outils du roman #8 | dans le décor, 1

cycle été 2020 | outils du roman


 


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- image du haut : défi à la proposition #8, qu’avez-vous vous-même rencontré de lieux à la fois extérieur et intérieur ?

 

dans le décor, 1


Enjeu : construire mentalement, pendant la lecture, un objet de représentation est une tâche infiniment complexe, et qui n’appartient qu’en partie à l’auteur.

Néanmoins, les mots qui désignent le plus banal, aussi bien pour un intérieur (cuisine, chambre, garage) que pour un extérieur (virage, route, chemin), ou bien un lieu public, ouvert ou pas (supermarché, parking, hall d’escalier, couloir de métro... ) ne portent rien –– en eux-mêmes ou par eux-mêmes — de ce qui sous-tendait perceptivement l’auteur quand il les a écrits.

Et c’est probablement une des lignes frontière les plus fortes entre la tâche de poésie et la tâche de roman.

Dès lors qu’on balaye mentalement ce qui nous reste des grands romans, ce sont pourtant ces images (spatialités intérieures ou extérieures) qui sont le plus rémanentes : l’esplanade de Verrières dans Le rouge et le noir de Stendhal, l’intérieur du Magasin d’antiquités de Charles Dickens.

Et ce n’est pas exactement la même chose que le geste de description dans la prose : ces scénographies d’intérieur ou d’extérieur sont aussi des projections des personnages, des situations, elles les complètent, les traversent, les hantent.

On peut déplacer le curseur sur toute l’étendue de la prose fictionnelle : La presqu’île de Julien Gracq n’est constituée que d’une suite (magnifique, obsédante) de ces scénographies précises, les nouvelles et romans de Franz Kafka ne les dressent que par quelques indications abstraites. De pures pulsions liées à l’écriture potentielle de lieux précis (Le dépaysement de Jean-Christophe Bailly) peuvent se lire avec la même pulsion qui nous relie en profondeur au roman.

Alors comment, pour cette proposition, entrer dans l’univers si particulier de ces bulles cinétiques d’intérieur ou d’extérieur, qui s’entremêlent organiquement à la pâte narrative ?

C’était mon intention dès la lecture des contributions reçues lors de la 2ème proposition : je vois quoi, c’est où, ça ressemble à quoi, comment c’est dit ou prescrit.

Le déclic s’est fait en lisant les magnifiques contributions en 10 variations (d’un seul geste du quotidien) à la 5ème proposition :

- si on fragmente, si on accumule, cela va nous contraindre à la brièveté, à une perception synesthésique de cet intérieur ou de cet extérieur...

- et alors, qui choisirait l’extérieur serait privé de l’intérieur, et réciproquement ?

Bien sûr, cela ne doit pas être si normatif. Mais quand même.

Je vous propose d’écrire 2 séries de 4 textes très brefs, disons de 3 à 5 lignes (c’est indicatif), 4 pour des intérieurs, 4 pour des extérieurs.

La consigne : que chacun de ces 8 paragraphes (2 fois 4) nous donne le maximum à voir, sentir et entendre d’un lieu extrêmement précis, intérieur d’une pièce, extérieur grand comme là où on a les pieds.

Quelques compléments dans la vidéo : à propos de l’expression il nous envoie ses cartes postales, utilisée par Breton pour qualifier les débuts des récits et romans de Balzac (voir Gracq à propos de Béatrix dans En lisant en écrivant) : trop peur de vous envoyer sur une voie trop facile à reprendre l’idée de carte-postale, on n’envoie pas de carte postale avec dessus une chambre (encore que, si c’est celle de Balzac, pour Gracq tout fut vendu).

Et quelque chose que je suis maladroit à exprimer, mais qui me semble décisif : si vous reprenez les textes déjà écrits et cherchez à les illustrer par une description, ce sera vraiment, mais vraiment un pensum inutile. Mais relisez vos textes, et demandez-vous (en prenant le temps qu’il faut pour ça) ce à quoi ils appellent comme lieu, indépendamment des époques, en jouant et des intérieurs et des extérieurs, alors ces 2 fois 4 brèves bulles visuelles, sensorielles, seront des appels à fiction future.

Coquilles prêtes pour scènes, situations, visages, histoires.

Et c’est ainsi que nous progressons vers l’invention — sans oublier le codicille bien sûr.

Et pourquoi ça s’appelle dans le décor, 1 ? Eh bien parce qu’il va y avoir un 2, bien sûr !

 

LES MOTS-CLÉS :

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1ère mise en ligne et dernière modification le 23 juillet 2020
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