2 avril) | le rehausseur d’écran en bambou, le vieil écran Compaq dessus, une poignée de clefs USB, noire, bleu, rouge, un disque SSD NVMe, un bloc de Post-it et deux mots (Mur, Antilivre — on a les notes qu’on mérite), un petit bout de papier chiffonné | sous le rehausseur, une fiche cartonnée pour un alphabet braille (une phrase pour s’exercer)
à portée de main (droite), une petite pile de livres et un calepin ouvert, le smartphone dessus, un pichet de lait blanc pour pot à crayons (Bic quatre couleurs, feutre fluos, vert, jaune, bleu, orange, paire de ciseaux rouge et gris, un stylo noir, un crayon de papier), le lutrin pour entasser quelques papiers, lettres, cartes de visite et deux livres (Manifestes du surréalisme, Louons maintenant les grands hommes), un thermomètre électronique avec un semblant de toit (24,3° C), ma gourde rouge, un mouchoir en papier usagé
(gauche) sur un petit tas de livres en vrac, le carnet ouvert et ses notes noires, quelques lignes en rouge, en vert, Vivre et penser comme des porcs ouvert aussi, à l’envers, déployé sur toute sa couverture rouge, son profil de face cubique, un œil vide l’autre décentré, la pyramide de 100 000 ans de beauté la lampe de chevet dessus, abat-jour blanc cassé, en forme de goutte de bois, une pile de disques en éventail dessous, le vieux Darklands en tête
3.
Chaque jour, en allumant la machine, je tombe directement sur un grand tableau noir de Pierre Soulages. C’est mon fond d’écran. Il a longtemps été noir. C’était un fond sans fond. Et puis un jour, j’ai voulu l’égayer un peu. Il y a d’abord eu les Seascapes nocturnes de Hiroshi Sugimoto, et puis Soulages.
Il ne s’agit pas vraiment d’un fond d’écran. La peinture noire fait écran dans l’écran. D’autant plus qu’elle n’est pas vraiment noire. Elle est peut-être même pour moitié blanche. De la peinture à l’huile exclusivement noire pour un effet visuel à moitié blanc.
Il ne s’agit pas non plus d’un grand tableau, en fait. Avec 165 cm de long sur 51 cm de large, son format panoramique, englobant tout le champ visuel, vision périphérique comprise, crée cette impression. On est face à un mur, à un bloc. Un peu comme le monolithe de 2001, l’odyssée de l’espace, mais couché.
Aucun fichier, aucun dossier, aucun raccourci ne doit s’y superposer. Depuis que l’image est là, les icônes s’ordonnent autour. Celle qui vient s’inscrire dessus, comme un mauvais tag, finit à la corbeille. Une sorte de radioactivité inconsciente permet de ne pas surcharger l’écran.
On imagine une grande couche noire, plate, laquée, ou mieux : une belle nappe de pétrole brut, parfaitement mate, et un peigne, ou plusieurs peignes aux dents plus ou moins fines, cassées ici et là : des peignes pour démêler le bitume, lisser le mazout, coiffer le fuel en une série de lignes plus ou moins noires, plus ou moins blanches, plus ou moins parallèles, toutes de travers : des rayons par milliers, chaque blanc accolé à un noir dont il provient, et inversement, de l’un à l’autre, comme s’il n’y avait pour finir qu’un seul rayon : un même rayon, aussi que noir que blanc, aussi plein de peinture que vide, à la mode quantique, mais démultiplié sous l’effet, miroir ?, de sa radioactivité : un spectre de lumière noire déployé, décomposé par capillarité, de rayon fantôme en reflet inverse, toujours de travers, toujours dans le sens de la lecture, de gauche à droit, de haut en bas, sans autre profondeur et paysage que la pulpe des doigts à passer, de crêtes en creux, dans les rayures, gravures, griffures, biffures de l’écran plat.
2.
