2019.10.18 | Louvre, lycée pro, écriture, beauté

sommaire & derniers billets, ou
une autre page du journal au hasard  :
îlots matériels de la communication

précédent _ suivant

Hier matin, dans les salles d’arts africain et océanien du Louvre. J’ai apporté Exil de Saint-John Perse. On parlera aussi du caractère non artistique, mais rituel, religieux et divinatoire des oeuvres rassemblées ici, du statut des représentations féminines, du contexte de l’appropriation et des enjeux de la restitution. On parlera aussi de la fin de l’esclavage et de la route noire au fond de l’océan. Il faut traverser une grande diagonale du Louvre pour y accéder, je crois que cette marche, qui nous fond dans une image du monde tout entier, est aussi un moment important. C’est une classe qui a déjà une connaissance fréquente des salles, des oeuvres. N’empêche, quand on s’installe, une oeuvre va servir de déclencheur : ils se sont rassemblés devant la carte de l’Afrique, avec le nom des pays et leur taille. Un grand tour parmi les salles, mais comme rapidement, comme sans voir. Mais maintenant, avec comme chaque fois la grande bienveillance complice des personnels du Louvre (y compris lorsque nos élèves se seront approprié les cartouches multilingues comme écritoires, ce que nous n’avions pas anticipé !), les voilà eux-mêmes au sol, parmi les oeuvres, comme si elles et ils, corps, visage, et surtout la main qui écrit, étaient elles-mêmes ces oeuvres. Et l’écriture alors est puissante. L’écriture est belle. Quarante minutes passent comme une seule, nous gardons la dernière demi-heure pour la lecture : c’est moi qui lirai, sans dire les prénoms, l’écoute est hallucinante. En cours de route, ils ont deux GoPro pour filmer soit les oeuvres, soit eux-mêmes — mais clairement, pour l’instant, on a cette immersion écrite à traverser, aller au bout de ce qui naît.

Et explorer la chaîne Vimeo Métamorphoses rassemblant les précédentes productions, ou productions en cours, avec les élèves du lycée François Truffaut, sous la direction de Thérèse de Paulis et Maurizio Montobbio :

- ce témoignage d’élèves

- sur la Liberté guidant le peuple, de Delacroix, question à la laïcité.

 

 

texte mis en partage pour le temps de notre réunion,
sera supprimé après

Par cette absence d’amour, j’écris. C’est vrai que je suis souvent triste, mais personne ne le remarque. Suis-je forte ? Je dirais que oui et non. Je suis forte par le fait que je ne montre rien, pour ne pas être blessée. Je fais comme si tout allait bien. Comme si je n’avais pas mal, au fond.

La famille parfaite existe-t-elle ? Je vous dirais probablement oui. Je vous dirais que non. Vous me demanderez pourquoi ? Je vous dirais que dans la vie on ne choisit pas sa famille. Qu’on ne choisit pas d’être riche ou pauvre. Ou encore qu’on ne choisit pas avec qui on vit.

En école primaire, j’ai changé d’école plusieurs fois. Vous me demanderez pourquoi ? Je vous dirais que cela ne vous regarde pas. Je me rappelle qu’en CE2 j’ai fait énormément de bêtises. Mais la plus grande bêtise que je me rappelle avoir faite, a été de mettre tous les bonnets que je trouvais dans les toilettes afin de les boucher. Vous me demanderez pourquoi ? Réponse dans un autre épisode !

Le domaine scolaire est un système qui ne me convient pas. Depuis petite on me répète à longueur de temps que je vais mal finir. Que je ne réussirai pas. Que je suis mal. Et à force qu’on me le répète j’ai fini par y croire.

La danse. Un domaine que j’aime beaucoup. C’est la seule chose qui me rende vraiment heureuse. Elle me rend heureuse parce que c’est un excellent moyen d’extérioriser les choses qu’on ressent. Il y a à peu près quatre ans que j’ai arrêté. Au début ça ne me dérangeait pas trop. Mais maintenant je sens ça comme un échec. Échec parce que je n’ai pas continué mon rêve.

Si seulement je pouvais lui manquer. Ce titre de chanson que je chante dans ma chambre. J’aimerais savoir si je lui manque. S’il pense à moi. S’il veut me voir. Mais ça encore, personne ne le sait. Pourquoi ? Car je ne veux rien laisser paraître. Je ne veux pas que quelqu’un connaisse la douleur que j’ai en moi.
Cette mère. Cette mère que j’admirais tant autrefois, mais que je méprise complètement à ce jour. Pourquoi ? Longue histoire, mais le plus important à savoir est qu’elle n’a pas été la mère que j’attendais. La mère que tout le monde avait. Celle avec qui on cuisine. Et celle à qui on se confie.

Cette femme. Femme que j’aurais adoré avoir comme mère. Femme qui est toujours attentionnée auprès de moi. Femme qui prend soin de moi comme si c’était ma mère. Femme qui a eu exactement, à quelques détails près, le même parcours que moi. Femme qui n’est pas ma mère.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 18 octobre 2019
merci aux 215 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page