30 ans de Mantes en librairie


l’anniversaire de la Réserve, et libraire qui chante


une autre page images, au hasard (depuis 2005) :
la photographie disperse le feu

Pas souvent que je suis sur les routes un dimanche : mais Stéphane Bernard m’a proposé d’être son invité pour les 30 ans de La Réserve...

Stéphane est arrivé à Mantes dans les années 70 : il s’agissait d’assurer la logisitique (tracts et affiches, réunions, vie civile ? — on a encore trop peu d’écrits sur tout ça) pour les établis qui s’embauchaient sur les chaînes des géants sauvages de la région : Renault Flins et Simca Poissy. Relire Robert Linhart pour se remettre dans l’ambiance.

La librairie est née du politique. La première fois que je suis venu, c’était pour Sortie d’usine, avec Leslie Kaplan, qui venait de sortir L’Excès l’usine et Dorothée Letessier son Voyage à Paimpol. Le rayon consacré aux mouvements ouvriers et aux livres avec usines reste à La Réserve, je le constate aujourd’hui, sans doute le plus musclé de ce pays.

La librairie a déménagé deux fois. D’abord pour s’agrandir, et puis ensuite à cause de Benoît Delmotte : co-libraire avec Stéphane Bernard, au bout d’une dizaine d’années Benoît s’en va respirer deux ans au Brésil, revient à la librairie, prend un congé parental, et bifurque :: il dirige un peu par hasard un magasin BioCoop près d’Evreux tout en gardant contact avec Stéphane et La Réserve dont il reste associé. Mantes-la-Jolie et les villes avoisinantes, c’est un bassin de 100 000 personnes, avec problèmes de centre-ville, dissémination banlieue, importance du train. Ils reprennent, à cinquante mètres de la gare, mais côté industrie, un ancien entrepôt de légumes avec grand parking, et on divise en deux : la BioCoop d’un côté, la librairie de l’autre, et la Réserve va augmenter de 50% en trois ans son chiffre d’affaires. Je crois que c’est la seule expérience du genre en France, alors que la question des loyers hyperville est partout un gouffre.

Mais attention, aujourd’hui c’est une librairie sans livre : hier soir, à la fermeture, on a tendu des grands tissus de couleur sur les rayonnages, on a tiré les tables dans les soupentes. On fait de la place, et murs nets. Au lieu des 30 000 livres du stock, on en garde 500 : aujourd’hui, ce sera la librairie des libraires. Du coup, sur les tables, on trouve soit les livres qu’on aime, soit ceux qu’on ne connaît pas mais alors on est prêt à la surprise. Les libraires, le soir, se demandaient s’ils n’allaient pas garder les tissus quelques jours...

« 25 ans, 25 livres » : pour partager la durée, je trouve sur une table la totalité de ce que j’ai publié (au point que je me rachèterai 3 exemplaires de La ville invisible que je n’arrivais plus à me procurer !). Stéphane Bernard m’a aussi fait le cadeau discret d’un présentoir pour Déplacements. Des gens trouvent qu’on se ressemble : on ne se ressemblait pas tant avant. C’est plutôt les orages traversés ?

J’ajoute quelques clichés à ma collection d’intérieurs librairies : les bureaux, chez ces gens-là, n’ont jamais réussi à faire vraiment dans le genre compagnie d’assurances... Je suis parti de chez moi ce matin à 10h30, il est 14h, on me propose le casse-croûte directement sorti du frigo (ils en ont fait autant, juste avant que j’arrive) : jambon, rillettes et camembert mais attention — tout provenance BioCoop !

Benoît Delmotte, ex libraire, s’occupe du magasin bio : c’est l’alliage librairie et alimentation qui fait trou dans l’hyperville. Alors reste-t-il libraire, ou militant bio, avec cette table étonnante incluant Jardine bio, c’est rigolo ou Les bonnes herbes, Habitat plume, Habiter le paysage ou Le beau jardin des paresseux ?

Tout le dimanche après-midi, la foule. A 14h30 on ouvre par un dialogue avec Stéphane, et j’ai un second passage à 17h avec lecture Dylan : omniprésent, le Bob, vieux livres de partition, traductions rares (Scaduto, Shelton), disques et memorabiliae...

Et d’autres invités : Claire Ubac raconte aux enfants à l’étage. Le slammeur Rouda prend l’estrade avec juste casquette et micro. Ou la table discrète de Karen Guillorel qui, pour lancer sa maison d’édition, a décidé que le premier livre serait offert et gratuit, à condition que vous-même, après lecture, l’offriez à quelqu’un et qu’on puisse suivre sur Internet, via un code attribué à chaque livre, sa dissémination — et on peut se mettre dans la chaîne : lisez-loi, suivez-moi, échangez-moi (on peut aussi le télécharger)...

Et merci à ceux qui sont venus jusqu’ici, voici :

- vidéo 1, le slam sauvage de Rouda...
- vidéo 2, Ballad of a thin man, uniquement enregistrement disponible, par Stéphane Bernard, libraire.

Sans oublier petit tour sur site La Réserve ?



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écrit ou proposé par : François Bon
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1ère mise en ligne et dernière modification le 12 novembre 2007.
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