Devant l’écran, à taper sur le clavier, le carnet ouvert, des notes à la va-vite, noires, rouges, vertes, dispersées, soulignées, encadrées, biffées, une touche de mauve…
un tour sur le navigateur, à la recherche d’un blog, d’un compte, d’un mur, d’une page, peut-être une phrase, un fragment, parfois une image…
pour la musique, c’est sans paroles avec BRUIT ≤
toute l’heure ainsi, en tournant une page pour un troisième, un quatrième petit paragraphe, aux lignes qui avancent, s’accumulent, reculent un peu, s’entassent…
les volets en tuile grincent, l’eau de la gourde a pris le goût du caoutchouc…
Voilà : « les équipages s’enfoncent au cœur des immensités désertiques pour explorer des territoires bruts ».
Vient toujours ce moment où tu ne tiens plus, le poignet, le bras engourdis, des fourmis dans les jambes, alors tu te lèves, tu vas marcher dans la maison, un verre d’eau fraîche au frigo, tu enfiles tes chaussures, tu sors par la porte-fenêtre, la lumière sur la terrasse t’éblouit, la chaleur t’envahit, tu vas marcher dans le jardin, tu gagnes l’ombre des arbres, tu fais aboyer les chiens.
Le lapin n’aura pas bougé de l’après-midi, il sera resté sous les chaises hautes, calé entre les barreaux et la paroi de l’îlot de la cuisine. Non, il aura bougé pour aller manger dans sa cage, il y a une traînée de copeaux sur le carrelage.
Un coup d’œil sur le smartphone, pour une icône de soleil et 38° à 19:06. Une petite faim. Tentation d’une tranche de brioche, dorée au grille-pain, avec une couche de confiture de pêche ou de figue. C’est plus l’heure.
En terminer avec une image, recadrer, ajuster les couleurs, rehausser la netteté, enregistrer les modifications, renommer, copier, coller, insérer une légende. On verra plus tard la mise en ligne.
ME, allongée dans le canapé, smartphone en main, regarde un capsule vidéo de La Dernière. Tu regardes pas le match ? — Non, je vais à la douche, je me change, je grignote, j’y vais.
Le miroir embué, sauf un rectangle au centre. Saurais-je un jour pourquoi ?
« Attention à la combinaison, et ce sera une combinaison justement le pied droit derrièèèÈÈÈ… le premier tir, de cette seconde période fait mouche ! »
Assiette de salade de pâtes complètes (penne rigate – beige), morceaux de tomates séchées (d’un brun rouge), cubes de féta (blanc), dés de jambon de pays (rouge violacé), brins de poivrons et piment doux (vert, jaune, rouge), olives (noir). Deux ou trois tranches de pain doré. Non, pas de rosé. (Ça manque de bleu.)
Quel con ! les fenêtres de la bagnole !
En route, soleil de face. Dans les fossés, l’avoine folle semble illuminée. Du cristal.
21:00 pile au compteur, la distillerie du domaine du Chevalier de Cruc, médecin d’Henri IV selon la grosse dame en robe marine (le nom m’échappe). Huit alambics rouges, des dizaines de tableaux.
Petit godet en plastique pour cognac arrangé aux fruits rouges.
Sur la dalle en béton chaude au pied des cuves de vin, trois tables, des parasols, on s’installe, on discute, avec vue sur le vignoble, le soleil tombe derrière un bois.
Autoradio. « Chut…. Écoute. Les chevaux dorment dans les prés. Les chiens aux truffes humides dans les cours. Les chats somnolent dans les coins obliques. »
Le parking plein dans un champ de blé coupé, les voitures tournent pour un manège improvisé.
Le chapiteau, façon cirque ouvert, les grandes tablées pleines, on va, on vient, on court, moules frites sur la paille, elle l’aime, elle l’adore, rose sur fond noir, Dreamer cover band, un drone au survol.
La nuit tombe, les attractions foraines débourrent de sons, de lumières, couleurs, formes, tours, sauts, tirs, barbes, courses, chocs, glaces, cris, rires.
22:34 — au détour d’un bois, la route monte doucement, tout droit, et dans le ronflement par la fenêtre ouverte, cette grande ligne fauve retenant encore un instant les lueurs marine de la nuit.
