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Comme pour les entrées silence, table de travail, sacs & valises, celle-ci voudrait que chacun & chacune vienne déposer leurs propres usages et pratiques : un panorama, un labyrinthe peu importe, mais on est dans une base essentielle des outils de travail. Peu d’auteurs dont on ne puisse retrouver leurs prédilections. Francis Ponge et sa lecture du Littré, le dictionnaire comme un roman. H.P Lovecraft avec son dictionnaire anglais classique et l’Encyclopedia Britannica de son grand-père. Commencer, si c’était possible, par une histoire personnelle de vos dictionnaires ; moi j’y retrouverais l’abonnement à Tout l’univers des années collège, le Petit Larousse famiial avec ses pages couleur, les drapeaux de tous les pays, les planches d’anatomie, les cartes et visages dans la partie noms propres. En première ou terminale, avec l’argent de poche des pourboires de la station-service, les premiers bricolages dans l’éblouissement surréaliste, je m’offre le luxe d’un Petit Robert avec un sentiment de transgression, comme s’offrir une voiture de sport, trop chère — je l’ai toujours, mais il tombe en ruines. Lectures comme fascinées : les mots pour les mots. En 1979 ou 1980, quand le premier livre prend forme, en même temps que je passe à la machine à écrire électrique j’achète chez Vrin, rue Saint-Jacques, librairie d’occasion, pour 800 F je crois, c’était quand même une somme, un Littré en 7 tomes, édition Pauvert. Je reviens le chercher le lendemain avec un sac de sport, il pue le tabac comme incroyable, même maintenant à 40 ans de distance on le perçoit encore, mais vraiment juste un reste. Il est là au-dessus de mon bureau, parce qu’il doit vraiment être à portée immédiate du bras pour que je m’en serve. C’est le moment aussi où un Grévisse prend place sur la table, y restera longtemps, quasiment jusqu’à l’âge ordinateur, ou bien que simplement je sois enfin un peu plus à l’aise avec la grammaire et ses exceptions. En 1999, Littré est le premier CD-Rom que je m’achète : il est collé sur mon mur, près de la porte, mais depuis ce temps-là et bien une quinzaine d’ordinateurs son contenu a migré de l’un à l’autre, la fonction dictionnaire du Mac l’intègre dans ses ressources, et c’est lui qui s’ouvre par défaut. Littré s’arrête à Chateaubriand, mais du XIIe siècle à Chateaubriand c’est toute l’épaisseur de la langue. Bien sûr j’utilise Internet, le TLF, mais en passant plutôt par leur page ARTFL, où on ne cherche plus dans un dictionnaire, mais dans un bassin de dictionnaires. Voir comment Saint-John Perse ne jurait que par son Furetière. Je n’ai jamais utilisé de dictionnaire de synonymes, ou dictionnaire étymologique, mais je serais angoissé si je n’en avais pas à portée. J’ai un Robert & Collins français-anglais aussi sur l’ordi. Le logiciel de correction Antidote propose une fonction dictionnaire de synonymes et même antonymes, parfois quand on traduit c’est une tentation, mais je m’y refuse, je préfère attendre. Je le comprends mieux maintenant, mais longtemps ça me gênait de l’avouer : c’est souvent sur les mots simples que je me prends à fouiller mon Littré, comme autrefois je ne cherchais dans le Gaffiot que les mots latins évidents, justement parce qu’à tous les coups je trouverais dans les exemples un morceau entier de la version qu’on avait à rendre. Plus qu’un goût pour les dictionnaires, ou de leur utilité pour le vocabulaire c’est la sensation d’une unité organique du travail de création dans la langue et d’eux qui la décrivent, qui me fait comme une petite vibration aiguë à peine perceptible en nommant aussi dictionnaire le chantier entrepris ici.

entrée proposée par FB

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Bien sûr il y a eu le Petit Larousse de l’enfance, et le cheminement vers le Petit Robert. La fascination pour le Robert historique, pas loin, sorti de la bibliothèque et dont le coffret vert cartonné épais traîne depuis des mois à même le sol du salon. C’est l’histoire des mots. Pas seulement l’étymologie : on est chez Robert, alors on parle aussi d’usage. Le papier, la maquette, c’est la première édition c’est magnifique. Derrière il y a un dictionnaire assez rare, un héritage, un Bescherelle en deux volumes. Le Dictionnaire national, édition de 1871. Dans la famille depuis un siècle et demi. Une antiquité. L’histoire de la langue c’est cela : ces volumes qui mélangent noms communs et noms propres, aux définitions totalement subjectives. Très tôt, mon rapport au dictionnaire passe aussi par le dictionnaire de rimes. Le Larousse cartonné, violet. Je l’ai beaucoup consulté, à partir de 12 ou 13 ans, sans doute. Il ne faut plus que deux clics aujourd’hui pour trouver tout ce qui rime. Mais, alors, tout jeune, je tournais des vers de mirliton, et de tête il fallait se creuser. Ce dictionnaire de rimes de dit rien des mots que leur cousinage improbable. Leurs échos. Il m’a ouvert des possibilités incroyables. Pas forcément de quoi marquer la littérature, mais jouer avec les mots, oui, et comment ! Bien plus tard je me suis offert le dictionnaire des rimes et assonances. On est de retour chez Robert. L’éternelle rivalité, l’éternelle bataille. Et toujours Robert qui gagne pour moi. 100 000 rimes (noms propres, verbes conjugués, mots régionaux et argotiques) illustrées par 3 000 citations de poèmes et chansons : une mine. Je n’ai pas écrit de sonnet depuis des lustres, ne me flatte plus d’alexandrins improbables. Mais je l’aurai fait plus longtemps que bien d’autres. Et c’est là que se forge le rythme de la phrase, dans le creuset, le corset de la poésie. Et toujours en tête l’idée de Jean Cocteau : « Le plus grand chef-d’œuvre de la littérature n’est jamais qu’un dictionnaire en désordre. » Secouons le dictionnaire, encore et encore, jusqu’à ce qu’il en sorte quelque chose. Et gardons de côté cette question centrale : pourquoi l’entrée dictionnaire du dictionnaire ne contient-elle pas tout le dictionnaire ?

entrée proposée par Sébastien Bailly

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Dictionnaire : ce dico collectif du Tiers Livre, occasion de lire/réfléchir les autres et d’essayer d’écrire/réfléchir soi ; comme s’imposer un palier pour se rassembler puis se déplier et continuer la remontée dans le sombre, vers inaccessible surface. Mais continuer.

entrée proposée par Jérôme Cé

 



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1ère mise en ligne 7 avril 2021 et dernière modification le 9 avril 2021.
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