< Tiers Livre, le journal images : 2023.03.30 | fous de Proust à Montsoreau

2023.03.30 | fous de Proust à Montsoreau

une autre date au hasard :
2006.10.05 | machines volantes de Dugny

L’expo finit aujourd’hui, et paraît-il c’est Raymond Roussel qui va suivre. Pour qui est immergé comme je le suis, à peu près au 5ème tour de compteur (la première février-mai 1980) de lectures complètes de La Recherche, une petite appréhension à le voir ressaisi hors du strict champ littéraire — quoique pour soi-même on sache bien qu’il n’y ait salut que dans le saut qui nous en arrache —, mais justement, à peine immergé dans la première salle et tout du long de l’avancée dans l’étage, une première évidence : ici, on n’a pas voulu s’accaparer quoi que ce soit de Proust, mais les artistes que l’expo rassemble (de leur fait ou pas, puisqu’il y a aussi la chambre tournante, ainsi je l’appelle de longtemps, de Chantal Akerman) installent ce qui a diffracté en eux des pistes neuves et singulières de La Recherche, sans rien à démontrer qui fasse retour sur l’oeuvre, sinon le constat que ces pistes y étaient latentes, et qu’ainsi elles se découvrent.

C’est simple : la collection permanente Art & Language rassemblée par Philippe Méaille occuper les deux premiers niveaux (et je la redécouvre, puisque je la connaissais en dure lumière d’hiver, et non pas ce jaillissement clair de printemps), et, quand on entre dans Fous de Proust au troisième étage du bâtiment séculaire et toujours en telle majesté, on est en continuité parfaite de ce qu’on vient de traverser. En particulier cette première salle avec dispositif inversé, un meuble-bibliothèque à vitrine de verre (dont on nous dit l’origine, et qui aurait pu être chez les Swann ou les Guermantes) est au milieu de la pièce, et les quatre parois recouvertes de vues d’atelier d’Allen Rupersberg que je découvre et ça y est, embarqué — je ne veux pas donner ici de noms d’artistes, les oeuvres sont protégées, je considère ce blog comme mon journal personnel.

C’est l’espace qui casse et qui change : dans les lumières naturelles filtrant des volets anciens, des étroites fenêtres à vitrail, on peut marcher dans Proust, alors que les expos en nos lieux littéraires c’est plutôt l’art de se pencher sur tables et vitrines, ou venir lécher les murs pour y voir. Rien que ça, l’imagination marche.

Et quand même, Filliou, ou On Kawara (peut-être lui, la sente funambule la plus directe vers un noyau proustien lointain et toujours à distance, mais surgissant ?). Belle découverte aussi Elena Brotherus. Je savais retrouver Christophe Fiat, mais j’avais vu ses « fonds verts » sur son Instagram, complices de longtemps avec le proférateur-guitariste, ou sa lecture de Stephen King.

Véronique Aubouy a dû être heureuse de l’installation ici de sa lecture géante de Proust, 473 heures dans le montage en continu... Ça me vaut l’honneur d’avoir mon nom dans l’expo, mais il aurait fallu un sacré hasard pour qu’avec mes voisins Alex Gefen ou ce descendant de William Faulkner je me voie lire !

Je laisse ces images pour mémoire. Serai forcément de passage aussi pour Roussel : puisque mes hôtes m’ouvrent à volonté le bâtiment pour mes incursions Rabelais, vous y croyez ? Eh bien si. L’avant-dernière image un des exemples de ce qui me deviendra discrète scénographie.

 

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
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1ère mise en ligne et dernière modification le 30 mars 2023
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