En arrivant, bientôt, un champ éclairé, le souffle d’une machine, la fraîcheur des blés.
Le match va commencer, c’est la fin de Fort Boyard, l’énigme, le mot qu’on ne trouve pas facilement, nature, et la terrasse irradie son bain de soleil, les grillons font de même, les étoiles, le souffle des bœufs du champ tout à côté et le vent porte un reste de musique boum boum. Où sont passés mes lucies ?

1.
… pas question de refaire le monde… il me dit, alors moi Ben… en fait, je veux bien, moi, retourner dans la caverne et sortir de dessous la roche des petites poires bien fraîches, et bien fermentées d’abord histoire de se chauffer un peu la verve au coin du feu, mais alors… disons que tout ce qu’on va se dire on va le faire, on va le mimer… et quelques bruits de bouche, tiens, en guise de ponctuation, oui, des petits bruits de bouche… et là, il me fait Tiens, ben celui-ci déjà, attrape-le, peins-le en bleu, tu feras de beaux rêves ! avec un de ces pets…
5.
… et alors pour commencer ce stage, v’voyez, vu le temps, j’avais prévu une petite activité simple en extérieur, v’voyez, du genre description sur un rond-point, mais vu les conditions… Oui, un sens giratoire, si tu veux… oui, je sais que tu l’as déjà fait, mais tous les ronds-points sont uniques, tu sais, t’es pas obligé de choisir le même… bref ! aujourd’hui… et en plus y en a qui sont abrités… donc, aujourd’hui, v’voyez, vous irez vous mettre au frais où vous voudrez dans le café du coin, la boulangerie du village, le supermarché, rayon fruits et légumes, la boutique du pompiste, la mairie, la médiathèque, v’voyez… la gendarmerie si tu veux, encore que je suis pas sûr qu’il y ait assez monde pour l’exercice, à moins d’une descente au préalable, parce que vous allez devoir écouter voir, c’est-à-dire noter, v’voyez, en mode descriptif quand même, ce que vous voyez de ce que vous entendez, vous notez les faits et gestes de la conversation, pas ce qu’on dit, mais ce qu’on fait en le disant, le jeu des mains, les sourcils qui se lèvent, la bouche béante, le sourire en coin, les yeux au ciel… oui, le doigt d’honneur aussi, ça arrive, tous les gestes sont adultes, pas beaux peut-être, mais… v’voyez, c’est ça, la scénographie langagière d’une conversation tout à fait quelconque en mode sourdine, comme dans les films muets… je sais, c’est un classique, mais le stage commence tout juste, on y va simple, et y en a qui découvre, tu sais, tout le monde est pas né sourd-muet comme toi… bon, voilà, v’voyez, et dernière chose, vous attardez pas sur toute une conversation, vous arrivez, vous écoutez voir, ou vous voyez écouter, et juste un instant, vous la prenez au vol, en passant si vous voulez, v’voyez, quelques notes, des bribes, disons une minute pour une scène en quelques images, quelques gestes, v’voyez… voilà, ça une fois par jour… et, si vous voulez, à la maison, vous imaginerez ce qui a bien pu se dire, v’voyez…
J’aime beaucoup le journal de bord, l’atelier d’écriture… En fait, j’aime tout et trouve l’ensemble vraiment très stimulant.
Eh bien merci Geneviève. J’avoue être personnellement resté sur ma faim en écrivant ce journal de bord, qui n’a pas été conçu en tant que tel tellement j’ai eu de peine à trouver le temps, et parfois l’énergie, pour boucler la chose. Et la comprendre.
Sentiment de stimulation similaire à celui de Geneviève. Beaucoup aimé le pt 2 (journée) et les Arrêter d’écrire.
Je triche un peu. Le coup d’ « arrêter d’écrire » j’en avais déjà parlé il y a quelques années. J’ai repris la chose en la poursuivant, sans reprendre le texte précédent. Je ne sais même pas exactement où il se trouve. Je n’ai pas le temps de chercher. J’ai déjà trop peu de temps pour l’atelier. — Merci Laurent.